Histoire du romantisme

par

Des souvenirs de jeunesse en guise d’épitaphe

Théophile Gautier commence la rédaction de son Histoire du romantisme en 1871, alorsqu’il est relativement âgé et surtout atteint d’une maladie dont il mourral’année suivante, laissant cet ouvrage inachevé, publié tel quel en 1872.Flaubert révèlera qu’en 1871, alors que Gautier était venu dîner chez lui, soninvité sentant la mort proche et constatant la disparition de nombre de sesamis d’antan lui avoua : « Pourmoi, il me semble que je ne suis plus contemporain… J’ai comme le sentimentde n’être plus vivant », preuve que sa jeunesse, et l’âge d’or qu’ilconnut et auquel il participa n’étaient plus que des souvenirs, et qu’un autremouvement, d’autres auteurs étaient arrivés, changeant l’art, dans lequel il nese retrouvait plus, ne se sentant donc plus contemporain.

Malgré son âge avancé, ce livre apparaît plein de vie, dejeunesse exaltée, comme si ces souvenirs lui donnaient l’énergie de continuer àécrire ; c’est ainsi que la narration de cet ouvrage mi-roman, mi-autobiographieressemble à celle d’une fiction, voire d’un conte, légère et vive.

Le narrateur et écrivain se présente comme un jeune hommequi débute dans la vie, mais également dans la société mondaine parisienne etsurtout, dans le monde artistique. Ainsi, le lecteur a presque l’impressiond’un conte d’apprentissage, suivant un narrateur tout jeune qui va évoluer augré de ses rencontres et de ses expériences.

Les exemples de l’exaltation de la jeunesse passée sontnombreux : « Une telle joie nedevait sans doute pas durer. Être jeune, intelligent, s’aimer, comprendre etcommunier sous toutes les espèces de l’art, on ne pouvait concevoir une plusbelle manière de vivre, et tous ceux qui l’ont pratiquée en ont gardé un éblouissementqui ne se dissipe pas ». L’auteur fait, avec une certaine dérision, unretour sur sa jeunesse ; il se souvient de sa rencontre de Victor Hugo à18 ans seulement, rencontre touchant quasiment au divin, et du temps où lui etses amis montaient jusqu’à l’étage où résidait leur auteur favori, allaientjusqu’à sa porte et n’osaient jamais sonner, redescendant les escaliers et seretrouvant essoufflés, tremblants en bas, tant ils étaient terrifiés et excitésà l’idée de le rencontrer.

L’auteur laisse là un ensemble de souvenirs d’une époquequ’il a aimée, des souvenirs également qui concernent des artistes de tous lesdomaines du romantisme qu’il a fréquentés : romanciers, poètes, peintres,dramaturges, qui forment presque une armée de militants si l’on s’en tient auvocabulaire qu’il emploie pour décrire sa génération – leur jeunesse et leurvolonté de faire évoluer l’art est ainsi illustrée : « Nous avons eu l’honneur d’être enrôlés dans ces jeunes bandes quicombattaient pour l’idéal, la poésie et la liberté de l’art, avec unenthousiasme, une bravoure et un dévouement qu’on ne connaît plus aujourd’hui.Le chef rayonnant reste toujours debout sur sa gloire comme une statue sur unecolonne d’airain, mais le souvenir des soldats obscurs va bientôt se perdre, etc’est un devoir pour ceux qui ont fait partie de la grande armée littéraired’en raconter les exploits oubliés. »

Ces souvenirs, ce n’est pas pour la gloire qu’il les narre,mais bien par devoir précise-t-il, pour laisser une trace, pour que lessouvenirs et les témoignages survivent à ceux qui les ont vécus. 

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