L’île des esclaves

par

Puissance et société

La pièce de Marivaux met en scène une nouvelle société qui prend le contrepied total de l’ancienne, celle qui est symbolisée par la ville d’Athènes. En effet, les rôles sociaux des personnages sont inversés, les us mondains sont critiquées, frappés d’ironie, de dérision – par exemple lorsque Cléanthis dépeint le caractère frivole de sa maîtresse qui aime tant séduire, à la scène 3, ou encore lors du portrait d’Iphicrate par son valet comme un homme brutal envers son serviteur qui ne se soucie guère de ce qui pourra lui arriver. Toutefois, même si les rôles sont échangés, la personnalité de chaque personnage ne s’envole pas pour autant. Même lorsque les esclaves deviennent maîtres, ils conservent leur comportement d’esclaves et ne savent pas agir de manière noble. C’est pourquoi l’on peut assister scène 6 à une sorte de parodie d’un dialogue courtois où les anciens serviteurs se font la cour. En effet, dans cette scène, Arlequin ne parvient pas à rester sérieux, le langage des deux personnages n’est qu’une pâle copie de ce qu’aurait été un dialogue entre deux vrais mondains, etc.

L’inversement des rôles dans la pièce montre également le désir de puissance qui anime l’ensemble des personnages et qui est le propre des hommes. Au début de la pièce, les maîtres, qui ont le pouvoir, apparaissent comme vaniteux. Lorsque les rôles sont échangés deux types de situations se font jour : d’une part la réaction d’Arlequin, qui use de son nouveau pouvoir mais sans en abuser ; il s’en amuse mais ne veut pas offenser son maître et devenir comme lui. De l’autre celle de Cléanthis, qui illustre bien plus la vanité de l’homme. Puisqu’elle a été blessée en étant esclave, elle veut user de son...

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Dissertation à propos de L’île des esclaves