Hélène ou le règne végétal

par

L’harmonie comme manifestation de l’œuvre divine

René Guy Cadou a vécu une épiphanie lorsqu’il a rencontréson épouse Hélène. Et c’est pour cette raison qu’il souhaite partager avec lereste du monde la révélation qu’il a connue. Dieu n’est pas dans le ciel, pourlui le poète il est dans l’harmonie et la beauté des gestes de tous les jours.Il procède méthodiquement en montrant dans le poème « J’ai toujourshabité » ce qu’il était avant la révélation qui l’a complètementtransformé.

« Ma vie ne commençait qu’au-delà de moi-même

Ébruitée doucement par un vol de vanneaux

Je m’entendais dans les grelots d’un matin blême

Et c’était toujours les mêmes murs à la chaux

La chambre désolée dans sa coquille vide

Le lit-cage toujours privé de chants d’oiseaux » (« J’ai toujours habité »)

Le lecteur se fait donc témoin de son existence passéenon pas malheureuse, mais plutôt terne en comparaison de l’existence pleine dejoie qu’est devenue la sienne. Et il s’efforce de partager avec le reste dumonde le nouvel idéal qu’il a atteint. En effet, il déclare :

« Ô, poésie, écarte-toi de ton miroir ! Je parle pour des jeunes gens etpour des hommes de tous âges. Je parle de ce qui m’arrive. Je parle d’un mondeabsous de sa colère. Et peut-être entendrez-vous cette voix volontairementmonocorde, désarçonnée à bas du cheval dans l’allée, derrière cette grille àtriple verrou, derrière cette grille, derrière cette âme, cette voix, ô jeunesgens et vous hommes de tous âges, peut-être entendrez-vous cette voix quifrappe, qui veut entrer, qui frappe, ô jeunes gens, qui frappe comme vous à laporte de son destin et qui chante sous les balles. »

Autre mouvement révolutionnaire, dans« Crédo », Cadou s’affranchit de la religion et des dogmes. Il vatranscender le message religieux pour que son message puisse parvenir à tous,quelles soient leurs religions ou leurs croyances. L’harmonie de Cadous’apparente presque à un animisme lorsqu’il évoque dans « Celui qui entrepar hasard » le pouvoir des meubles dans la maison du poète : chaquefragment de bois, la lumière d’une lampe, toutes ces choses qui regorgent demondes entiers, de merveilles et de vie.

« Je ne crois pas en les miracles de Lourdes

Je crois dans une belle journée

Avec des ramasseuses de colchiques

Et des jeunes gens égayés

Car Dieu sur la montagne est bien près de me plaire

Qui dans la double écuelle de ses mains

Assaisonne la soupe noire de la terre

D’un peu de sel puisé dans les yeux du matin » (« Credo »)

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