Hélène ou le règne végétal

par

L’amour dans le recueil

La marque d’amour la plus notable dans ce recueil est le poème éponyme de l’ouvrage, qui s’efforce de condenser en quelques vers l’amour de l’auteur pour sa muse. Il part de leur rencontre pour aboutir à tout ce que cette femme lui a apporté.

Cadou par l’anticipation qu’il avait de sa rencontre avec la femme aimée ajoute grandement à l’émotion de la rencontre elle-même. Il met l’accent sur l’attente dans laquelle il se trouvait en réitérant sa mention encore et encore : « Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires / Dans les années de sécheresse ».

Et lorsque Cadou la rencontre, on assiste à une transfiguration totale du poète. Hélène entre dans sa vie et chamboule tout ; elle devient sa lumière, son inspiration – « Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie» – et lui fait vivre des émotions qu’il n’avait jamais ressenties : « Ce grand tapage matinal qui m’éveillait ». Hélène est monumentale, elle enrichit le poète (spirituellement et émotionnellement), et sa présence ouvre ses yeux sur le monde : devant lui, Hélène fait lever des « millions d’astres », réveille tous ses « oiseaux », ses « vaisseaux » et ses « pays ». Ainsi, Cadou va à travers ses poèmes montrer un monde qui ne s’est éveillé à lui qu’après qu’il lui a été donné de vivre cet amour.

Hélène apparaît au poète comme un pont entre lui et toutes formes de grâces, la créativité. Il s’en remet à elle qui est gracieuse au point de rendre des oiseaux jaloux, pour qu’elle intercède pour lui auprès de Dieu. On voit donc comment sa muse est représentée comme une entité presque surhumaine de par la grâce et la tendresse qu’elle exsude. Et si le règne végétal auquel l’auteur fait allusion est son monde, alors sa muse en est la reine.

« Tu es dans le jardin et tu es sur mes lèvres

Tu ne sais que l’oiseau t’imitera jamais

Ce soir je te confie mes mains pour que tu dises

À Dieu de s’en servir pour ses besognes bleues »

Le rôle de médiatrice entre le ciel et la terre est réitéré quelques vers plus loin. Hélène l’émerveille à tel point qu’il ne peut concevoir qu’elle diffère des anges et des chérubins. Et il est persuadé que son amour suffit à corriger tous les torts de son univers. Elle lui apporte une harmonie telle que le sentiment en est presque divin.

« Car tu es écoutée de l’ange tes paroles

Ruissellent dans le vent comme un bouquet de blé

Et les enfants du ciel revenus de l’école

T’appréhendent avec des mines extasiées 

Penche-toi à l’oreille un peu basse du trèfle

Avertis les chevaux que la terre est sauvée

Dis-leur que tout est bon des ciguës et des ronces

Qu’il suffit de ton amour pour tout changer » (« Hélène ou le Règne végétal »)

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