Gaspard de la nuit

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L’œuvre dans son époque : le renouveau du médiéval

Le goût du médiévalfleurit à l’ère romantique : après les remous causés par la Révolution àlaquelle ont mené la logique et l’intransigeance des Lumières, on retrouve desplaisirs possibles dans l’exploration d’une époque plus primitive peut-être,mais aussi plus fascinante. En même temps surgit le goût de l’épouvante et dusurnaturel. En Angleterre le roman gothique triomphe ; on construit desruines dans son jardin. En France aussi s’impose un retour à avant laRévolution, les Lumières. Les fantômes ne peuvent exister dans un monde éclairé ;il leur faut de la brume et des ruines, et de surcroît un monde d’où lacroyance au surnaturel n’est pas exclue. Le monde médiéval où les démons habitentla terre et où on ne s’étonne pas de rencontrer un spectre dans la forêt offreexactement le décor nécessaire.

Le médiéval s’invite doncdans l’œuvre de Bertrand à travers le champ lexical qui y renvoie constamment. Ontrouve des mots tels que « citadelle », « cloître de monastères »,« florins », « trébuchet », « hallebardes », etainsi de suite. Mais ce n’est pas le monde médiéval des cours et des chevaliersoù Bertrand situe son œuvre, mais dans une fin d’époque plus sombre et unniveau social bien moindre. Il y a là une noirceur toute particulière, unremarquable effet de rêve. Si on peut dire que Gaspard de la nuit est une œuvre gothique, ce n’est pas dans lalignée du roman anglais.

La poésie en prose deBertrand rappelle un passé médiéval historique, mais s’en démarque également.En effet, dans Gaspard de la nuit,l’auteur ne se contente pas de situer sa poésie dans un cadre médiéval, il yajoute en plus des tons gothiques, une dimension légendaire et fantastique, quiappuie l’effet onirique de ses poèmes. Aussi Bertrand intègre-t-il quelquesincohérences dans ses descriptions qui tendent à faire de sa poésie untémoignage, à mi-chemin entre passé et présent, à l’image de Dijon dont il faitl’éloge ; il s’agit donc d’une œuvre à mi-chemin entre la poésie et lanouvelle.

« Dijon n’a pas toujours parfilé ses heuresoisives aux concerts de ses philharmoniques enfants. Il a endossé le haubert –coiffé le morion – brandi la pertuisane – dégaîné l’épée – amorcé l’arquebuse –braqué le canon sur ses remparts – couru les champs tambour battant etenseignes déchirées, et, comme le ménestrel gris de la barbe qui emboucha latrompette avant de racler du rebec, il aurait de merveilleuses histoires à vousraconter, ou plutôt, ses bastions croulants, qui encaissent dans une terremêlée de débris les racines feuilleuses de ses marronniers d’Inde, et sonchâteau démantelé dont le pont tremble sous le pas éreinté de la jument dugendarme regagnant la caserne, – tout atteste deux Dijons : un Dijond’aujourd’hui, un Dijon d’autrefois » (« Dijon »).

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