Hélène ou le règne végétal

par

Une poésie empreinte de nature

René Guy Cadou invite la nature dans ses vers. La natureest aussi présente dans ses poèmes qu’elle ne l’est dans le titre du recueil.Ainsi, il procède à une assimilation de l’humain dans le végétal et du végétaldans l’humain. Il personnifie les éléments de la nature en leur attribuant desgestes.

« Mais moi seul dans la grande nuit mouillée

L’odeur des lys et la campagne agenouillée […]

– Tu périras d’oubli et  dévoréd’orgueil

– Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles ! » (« Pourquoi n’allez vous pas à Paris ? »)

La nature de Cadou n’est pas seulement vivante, elle estactive. Et de même qu’il humanise les plantes, il attribue à l’homme desqualités de cette nature qui l’inspire tant. Qu’il s’agisse d’aspects positifs ounégatifs, il se sert des propriétés des végétaux comme d’adjectifs éloquents :l’absinthe et la coloquinte renvoient au lecteur un aspect négatif de toxicité,le jaillissement de la tulipe lui évoque un mouvement d’élévation. L’auteur sedémarque par ses métaphores toujours très justes. Tellement justes qu’ellessemblent découler du sens même des éléments qu’il met en relation. Il cache ainsidans des rimes d’apparence simple des liens de sens très puissants – c’est lecas lorsqu’il fait rimer « tulipe » et « Lipp » (« Lipp »/ « Lippe » renvoie à l’idée de lèvre et de pétales dans plusieurslangues de la famille romano-germanique). Il y a une telle intersection entrela nature et la personne humaine dans les vers de Cadou qu’il parvient à fairedes éléments de la nature des personnes.

« Comme un fleuve s’est mis

À aimer son voyage

Un jour tu t’es trouvée

Dévêtue dans mes bras »  (« Quatre poèmes d’amour à Hélène »)

Cadou efface les barrières entre ciel et terre, entre eauet feu. Il ressort de sa perception de la nature et de l’humanité que l’Hommen’est pas hors de la nature, mais qu’il en est un élément à part entière – unélément au même titre que le végétal, l’animal, et même les astres célestes.Dans les vers de Cadou, les larmes sont faites de feu – « Tu effaces mes larmes en te brûlant les doigts » –, lesfemmes sont faites d’eau, le ciel devient terre qu’on écrase en marchant, et la planète tout entière est un organisme vivant.

« Peut-être un jour à la faveur soudaine d’un orage

Sous les coups de poing sourds d’un astre impatienté

Seras-tu de nouveau cette graine d’espace

À la recherche d’un ciel plus ferme pour germer ? » (« Bon souvenir »)

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