Gros-Câlin

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Les rapports du personnage principal à son identité

Cousin se pose de nombreuses questions, sur ses relations aux autres, sur les sentiments mais aussi sur sa propre identité : il aime s'identifier à d'autres, notamment aux personnages fictionnels, ce qui se ressent quand il pense : « Je vais toujours au cinéma pour voir les vieux films de Charlot et rire comme si c’était lui et pas moi ».

Il a du mal à se situer, autant par rapport à lui, que dans la façon dont il est perçu par les autres : par exemple il croit que Mademoiselle Dreyfus l'aime et qu'elle est timide pour répondre à ses avances alors qu'elle ne le considère que comme un collègue de travail et ne ressent rien pour lui. Selon lui ils vivent une relation amoureuse et elle tient à lui. D'ailleurs ses origines guyanaises le laissent croire que c'est la seule femme « exotique » qui accepterait donc de vivre avec un python, animal exotique. Mais selon elle il n'en a jamais été question, elle ne le considère que comme une connaissance de travail. Il essaie aussi d'imaginer ce qu'elle pense, alors qu'il se fourvoie totalement et qu'il se ment à lui-même : « Elle croirait […] que je me permets de lui proposer un bout de chemin parce qu’elle est une Noire et que donc, on peut y aller, on est entre égaux, et que j’exploite ainsi notre infériorité et nos origines communes. » alors qu'il est blanc, c'est incohérent.

À côté, il y a des situations similaires, comme avec son voisin du dessus Monsieur Tsourès qui est un professeur, et dont Cousin veut tout apprendre, pensant que ce dernier a une expérience de la vie à lui transmettre et donc une amitié, de la considération, de la chaleur humaine. Mais Monsieur Tsourès ne le voit que comme un simple voisin et pas du tout comme un ami, et ne comprend pas cet attachement non réciproque. C'est d'autant plus frappant que Cousin passe beaucoup de temps à attendre devant la porte de Monsieur Tsourès pour le rencontrer et parler avec lui.

Il sent qu'il crée lui-même ses problèmes et que la folie semble parfois le guetter, alors que tout ce qu'il craint parfois n'existe que dans son esprit en proie cauchemars, et que son monde reste stable : « Heureusement, lorsque je me suis réveillé, Gros-Câlin et Blondine dormaient paisiblement à leurs places respectives, rien n’était arrivé, c’était seulement moi. » Il en a tellement peur que quand il se rend compte que tout est à sa place il est rassuré. La proposition « c'était seulement moi » indique bien que les craintes et les peurs viennent de lui. La folie semble proche aussi dans l'épisode du commissariat où les conversations sont abstraites, voire incompréhensibles et cela ressemble finalement à un dialogue de sourds.

Mais les problèmes les plus graves résident en ce qu'il est parfois schizophrène et se confond avec son serpent, comme lorsqu'il le cherche à son domicile, et pense qu'il est encore au bureau, comme s'il parlait de lui-même : « La seule explication possible, c'était qu’il avait dû faire des heures supplémentaires au bureau. Il était peu probable qu’il était allé chez les bonnes putes, car il y va en général qu’entre midi et deux heures, ce sont des heures creuses et il s’imagine qu’il y a moins d’hommes à l’intérieur. ». Cela est tellement aigu qu'à la fin du récit, il se nourrit comme son python, c'est à dire de souris vivantes : « Il y avait là six souris et j’en ai tout de suite avalé une pour l’acceptation et ce comme il faut, pour rassurer la brave personne sur mon caractère humain. » Il se décrit parfois quasiment comme un serpent, dans sa façon de se déplacer : « Je rampe, je me noue, je me tords et me plie dans tous les sens sur la moquette, pour les besoins éventuels de la cause. Il y a des moments de telle exaction que l’on a vraiment l’impression d’exister. »

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