Gros-Câlin

par

Le vide de l'existence du héros

Les problèmes sentimentaux du « héros », ou anti-héros qu'est Cousin, le personnage principal pourraient se résumer par ce leitmotiv, revenant comme l'équivalent d'une anaphore en poésie : « Je m’attache très facilement », prouvant que ce manque sentimental entraîne une dépendance affective rapide aux autres. De plus, ses réflexions sur les relations humaines laissent présager une certaine misère dans ses liens avec autrui, mais aussi dans sa recherche de l'amour, dans un monde absurde et par rapport au rôle de l'être humain en général, personnage tout aussi absurde qui ne sait pas toujours quoi faire : il affirme lui-même ressentir cette solitude mais sait qu'il n'est pas le seul et que la foule qu'il croise tous les jours n'est qu'un agrégat de toutes les solitudes réunies : « Chacun de nous est entouré de millions de gens, c’est la solitude ». Il se sent seul, n'a ni famille ni amis et retrace un peu son parcours et son arbre généalogique : « Mes parents m’ont quitté pour mourir dans un accident de circulation et on m’a placé d’abord dans une famille, puis une autre, et une autre et j’ai commencé à m’intéresser aux nombres, pour me sentir moins seul ». Sa vision de l'amour est celle d'une compétition, d'un trop-plein : « Je souffre de surplus américain. Je suis atteint d’excédent », et « Je pense que […] le monde souffre d’un excès d’amour qu’il n’arrive pas à écouler, ce qui le rend hargneux et compétitif » ; cette dimension hargneuse du monde fait que lui-même, plutôt faible, reste à l'écart de cette compétition. Puis un jour il tombe amoureux, de Mademoiselle Dreyfus, mais il a peur que le couple original qu'il forme avec son serpent ne devienne un obstacle à la conquête de cette jeune femme d'origines guyanaises, souvent en mini- jupe et avec qui il prend l'ascenseur tous les jours. Il souhaite qu'elle l'apprivoise, qu'elle l'observe : « Procéder lentement…me voir tel que je suis…ma nature…mon mode de vie…à qui elle avait à faire. » Il se prend à rêver de relations, de fantasmes entre eux, et est convaincu que Mademoiselle Dreyfus est trop timide pour répondre à ses avances et qu'il l'intéresse. À part elle, il n'aime personne au travail et n'a aucune relation amicale avec aucun collègue, il se sent jugé et marginalisé par eux et n'apprécie pas le poids des regards sur lui.

Ce personnage sait qu'il vit dans un certain vide relationnel, mais qu'il vit aussi ainsi car il a une grande sensibilité. D'ailleurs un jour une de ses rares connaissances lui dit : « toi, tu es un vrai poète », ce qui est dû notamment aux réflexions de Cousin sur la vie. En effet, plus la ville dans laquelle il se trouve grandit, plus il y a de monde dans la foule, et plus il se sent atrocement seul. On assiste à des essais pathétiques d'approches, autant avec ses collègues qu'avec des gens dans la rue, dans le métro, il tente de se rendre sympathique, de faire connaissance avec d'autres personnes, mais à chaque fois cela échoue. Sur les millions d'habitants de la capitale française, il ne parvient pas à nouer des liens humains. D'où la nécessité de vivre avec ce python, son réconfort à lui, Gros-Câlin. D'où la nécessité également pour lui de prendre soin de la petite souris blanche qu'il garde au creux de sa main, à la recherche de chaleur humaine. Le fait de la protéger, de la tenir fait qu'il se sent bien, et qu'il sent une présence. Le fait qu'il l'ait appelée Blondine, un prénom humain signifie aussi qu'il a besoin de présence humaine, et que ce genre de prénom rapproche sa souris de l'humanité qu'il recherche.

Il a besoin donc d'être rassuré, et apprécie d'être chez lui plutôt que sur son lieu de travail où il sent qu'il est constamment jugé par ses collègues, car la stabilité y règne, avec ses animaux, chaque chose à sa place.

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