Journal d'un chat assassin

par

Un comique édifiant

Le lecteur assiste dans ce récit à la confrontation de deux espèces distinctes, incapables de communiquer, et dont la cohabitation mène à d’inévitables quiproquos. Chat et humains n’ont ici pas les mêmes attentes : le premier espère de la compréhension de la part de ses maîtres quand les seconds exigent de leur animal des comportements humains. Cette situation cocasse permet au jeune lecteur de prendre conscience de l’absurdité du comportement des parents et de réaliser qu’on ne peut avoir les mêmes exigences envers un animal et un humain. Ce récit a donc deux visées : permettre de mettre en avant les traits distinctifs entre l’humain et l’animal, mais également faire rire son lecteur.

Anne Fine présente dans son roman le personnage de Tuffy, chat domestique à l’ironie acérée, dépassé par les exigences ubuesques de ses maîtres. Face aux comportements qu’il ne comprend pas, ce drôle de chat se sert de l’humour comme arme : « Des reproches, des reproches, des reproches. Je ne vois pas pourquoi ils se cassent la tête à garder un chat si c’est pour se plaindre en permanence. » Différents types de comique se font jour : le comique de répétition, avec l’attitude identique de tous les protagonistes lors de la découverte de nouveaux cadavres (colère des parents, pleurs d’Ellie et stoïcisme du chat) ; l’ironie, qui transparaît à travers les commentaires assassins de Tuffy – « Après tout, je connaissais l’oiseau depuis plus longtemps qu’eux. Je l’ai connu vivant, moi. » – ou encore la caricature, très présente dans les illustrations de Véronique Deiss. Le lecteur apprend donc ici à démêler les différents types d’humour et à appréhender avec recul certains comportements.

Car la seconde visée de ce roman est bien de pouvoir montrer au jeune lecteur que tous les comportements adultes ne sont pas exemplaires, et qu’eux-mêmes peuvent parfois faire des erreurs. Dans le roman d’Anne Fine, les parents sont caricaturés, présentés comme des êtres stricts, attentifs à leur image et mal à l’aise face à l’attitude peu exemplaire de leur animal de compagnie : « – Je viens à peine de planter les lobélies, et le voilà déjà couché dessus pour les écraser. – Si seulement il pouvait éviter de faire des trous au beau milieu des anémones. » Quant à la jeune Ellie, elle ne sait réagir qu’en pleurant. L’auteur se moque avec finesse des travers de l’être humain, créant un parallèle comique entre l’attitude « mature » du chat et celle puérile de ses maîtres.

         Dans ce récit, l’auteure choisit de se servir du rire pour permettre à son lecteur une introspection. En se moquant de l’attitude des personnages du roman, le jeune lecteur devient capable de prendre du recul et d’analyser sous un angle nouveau son attitude, comme celle des autres.

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