Hernani

par

Amour et fatalité

La pièce de Victor Hugo s’inscrit dans un style totalement romantique. La définition du héros romantique par excellence est tout d’abord celle d’un personnage auquel on fait vivre des expériences passionnées, où il se trouvera confronté à des choix qui mettront à l’épreuve son intégrité. Le propre du héros romantique est d’être mis face à un destin tragique, au service de la fatalité, en étant confronté à un choix n’ayant d’autre finalité que la mort ou une autre fin peu réjouissante. La tragédie a donc pour principe de piéger le héros dans une destinée à laquelle il ne peut échapper, et c’est précisément le cas d’Hernani.

En effet, dès le début de la pièce, il présente toutes les caractéristiques du héros romantique qui sera jeté face à son destin. Personnage de haute lignée, cependant forcé d’abandonner l’héritage qui lui est dû et contraint à l’exil, il fait également serment de venger son père. Or, le héros sur lequel le sort s’acharne est la plupart du temps obligé par sa parole, faisant preuve d’une telle fidélité à son  honneur et à ce qu’il a promis que c’est cette droiture qui le conduit à sa perte. Lorsque Don Ruy Gomez l’épargne et le laisse pour un temps vivre son amour avec Doña Sol, le vieux seigneur cependant engage un serment d’honneur avec l’héritier du trône qui fait de lui une fois de plus un jouet de la fatalité : si la bataille est gagnée, Hernani devra payer de sa vie ce geste qui aura tant coûté à Don Ruy. Il est donc piégé, pris entre deux promesses : venger la mort de son père en tuant le roi, et consumé par l’amour, renoncer pour toujours à son trône afin de vivre avec Doña Sol, ce qui de toute façon lui coûtera la vie. Ainsi, la mort environne chacun de ses choix : il doit payer ce qu’il désire par un prix plus élevé encore, et la fatalité nourrie par l’amour ne peut que le diriger vers une impasse.

« LE MASQUE. Je m’en doutais. Fort bien.

Sur quoi donc m’as-tu fait ce serment ? Ah, sur rien.

Peu de chose après tout ! La tête de ton père.

Cela peut s’oublier, la jeunesse est légère.

HERNANI. Mon père ! mon père !… Ah ! J’en perdrai la raison !… »

En effet, alors que Don Ruy vient réclamer son dû auprès d’Hernani à la fin de l’œuvre, la jeune fille désespérée lui arrache la fiole de poison destinée à celui qu’elle aime et en boit la moitié, comprenant qu’il n’y a pas d’autre issue que la mort. Hernani se tue également en achevant la fiole, et prenant conscience des conséquences de son acte, le vieux duc se suicide aussi. Ainsi s’achève la pièce mêlant fatalité et amour, où le destin torture des âmes qui ne peuvent trouver le repos, rejoint uniquement dans la mort.

« HERNANI d’une voix affaiblie. Oh ! Béni soit le ciel qui m’a fait une vie

D’abîmes entourée et de spectres suivie,

Mais qui permet que, las d’un si rude chemin,

Je puisse m’endormir, ma bouche sur ta main ! »

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