L'échappée belle

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Anna Gavalda

Anna Gavalda est uneécrivaine française connue pour les importants tirages de ses romans etl’intérêt qu’elle accorde aux vies et aux émotions de gens simples, ainsi quel’identification qu’elle parvient à susciter chez son lectorat,particulièrement fidèle.

 

Origines,formation

 

Anna Gavalda – nom de plume d’Anne-Gaëlle Coche– naît en 1970 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) dans une famillebourgeoise marquée par l’esprit de Mai 68. Son père, passionné de lecture, atravaillé un temps dans une banque, tandis que sa mère, pourvue d’unesensibilité artistique, restaurait des tableaux. La famille habite une abbayedésaffectée dans la campagne de l’Eure-et-Loir. La jeune fille lit beaucoup deBD, notamment de Gotlib, Hugo Pratt, Goscinny ou Franquin.

Le divorce de ses parents alors qu’elle aquatorze ans est vécu comme un choc par l’adolescente. Vivant désormais chezune tante à son initiative, elle est scolarisée à l’école Saint-Pie X deSaint-Cloud où elle subit l’influence de la culture biblique. Après une hypokhâgneau lycée Molière à Paris elle obtient une maîtrise de lettres modernes à laSorbonne. Étudiante, elle multiplie les petits boulots, lesquels fourniront unmatériau de première main pour ses œuvres à venir.

 

Débuts defemme de lettres, succès

 

De 1993 à 2001, Anna Gavalda enseigne au collègeNazareth de Voisenon (Seine-et-Marne). La jeune femme avait toujours beaucoupécrit, dans des genres variés, des discours de repas familiaux, des lettresd’amour, de motivation ou de rupture pour des amis, jusqu’à des secondesmoutures de romans Harlequin, en passant par des textes pour le journal deCarrefour. En 1998, elle tente de se faire éditer ; après une dizaine derefus, Dominique Gaultier, directeur de la petite maison d’édition parisienneLe Dilettante, accepte de publier Jevoudrais que quelqu’un m’attende quelque part, recueil de nouvelles dontcertaines avaient valu des prix à leur auteure lors de concours.

En 2000, le prix RTL-Lire vient récompenserl’ouvrage qui connaît dès lors un très grand succès. C’est ainsi une jeune mèrede famille inconnue, mariée à un vétérinaire de Melun, enseignante enSeine-et-Marne, qui est propulsée sur le devant de la scène littéraire.

Si l’écrivaine devient dès lors très populaire,deux autres ouvrages connaîtront un succès tout particulier : Je l’aimais (2002) et Ensemble c’est tout (2004). Les troisouvrages totalisent cinq millions d’exemplaires vendus, et son quatrième livreen 2008 connaît un premier tirage de 300 000 exemplaires. Anna Gavalda estdonc aussi un phénomène éditorial français, beaucoup traduit à l’étranger. Letrain de vie de la jeune femme n’en sera pas pour autant modifié et ellerestera fidèle à l’éditeur qui lui avait fait confiance malgré les tentations.

 

Thèmesmajeurs, influences, style

 

La littérature et le style d’Anna Gavalda sontjugés par beaucoup comme faciles, ce à quoi elle répond : « J’ai dela facilité pour la facilité. » L’auteure a connu le succès avec desnouvelles contemporaines douces-amères et révèle un certain talent pourexprimer des situations tragi-comiques, cocasses, évoquer des drames tout enconservant une certaine légèreté. Quand certains parlent de livres« positifs », pleins de grâce et d’humour, d’autres évoquent deshistoires à l’eau de rose, des aspects fleur bleue, voire une littérature« guimauve » qui joue de procédés commodes tels que l’appel àl’expérience du lecteur, une grosse proportion de dialogues et uneconcentration sur la banalité du quotidien qui rend selon certains ses œuvresvaines et creuses. Il n’empêche que l’auteure entretient avec ses lecteurs unerare relation de complicité. Son lectorat est singulier de par la diversité desmilieux dont il provient ; il compte notamment Bernadette Chirac et FannyArdant.

N’oublions pas qu’Anna Gavalda est initialement professeurede français ; elle voue une grande admiration au lexicographe HenriBertaud du Chazaud, auteur d’un célèbre Dictionnairede synonymes, mots de sens voisin et contraires, qu’elle remercie à la finde son roman La Consolante (2009).Anna Gavalda apprécie particulièrement Raymond Carver parmi d’autres écrivainsaméricains. Son genre peut être apparenté au courant néoréaliste des années1950 dans la veine de Henri Calet et Raymond Guérin.

D’un point de vue du style, son écriture peut sefaire délurée (cf. Billie), en toutcas souvent adéquate pour retranscrire les émotions de gens ordinaires avectendresse. L’auteure est reconnue, dans ses œuvres comme dans la vie, pour sonrare sens de l’observation.

Parmi ses thèmes récurrents figurent la fratrie,qui apparaît souvent comme un refuge – elle-même a grandi avec deux frères etune sœur –, et le monde de l’enfance, souvent ressuscité. Son attention àl’enfance, qui apparaît notamment dans 35kilos d’espoir, rejoint aussi un certain « prosélytisme littéraire »,qui s’est manifesté par exemple par la création d’un club de lecture pour lesélèves alors qu’elle était professeure en collège.

 

Regardssur les œuvres

 

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (1999)est un recueil de douze histoires, douze « morceaux » de vies banalesqu’aucun événement exceptionnel ne vient agiter. L’accent est plutôt mis surles aspects grotesques ou du moins loufoques de certaines situations, propres àrévéler les faiblesses de personnages qui n’ont rien de héros, mais aussi leursespoirs et leur profondeur. Ainsi Cethomme et cette femme livre les réflexions auxquelles s’adonne un couplebourgeois en route pour leur maison de campagne – nul enfant auquel penser, nulamour entre eux, simplement la quête d’un certain confort matériel. The Opel Touch semble basé sur lessouvenirs des petits boulots de l’auteure car l’« héroïne » est uneétudiant employée dans un petit magasin melunais. Le sujet peut se fairegrave : le traumatisme consécutif à une fausse couche lors du sixième moisde grossesse, ou plus loufoque comme dans Junior,l’histoire de deux jeunes hommes qui de retour d’une fête percutent un sanglierqu’ils entreposent dans le coffre de la Jaguar que le plus jeune a empruntée àson père, laquelle se verra saccagée par l’animal ressuscité.

Je l’aimais (2002) proposele dialogue entre Chloé, une trentenaire abandonnée par son mari volage, et sonbeau-père, qu’elle avait d’abord jugé autoritaire et hautain, et qui se révèlesoudain dans la cuisine de la maison de campagne où ils sont partis tous deuxun homme blessé particulièrement sensible qui se confesse à elle, tandisqu’elle peut partager auprès de lui sa rancœur. Le style d’Anna Gavalda permetune grande empathie avec des personnages dont les émotions sont soigneusementretranscrites.

35 kilos d’espoir (2002) estun livre pour la jeunesse qui a rencontré un immense succès, rare pour unouvrage de ce genre. Anna Gavalda a tenu un temps une chronique sur cettelittérature dans le magazine Elle. Ceroman évoque avec une grande sensibilité et beaucoup d’empathie le parcours deGrégoire, un jeune garçon en classe de sixième qui a déjà redoublé deux foismais chez lequel une institutrice a décelé un talent pour les travaux manuels,qu’elle valorise. Grégoire a une relation particulière avec Léon, songrand-père, un bricoleur lui aussi, dont la proximité et les encouragements,même dans ses pensées, soutiennent le jeune homme lorsqu’il s’agit pour lui deprendre son destin en main, et d’embrasser une voie qui lui correspond sansdoute mieux. L’auteure livre là une histoire émouvante propre à renouveler lesregards de parents et de professeurs en particulier sur des élèves qui neparviennent pas à se conformer à l’enseignement traditionnel, et sur desfilières qui ont trop souvent mauvaise presse.

Ensemble, c’est tout (2004)met en scène quatre personnages vivant sous le même toit qui se soutiennent lesuns les autres, les réconciliations succédant aux coups de gueule. L’œuvrepropose une vision de la vie par le prisme de l’amour et de l’amitié et permetl’identification du lecteur avec des personnages aux existences ordinaires. Celivre tout particulièrement a emporté une très forte adhésion du lectorat dontune grande partie y voit une leçon de vie et d’amour, un grand messaged’espoir. La couverture aux diverses craies de couleurs est en quelque sortedevenue culte. L’adaptation au cinéma par Claude Berri en 2007 a aussirencontré un grand succès populaire.

L’Échappée belle (2009)signe le retour en enfance d’une fratrie de deux sœurs et deux frères quifuient un mariage qui promet d’être ennuyeux pour se retrouver autour du plusjeune, Vincent, guide saisonnier dans un château de la campagne tourangelle. Lerécit est très diversement reçu ; les personnages, jugés comme des« bobos » ou des « adolescents attardés » déçoivent unegrande partie du lectorat. Il s’agissait initialement d’une nouvelle offerteaux adhérents de France Loisirs en 2001, remaniée pour paraître chez LeDilettante en 2009.

Billie (2013) réunit deuxadolescents : Frank, qui peine à accepter son homosexualité naissante, etBillie, jeune fille à l’enfance fracassée, qui se rencontrent à l’occasiond’une scène d’On ne badine pas avecl’amour où ils jouent Camille et Perdican. Dès lors, les deux vilainspetits canards qu’ils croient être vont s’aider l’un l’autre à muer en beauxcygnes, en se rappelant mutuellement de lever la tête et de croire en leurbeauté. Le style de l’auteure surprend bien des critiques et des fidèles dansce roman, car Billie a un langage pour le moins fleuri entre anglicismes,argotismes et néologismes.

 

Postérité

 

La parution de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part a suscité unregain d’intérêt pour les formats littéraires courts en France, perceptible audébut du XXIe siècle.

 

« Regardez une femmeenceinte : vous croyez qu’elle traverse la rue ou qu’elle travaille oumême qu’elle vous parle. C’est faux. Elle pense à son bébé. D’accord, elle vousécoute mais elle vous entend mal. Elle hoche la tête mais en vérité, elle s’enfout. Elle se le figure. Cinq millimètres : un grain de blé. Un centimètre :une coquillette. Cinq centimètres : cette gomme posée sur son bureau. Vingtcentimètres et quatre mois et demi : sa main grande ouverte. »

 

         Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, 1999

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Anna Gavalda >