Formation de l’esprit scientifique

par

Principe de formation

La formation dont il est question dans cette œuvre est, comme l’indique le titre, celle de l’esprit scientifique. Cette formation est jalonnée de difficultés et l’esprit préscientifique est celle dont jouit l’individu au début de la formation. L’esprit préscientifique est l’une des étapes qui précèdent l’accès à l’épistème. Il est caractérisé par un état dans lequel l’homme considère ses illusions, imaginations, apparences comme faisant partie de la connaissance scientifique. À ce niveau, les hommes ne font pas la différence entre connaissance scientifique et connaissance populaire. Dans cet esprit de confusion, ils considèrent la connaissance populaire comme immuable et absolue. L’auteur souligne à cet effet : « On pense comme on voit, … une glu. » (P. 103). Il établit que durant cette période, les hommes sont aveuglés par leurs convictions. Pourtant l’expérience est cruciale à l’esprit scientifique tout comme la vérification. Les hommes, dans cet esprit préscientifique, se refusent à toute idée de vérification ; ou alors, ils rejettent les résultats de cette dernière lorsqu’ils ne concordent pas avec leurs hypothèses et convictions. En agissant de cette manière, ils s’inventent une autre raison dans le but de se complaire dans leurs convictions erronées. L’homme devient ainsi prisonnier de sa subjectivité et n’arrive pas à s’en détacher. Seulement, il est nécessaire, s’il veut évoluer, qu’il incorpore la différence qui existe entre connaissance populaire et connaissance scientifique ; expérience populaire et expérience scientifique. L’homme qui parvient à intégrer cette différence entre dans l’état scientifique.

L’état scientifique est une étape importante dans la formation et Bachelard l’identifie à une période précise de l’histoire de l’humanité. Selon lui, cet état correspond à la période qui va du XVIIe au XXe siècle. Ici, on assiste à une rupture entre la connaissance scientifique et la connaissance populaire. Il estime qu’au cours de cette période, on observe un changement, une évolution dans la manière de penser. Ce changement se caractérise par le rejet des illusions, des apparences. Un changement dans la conception de la valeur des choses et de la méthode s’opère. Cette période voit la naissance de la raison comme critère d’évaluation de la connaissance scientifique. La rationalisation de la pensée humaine vient mettre fin à une science dominée par la subjectivité et érige l’expérience comme seul critère de vérification de l’hypothèse avancée. Néanmoins, l’auteur estime que ce progrès est insuffisant car il semble encore être sous le joug de certains éléments abstraits. La vérification n’est pas poussée dans l’ultime retranchement, elle semble limitée, contrôlée. Cette observation le pousse à souligner : « On ne sent donc pas la nécessité de faire varier des circonstances … questions scientifiques. » (P. 107). Il pense que cet état scientifique est loin d’avoir atteint son faîte car il reste caractérisé par l’immédiateté des phénomènes et l’intuition semble y jouer un rôle prépondérant. Seulement, cet état scientifique est supérieur à l’esprit préscientifique parce que l’individu qui y accède doute. En effet, le doute est un élément clé de la formation. C’est le début véritable de l’illustration scientifique présent dans l’esprit humain et qui doit être développée. Celui qui atteint cette étape de la formation se rapproche du Graal et ne doit surtout pas céder au découragement malgré les critiques acerbes dont il/elle fera sûrement l’objet : «« Et quelle prompte accusation d'irrespect et de fatuité atteint celui qui porte le doute sur le don d'observation des anciens ! » (p.41). Douter est donc incontournable pour l’émergence d’une nouvelle ère, celle du véritable esprit scientifique.

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