Hérodias

par

La forme du conte oriental

Les trois contes constituant le recueil de Flaubert furent écrits sur une période très longue, et représentent les dernières œuvres de fiction publiées par l’auteur, dont la fin de vie fut douloureuse et dont l’envie d’écrire se mêlait à un certain manque d’inspiration. C’est en partie pour cela que Flaubert, passionné par l’Orient et le lyrisme des contes et de la culture religieuse, décida de publier ce genre de fictions. La légende de Saint Jean-Baptiste est narrée notamment dans l’Évangile selon saint Marc. Alors que, de 1875 à 1877, il travaillait à ce recueil dont les deux premiers contes étaient écrits, Flaubert écrivit lors d’une correspondance : « Savez-vous ce que j'ai envie d'écrire après cela ? L'histoire de saint Jean-Baptiste. La vacherie d'Hérode pour Hérodias m'excite. Ce n'est encore qu'à l'état de rêve, mais j'ai bien envie de creuser cette idée-là. Si je m'y mets cela me fera trois contes, de quoi publier à la rentrée quelque chose d'assez drôle. » Flaubert réitéra ces propos, à propos de ce recueil, estimant que ce serait « un volume assez drôle », « court mais cocasse ».

En effet, l’auteur, qui fut l’un des plus grands romanciers du mouvement réaliste, a également toujours aimé le lyrisme exalté. Sa passion pour la culture et le folklore religieux ainsi que pour le monde oriental eut une importance dans son œuvre, que l’on retrouve dans Salammbô, roman inspiré d’une légende.

La narration débute sur la description des lieux de l’action : le conte se produit sur le mont Machéront, une citadelle de l’ethnarque qui « se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d'un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours, qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierre, suspendue au-dessus de l'abîme. » On retrouve dans cette description toute la démesure des constructions humaines, quasiment divines des contes, où les toits côtoient les nuages : « Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu'au fond des abîmes, était encore dans l'ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent ».

L’homme apparaît proche du ciel, grâce à la grandeur de son château irréel. S’il n’apparaît pas réaliste, ce genre de palais plonge tout de suite le lecteur dans l’univers imaginaire des contes, dont le côté oriental dépayse totalement.

Il en va de même pour l’épisode de l’anniversaire d’Antipas, se déroulant dans un décor tout à fait somptueux, où le vin coule à flot, la nourriture abonde, avec de magnifiques ornements, des sculptures monumentales, du marbre, de l’ivoire, tout le luxe dont on peut rêver.

C’est un paysage désertique, chaud et sec, donnant sur la mer Morte, que Gustave Flaubert a en tête très distinctement. Il écrit à sa nièce alors qu’il rédige ce conte en 1876 un courrier où il écrit : « Maintenant que j'en ai fini avec Félicité, Hérodias se présente et je vois, nettement, comme je vois la Seine, la surface de la mer Morte scintiller au soleil. Hérode et sa femme sont sur un balcon d'où l'on découvre les tuiles dorées du Temple. » Ce paysage de rêve, et néanmoins réaliste, est ainsi le cadre d’une histoire où l’auteur mêle le réalisme et la légende, et c’est là l’intérêt de l’intrigue selon Flaubert : « L'histoire d'Hérodias, telle que je la comprends, n'a aucun rapport avec la religion. Ce qui me séduit là-dedans, c'est la mine officielle d'Hérode qui était un vrai préfet et la figure farouche d'Hérodias, une sorte de Cléopâtre et de Maintenon. La question des races dominait tout. » écrit-il à madame Roger des Genettes en 1876.

On retrouve par exemple dans l’épisode de la danse de Salomé tout le cadre et la culture orientale, avec les femmes qui dansent de manière très sensuelle, les parfums si particuliers ou encore les instruments de musique : « au rythme de la flûte, et d’une paire de crotales » ou les « gingras » ; on en entend presque les sonorités aiguës si singulières. 

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