L’Autre Monde

par

L’acceptation de l’Autre

« L’Autre » est un thème omniprésent dans l’œuvrede Cyrano de Bergerac. Il s’agit entre autres de la rencontre avec l’autre,mais plus encore de l’acceptation de l’autre par soi et de l’acceptation de soipar l’autre.

Avant le voyage sur la Lune proprement dit, tout commencepar une réflexion que se fait le personnage principal lors d’une discussionanodine, une réflexion qui le conduira à rechercher un moyen de se rendre surla Lune. Après maintes péripéties qui le mènent d’abord de France en Amérique,il fait de façon accidentelle le trajet de la Terre à la Lune. L’auteur met enavant des principes pseudo-scientifiques pour expliquer les prouesses de sonpersonnage et met en avant une conception matérialiste de l’univers pourprésenter le monde nouveau où son personnage va choir.

Dès son arrivée sur la Lune, le personnage principal entreen contact avec des paysages merveilleux, qui lui font conclure qu’il ne peutse trouver ailleurs qu’au paradis, une pensée qui lui est confirmée lors de sa rencontreavec Elie qui habite là, et qui avait comme lui mangé du fruit de l’arbre de laconnaissance qui pousse sur ce « Paradis Terrestre ».

Il est renseigné par Elie sur les différentes personnes àavoir foulé le sol de ce lieu sacré avant lui, mais en raison de son athéisme,il en est chassé. Le personnage principal poursuit ensuite son exploration dela Lune au cours de laquelle il est appréhendé par des créatures que l’auteur présentecomme semblables à l’homme :

« Quand je les pus discerner deprès, je connus qu’ils avaient la taille, la figure et le visage comme nous.Cette aventure me fit souvenir de ce que jadis j’avais ouï conter à ma nourrice,des sirènes, des faunes et des satyres. De temps en temps ils élevaient deshuées si furieuses, causées sans doute par l’admiration de me voir, que jecroyais quasi être devenu monstre. »

Ondécouvre ici comment l’auteur introduit une certaine relativité de laperception dans son œuvre. Ainsi, lui qui vient de la Terre considère ceshommes gigantesques comme des bêtes du fait qu’ils se déplacent à quatre patteset que leurs moyens de communication lui sont inconnus. De même, les habitantsde la Lune l’exposent dans un cirque et finissent plus tard par le mettre encage.

Lorsquele héros parvient à s’approprier le langage de ses geôliers, ses prouessesintellectuelles ont pour tout effet de lui attirer les foudres des philosophesde ce monde qui le condamnent à mort pour les principes qu’il défend devanteux. De même, lors de son voyage sur le Soleil, il est condamné par les oiseauxqui l’habitent à être mis à mort parce qu’on le croit dépourvu de raison. Ilaura tout de même la vie sauve par l’entremise de personnages différents quiferont connaître qu’il est doté de raison ou qu’il n’y a pas lieu de lecondamner pour les idéaux qu’il défend.

Cependant,même si sur la Lune on ne cherche plus à le tuer pour avoir prétendu que leurmonde est un monde au même titre que la Terre qui, vue de là, n’est qu’unelune, ses idéaux ne sont toujours pas acceptés. L’auteur démontre ainsi qu’iln’est pas aisé d’accéder à des idées contraires aux vérités qu’on tient pouracquises, en particulier chez les intellectuels, où elle semble d’autant plusassises sur certains préjugés, et empêchées d’évoluer par tout un systèmefinalement aliénant. Malgré cela, le personnage fait preuve de magnanimité ets’ouvre à la philosophie d’un monde qui l’a condamné pour ce qu’il pense etpour ce qu’il est :

« Je vous promets en récompense,sitôt que je serai de retour de la lune, d’où mon gouverneur (je lui montraimon démon) vous témoignera que je suis venu, d’y semer votre gloire, en yracontant les belles choses que vous m’aurez dites. Je vois bien que vous riezde cette promesse, parce que vous ne croyez pas que la lune soit un monde, etencore moins que j’en sois un habitant ; mais je vous puis assurer aussique les peuples de ce monde-là qui ne prennent celui-ci que pour une lune semoqueront de moi quand je leur dirai que leur lune est un monde, que lescampagnes ici sont de terre et que vous êtes des gens. »

Onvoit donc comment l’auteur dresse un parfait parallèle entre des conceptionsidéologiquement étriquées qui se réfléchissent les unes dans les autres commedans un miroir, lequel est propre à défendre une pensée plus relativiste etsceptique, conforme à celle d’un libre penseur.

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