L’Autre Monde

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Cyrano de Bergerac

Cyrano de
Bergerac est un écrivain français né à Paris en 1619 et mort à Sannois
(Val-d’Oise) en 1655. S’il est surtout passé à la postérité en tant que
personnage d’Edmond Rostand, il reste connu comme homme de lettres pour sa
comédie Le Pédant joué, qui a inspiré
beaucoup de dramaturges, et ses dernières œuvres qui inaugurent le genre de la
science-fiction.

Il est issu
d’une vieille famille parisienne et n’est donc pas gascon comme le laisse
croire la pièce d’Edmond Rostand. Le nom « Bergerac » vient d’une
terre possédée par sa famille dans la région parisienne. Le jeune Cyrano fait
ses études au collège de Beauvais à Paris. Le souvenir qu’il conservera du
principal de l’établissement, Jean Grangier, lui fournira la matière pour créer
le protagoniste du Pédant joué.

En 1638
il devient cadet d’une compagnie appartenant au régiment des Gardes du Roi. Là,
figurent un grand nombre de Gascons, détail dont se saisira Rostand. Durant la
guerre de Trente Ans, il subit deux graves blessures au combat, aux sièges de
Mouzon et d’Arras. Sa carrière militaire est alors finie, et le jeune homme de
vingt-deux ans reprend ses études au collège de Lisieux. Cyrano de Bergerac se
fait alors libre-penseur – les libres-penseurs se caractérisent alors par leur
athéisme et leur rationalisme – et devient le disciple du philosophe Pierre
Gassendi.

Cyrano de
Bergerac est l’un des premiers auteurs d’une comédie en prose. Son Pédant joué daterait de 1654 et trouve
son inspiration chez Lope de Vega. Le pédant en question apparaît sous les
traits de Granger, qui convoite Génevote, la même jeune fille que son fils
Charlot. Père et fils tenteront d’arriver à leurs fins secondés par leurs
valets. L’intrigue est donc banale et la pièce se distingue surtout par les
longues tirades émises par des personnages très typés. Dix ans avant les
paysans du Dom Juan de Molière,
Cyrano de Bergerac fait parler pour la première fois en patois sur une scène de
théâtre. Une scène de la pièce, d’ailleurs, celle de la séquestration de
Charlot par les Turcs, a été reprise par Molière dans Les Fourberies de Scapin.

Une autre
pièce de Cyrano de Bergerac, représentée en 1653, cette fois en vers, La Mort d’Agrippine, qui a pour cadre
l’Antiquité et le règne de Tibère, avait fait scandale, de par les professions d’athéisme
de Sejanus, qui ose proclamer que ce sont les hommes qui ont fait les dieux, et
non l’inverse.

Cyrano de
Bergerac fut aussi un épistolier ; en 1654 paraissent ses Lettres, dont on distingue surtout
celles où il s’adonne à la satire. Dans Contre
les sorciers
, par exemple, il dénonce les illusions des superstitions. Et
avec Molière, il pense que les médecins sont des charlatans. Les lettres
d’amour sont pour leur part écrites dans un style très précieux. Notons aussi
les extraits Contre un Ingrat ou Contre Soucidas, anagramme de l’écrivain
et musicien D’Assoucy dont Cyrano de Bergerac, selon plusieurs auteurs, aurait
été l’amant, et qu’il avait surnommé « l’empereur du burlesque » avant
que leurs amours ne se transforment en une querelle et un échange d’amabilités
littéraires. D’Assoucy ripostera à ces lettres par sa Bataille de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioché sur le
Pont-Neuf
, suite à une farce organisée par lui mettant en scène un
véritable singe déguisé en Cyrano, que celui-ci embrocha. Cyrano de Bergerac menaça
de mort son ancien ami qui dut même quitter Paris. La propension au combat,
certes exagérée par Edmond Rostand, eut bien un fondement réel – tout comme le
nez particulièrement imposant du personnage, qui faisait la fierté du Cyrano de
Bergerac historique.

En tant
qu’homme de lettres, Cyrano de Bergerac reste surtout connu pour être à
l’origine d’un des premiers romans de science-fiction sous la forme de L’Autre Monde, dont les deux parties
s’intitulent Histoire comique des États
et Empires de la Lune
et Histoire
comique des États et Empires du Soleil
. Le récit est à la première
personne : l’auteur parvient à s’élever vers l’astre nocturne ceint de
fioles de rosée. Là, le terrien y est considéré comme un singe et les avis
divergents sur l’accueil à lui réserver divisent la population en deux camps. La
teneur du texte oscille entre le roman d’aventures et le traité philosophique.
Le ton polémique et la satire alternent avec des moments de pure cocasserie.
Des questions philosophiques classiques comme celles de l’immortalité de l’âme,
de l’origine du monde, de l’existence de Dieu sont traitées. Le récit devient à
l’occasion un prétexte au déploiement d’une philosophie matérialiste, d’une
critique de la scolastique, du géocentrisme, et de l’orgueil des hommes,
persuadés que la nature a été créée pour eux, figés dans une vision
anthropocentriste du monde. Si l’auteur fustigeait, paradoxalement, les
matamores dans ses lettres ; ici, c’est plus généralement la guerre qui
lui apparaît comme une folie des hommes. Dans la deuxième partie de son œuvre,
c’est grâce à une machine aérostatique construite par ses soins que l’auteur
s’élève vers le soleil, où cette fois il découvre et admire l’organisation
politique des oiseaux. Pour écrire son œuvre, l’auteur aura utilisé des
connaissances en astronomie acquises auprès de son ancien professeur, Pierre Gassendi,
et des expériences menées ensemble. Gassendi avait d’ailleurs en 1636 établi la
première carte de la lune, observée à la lunette astronomique dès 1610.

Ce sont
les articles des écrivains Charles Nodier en 1838 et Théophile Gautier en 1844,
puis les efforts du bibliophile Paul Lacroix qui font renaître l’œuvre de
Cyrano de Bergerac et permettent sa plus large diffusion.

En termes
de philosophie païenne, de morale, d’anticonformisme, Cyrano de Bergerac allait
déjà plus loin que Voltaire. C’est donc un écrivain paradoxal qui est passé à
la postérité sous l’apparence d’un pitre ; certes il est burlesque,
amuseur à l’occasion, et ces aspects-là purent plaire aux surréalistes, mais d’un
autre côté Cyrano de Bergerac était un penseur aux connaissances philosophiques
et scientifiques poussées, à l’œuvre inachevée, et son naturalisme, son
matérialisme, en des temps obscurs, pouvaient coûter la vie, si bien qu’on soupçonna,
derrière la poutre qui frappa l’écrivain peu avant sa mort, une main
criminelle.

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