Il pleut

par

Le dessin qui accompagne le sens du texte : le fond et la forme

Ce calligramme, mêlant ainsi le dessin à l’écriture est très court, il ne représente que cinq vers disposés sous forme de cinq lignes verticales d’inégales longueurs ; la lecture se fait donc du haut vers le bas. Le titre est clair, et la forme des vers abonde dans ce sens, le thème du poème est donc la pluie, et les vers représentent ainsi des gouttes de pluie, tombant du haut vers le bas, comme l’ordre dans lequel on lit les vers. De plus, ces lettres ne sont pas disposées les unes à la suite des autres (sens de lecture normal), mais les unes en dessous des autres, ce qui ne semble pas naturelle à la lecture. Les mots vont donc suivre le rythme de la pluie, tels des gouttes qui tombent, attirés par la gravité et donc allant vers le sol. Le calligramme permet ainsi une vision très imagée des thèmes abordés dans l’écriture, alliant le fond et la forme autour des mêmes axes.

De plus, au delà de la pluie dans la forme, et dans le titre, Apollinaire évoque les « nuages cabrés », comme s’il regardait haut, vers le ciel, ces nuages qui dans leurs courses faisaient tomber toute cette pluie sur lui. Cela nourrit la métaphore filée, et l’image de la pluie et des éléments, ce qui renforce le lien entre la forme et le fond, entre le dessin et les mots. Ces nuages qui hennissent évoquent évidemment les chevaux, ce qui évoque la vitesse, le transport des hommes, des marchandises, le fracas et la force animale : ces chevaux, moyen de transport courant lors de son siècle, et durant la guerre, lui apportent son lot de souvenirs, comme des armes, des hommes, des vivres. Ces chevaux, célèbres alliés de guerre des soldats font donc leur entrée dans l’esprit de l'auteur, par le ciel, dans sa métaphore avec les nuages. Cela évoque aussi le bruit, le ciel étant normalement silencieux, si les nuages « se mettent à hennir », c’est qu’il y a du bruit, comme si l’orage grondait, avant la pluie, comme si les avions bombardaient les tranchées. On a ainsi une atmosphère lourde, et bruyante, rompant entre le cheval et la nature, et le bruit du ciel et de la ville, grouillante et sans calme.

Cependant, si les vers et le titre laissent penser que le poème traite de la pluie qui tomberait du ciel, de l'eau des nuages, ce n’est pas le cas : en réalité, cette pluie fait s’abattre sur terre non une averse, mais des voix féminines, bien que le dessin apparaisse explicite, il est finalement très imagé et constitue une métaphore de ce qu’entendrait son auteur. La pluie est donc la forme de ce poème, mais pas le fond, qui se trouve être des voix de femmes, comme des souvenirs. En effet, ce poème, écrit par Apollinaire en français et en italien, peu de temps avant de mourir très affaibli de sa blessure à la guerre, est un moyen pour l’auteur de penser à ses amis qui sont toujours au front, qu’il a quittés car il fut blessé à la tête.

Pour ce qui est de la forme, on peut donc retenir brièvement que la disposition des ces cinq lignes verticales, s’oppose à l’écriture habituelle horizontale, que l’on retrouve dans tous les genres, notamment à l’écriture en prose, dont il se détache, en cherchant simplement à créer de la poésie, légère, pour poser ses mots. On lit donc de haut en bas, de gauche à droite. D’ailleurs, cette forme et ce mouvement de haut en bas sont rappelés à la fin du cinquième vers « en haut et en bas ».

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