Journal d'un chat assassin

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Le journal intime, l’identification avec un chat

Le journal intime, dans son sens le plus commun, se définitcomme un texte rédigé de manière régulière ou occasionnelle, qui contient lesactions, les sentiments et les pensées de son auteur. Le plus souvent daté, iln’est pas destiné à être publié. En littérature, le journal intime change dedéfinition : montré partiellement ou totalement, il permet de pointer dudoigt ou de mettre en lumière certains comportements ou certaines idées. Cetteutilisation de l’intimité apparaît au cours du XVIIIesiècle.

         Journal d’un chat assassin se présente sous la forme d’un journal intime, annoncé dèsle titre. Le lecteur y retrouve la présence du « je » de narration,une découpe et un suivi chronologique du récit, ainsi que les pensées etactions de son auteur. Le choix de ce genre particulier amène le lecteur àn’être confronté qu’à un point de vue interne, c’est-à-dire un point de vueunique, très univoque, duquel il ne peut se détacher. On observe alors deuxconséquences pour le lecteur : l’avis forgé est obligatoirement subjectifmais, en contre-partie, le réalisme du récit est renforcé. Une identificationau personnage devient alors possible, car aucun élément extérieur n’interfèredans l’exposition des pensées du narrateur. Pour renforcer cet aspectidentificatoire, l’auteur choisit d’employer un vocabulaire simple et destournures oralisées avec interpellation directe du lecteur : « C’est ça, c’est ça. Allez-y, pendez-moi. […]Dites-moi, qu’est-ce que je suis censé faire quand une petite boule de plume sejette dans ma gueule ? ». Cette tournure permet au narrateur debriser le quatrième mur et de s’adresser directement à son lecteur, créantentre eux un lien de proximité.

Le genre du journal intime, dans la littérature, joue de cette proximitéfactice : en exposant à nu ses actes, le narrateur attent un jugement adouci dela part de son lecteur. C’est ce que fait faire Anne Fine au personnage deTuffy : « [La boule de plume] auraitpu me blesser. Bon d’accord, je lui ai donné un coup de patte. […] Commentaurais-je pu me douter que ça allait faire une histoire pareille ? […] Bond’accord, je n’aurais peut-être pas dû le traîner dans la maison etl’abandonner sur le tapis. » Les comportements mis ainsi en lumièresont plus facilement acceptés par le lecteur du fait que le regard porté estnuancé, humain dans sa faiblesse, sujet à des palinodies. Par ailleurs, laprésence de l’humour participe à atténuer un peu plus le jugement du lecteur.

         L’utilisation du genre du journal intime n’est pasanodin : il permet à l’auteure de créer chez son lecteur un sentimentd’intimité exposant directement les actes du chat à son jugement. C’est cetteproximité, avec la note d’humour, qui va favoriser l’accroche chez le jeuneenfant.

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