Jeanne d’Arc

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Résumé

Tout d’abord, précisons qu’un résumé brut ne peut pas tout à fait rendre justice aux saveurs de la pièce. L’intérêt du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc est en grande partie dû à son style qui, proche de la prose poétique et de l’incantation, fait de la répétition son motif essentiel. Par ailleurs, Péguy s’attarde essentiellement sur les débats religieux et philosophiques de ses trois personnages féminins et la narration est réduite à son minimum – ce n’est que l’histoire d’une détermination, au choix héroïque ou psychotique, qui se révèle par le dialogue. Ainsi, le « mystère » du titre est équivoque : Péguy renvoie à la fois au genre théâtral médiéval et, plus simplement, à la question : comment Jeanne d’Arc est devenue ce qu’elle était ? La réponse de Charles Péguy semble être que la piété indéfectible de Jeanne d’Arc viendrait de la terre, des êtres involontairement mais profondément stoïciens qui la travaillent.

            La pièce commence pendant l’été 1425, à Domremy. Jeanne d’Arc, treize ans et demi, file en surveillant les moutons de son père. Elle prie de toutes ses forces et ce faisant elle formule son désarroi : Dieu est toujours, malgré les preuves manifestes de sa puissance, ignoré par les hommes. Elle pense qu’il faudrait, pour que le règne de Dieu vînt, « une sainte… qui réussisse. »

            Hauviette, une de ses jeunes amies, de « dix ans et quelques mois », vient à sa rencontre. On comprend, à son contact humble et pragmatique, que la piété de Jeanne sort de l’ordinaire : l’adolescente a soif d’absolu, elle prie en permanence, est perpétuellement malheureuse car elle a de l’empathie pour tous les miséreux du monde. Plus tôt, Jeanne a aidé deux enfants affamés dont le père est mort à cause des guerres contre l’Angleterre. Cette évocation donne lieu à une tirade de Jeanne contre la guerre. Jeanne tient à rencontrer Madame Gervaise, une jeune femme qui est entrée au couvent, car elle pense trouver grâce à elle les réponses à ses questions. Jeanne considère Madame Gervaise comme une sainte ; Hauviette pour sa part la tient pour une irresponsable, qui a fait terriblement souffrir sa mère en rentrant dans les ordres. La fillette sort.

            Jeanne, seule en scène, prie à nouveau. Sa prière atteint une sorte de frénésie métaphysique, par laquelle elle voyage à travers temps et espace, et voit partout la grandeur de Dieu mais l’ingratitude des hommes et la persistance du péché.

            Madame Gervaise, qui est une jeune femme de vingt-cinq ans, arrive. Jeanne partage sa souffrance ; Madame Gervaise la comprend, l’a ressentie également, et parvient même à la formuler avec plus d’acuité. Toutefois, elle explique que cette souffrance n’est pas vaine. Toutes deux, elles se mettent à relater la mort et la naissance du Christ, avec une chronologie très fluctuante, qui fait que les deux épisodes se mélangent et s’imbriquent. Jeanne pose enfin la question cruciale : qui faut-il donc sauver ? Comment faut-il sauver ? Madame Gervaise ne lui répond pas, ou plutôt lui répond à côté. Comme Hauviette, elle invite Jeanne à se méfier du péché d’orgueil. Mais l’intransigeance de Jeanne s’exprime plus fort que jamais : elle en vient à condamner, malgré les récits et arguments de Gervaise, les premiers saints. Saint Pierre ? Un simple paysan, d’après elle, aurait eu plus de courage. Malgré les réticences de Gervaise, qui affirme qu’il ne faut pas diviser l’Église, hiérarchiser les fois, Jeanne appuie son propos en détaillant les grandeurs des saints seconds. Elle ne se laisse pas raisonner. Alors que le dialogue tourne en rond – Gervaise rappelle que la position de Jeanne est orgueilleuse, tandis que Jeanne continue à répéter que n’importe qui pourrait être plus saint que les premiers saints –, Jeanne demande à Gervaise si elle pense qu’elle aurait, comme Pierre, abandonné le Christ. Gervaise se montre troublée ; elle ne répond pas, mais défend Pierre.

Au bout du compte, le dialogue se révèle insatisfaisant autant pour l’une que pour l’autre. Madame Gervaise s’est confrontée à une force vive qui l’a ébranlée ; Jeanne n’a pas eu de réponse, et s’est même vu frustrée par une croyante trop raisonnable. Brusque, Jeanne congédie Madame Gervaise par un adieu.

            Jeanne se remet à filer et s’exclame : « Orléans, qui êtes au pays de Loire. » Madame Gervaise revient sur scène avant que le rideau ne se baisse.

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