Hernani

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La bataille d’Hernani

Lors de sa première représentation sur scène, Hernani a déclenché de virulents mouvements de contestation de la part des défenseurs du classicisme, auquel s’oppose à l’époque le mouvement du romantisme. En effet le classicisme, favorable à la monarchie, à l’ordre et à la mesure, applique ses valeurs jusque dans les arts : respect des trois unités théâtrales, présence du mètre dans les vers, respect de l’alexandrin.

Or, les sujets dont traitent Hernani ont tout pour déplaire aux défenseurs du classicisme : les situations audacieuses mises en scène, l’amour impossible exacerbé, mais surtout la dénonciation d’un pouvoir politique corrompu et instable mettent le public classique en fureur.

En ce 25 février 1830, romantiques et classiques s’affrontent au Théâtre Français dans ce que l’on nommera « la bataille d’Hernani » et les clameurs d’encouragement comme de désapprobation s’élèveront encore plusieurs représentations après.

Hernani remporte finalement un franc succès, mais ses détracteurs continuent de trouver matière à s’offusquer.

En effet, la rupture avec le classicisme est rendue visible dans les thèmes abordés mais également dans le style d’écriture et la forme de la pièce. Les trois unités théâtrales : l’unité de temps, de lieu et d’action ne suivent plus les codes stricts établis par les auteurs classiques. L’action se déroule sur une longue période et passe d’une scène diurne à une scène nocturne sans respecter l’unité temporelle imposée. Il en va de même pour l’unité de lieu : l’action évolue en Espagne, à Saragosse, puis s’envole de quelques centaines de kilomètres pour emporter le spectateur dans les montagnes.

« Acte IV, Scène I : Les caveaux qui renferment le tombeau de Charlemagne à Aix-La-Chapelle ; de grandes voûtes d’architecture lombarde […]

Acte V, Scène I : À Saragosse. Une terrasse du palais d’Aragon. Au fond la rampe d’un escalier qui s’enfonce dans le jardin… »

Les règles de la bienséance, établies afin de ne pas choquer le public, sont également bousculées. En effet, l’amour coupable de Doña Sol et d’Hernani se faisant passer pour un gueux de la suite de la Dame, le rapport incestueux qu’entretient Don Ruy Gomez avec sa nièce ne sont pas faits pour sauvegarder le public de tout choc moral. Ainsi, le principe de catharsis lui-même – la purge des émotions immorales par la pitié et la compassion qu’inspirent les acteurs – n’est plus respecté, puisque les fins tragiques d’Hernani, de Doña Sol et de Don Ruiz laissent le spectateur dans l’expectative : qu’aurait-il fallu faire pour que la pièce se termine bien ?

« DON RUY GOMEZ : Un trésor est chez moi ; c’est l’honneur d’une fille,

D’une femme, l’honneur de toute une famille ;

Cette fille, je l’aime, elle est ma nièce, et doit

Bientôt changer sa bague à l’anneau de mon doigt ; […]

DON RUY GOMEZ : À doña Sol. Ma nièce, vous serez ma femme dans une heure ».

De plus, l’énonciation et la construction des vers constituent également un objet de querelle. L’alexandrin, constituant d’ordinaire une phrase entière de la réplique d’un personnage, est désormais coupé, fracturé et partagé entre les répliques de plusieurs protagonistes. Victor Hugo annoncera, en bon rebelle : « J’ai/dis/lo/qué/ce/grand/ni/ais/d’a/le/xan/drin », montrant ainsi, par le rejet du dernier mot, que l’important n’est plus pour lui de s’en tenir aux codes d’un théâtre classique et ultranormalisé.

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