Histoire du romantisme

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Un événement fondateur : la bataille d’Hernani

Si le romantisme ne devait être décrit, fondé, centré qu’autour d’un événement, nul doute que l’on ne retiendrait que la bataille d’Hernani, date célèbre, historique de la littérature, de tout temps qualifiée de véritable bataille tant les débats et les affrontements autour de l’hémistiche du premier vers furent vifs. Gautier y consacre les deux derniers chapitres de l’œuvre, comme pour clore tout son cheminement vers le romantisme et sa réelle entrée dans ce mouvement, qui fut fondé autour de cette bataille. En effet, Théophile Gautier fut réellement introduit dans le romantisme par la grande porte lors de cette première représentation de la pièce de Hugo, dont l’événement reste encore aujourd’hui bien plus évocateur que la pièce en elle-même.

Gautier s’étend donc à ce sujet comme pour célébrer cet événement qui fédèrera toute une génération d’auteurs et d’artistes autour du mouvement romantique. Grand admirateur de Victor Hugo, l’auteur et toute sa bande du petit cénacle y participèrent.

Il est intéressant de vivre cette célèbre bataille à travers le regard d’un jeune homme totalement acquis à la cause du mouvement, ce fameux 25 février 1830. La bataille fut une véritable révolution, opposant les tenants d’un certain classicisme à une jeunesse, une nouvelle génération prônant l’évolution de l’art, pour être plus adéquat avec son temps.

Prend place ici l’anecdote amusante du chapitre intitulé « La légende du gilet rouge » : l’auteur s’était rendu à cette représentation revêtu d’un pourpoint rouge qui déplaira aux membres les plus conservateurs de l’assemblée. Ce gilet fera tellement débat que le vêtement marquera les esprits à travers l’histoire, et Gautier restera associé à cette image du « jeune homme aux cheveux longs et au gilet rouge de la bataille d’Hernani ». Gautier en profite pour se moquer des spectateurs classiques, souvent âgés, surnommés « les genoux » car ils ont le crâne dégarni sous leur perruque, n’hésitant pas à exprimer clairement qu’il sentait « un sauvage désir de lever leur scalp avec notre tomawak pour en orner notre ceinture […] À la guillotine les genoux ! », pensées violentes et meurtrières qui rejoignent bien l’appellation de « bataille ».

Si le lecteur actuel ou même les générations qui ont suivi celles de l’auteur peuvent avoir du mal à prendre conscience de ce qui est choquant dans le fait de porter un gilet rouge et d’avoir les cheveux longs pour aller au théâtre, Gautier l’illustre avec humour : « Qui connaît le caractère français conviendra que cette action de se produire dans une salle de spectacle où se trouve rassemblé ce que l’on appelle Le Tout Paris avec des cheveux aussi longs que ceux d’Albert Dürer et un gilet aussi rouge que la muleta d’un torero andalou exige un autre courage et une force d’âme que de monter à l’assaut d’une redoute hérissée de canons vomissant la mort. » Ainsi, avec détachement et ironie, il explique qu’aller vêtu et coiffé comme il le fit était bien plus courageux que d’aller mourir à la guerre dans une bataille perdue d’avance, ce qui a de quoi prêter à sourire.

Au-delà du scandale provoqué, l’auteur dresse comme un bilan, Hernani constituant probablement la jonction entre le passé et l’avenir, le classicisme et la modernité : « N’était-il pas tout simple d’opposer la jeunesse à la décrépitude, les crinières aux crânes chauves, l’enthousiasme à la routine, l’avenir au passé ? » Gautier se moque donc à nouveau des conservateurs chauves, comparant la jeunesse à des chevaux fougueux, montrant ainsi leur enthousiasme comme un saut vers l’avenir, quand la routine est reléguée au passé. 

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