L'œuvre au Noir

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Analyse du personnage principal de L’œuvre au noir

Le personnage de Zénon est atypique en soi puisqu’il est à la foi un pur produit sorti de l’imagination de l’auteur, créé pour être le centre d’un roman presque picaresque, autant qu’il semble issu d’un mélange de personnalités ayant réellement existées.

 

Tout d’abord, il nous faut expliquer les origines de celui-ci. Zénon Ligre est issu d’un marchand de la ville de Gand, né en 1510, en pleine période de troubles religieux que nous avons évoqués plus tôt. N’étant pas le fils légitime du négociant fortuné, mais un simple bâtard considéré au même titre qu’un orphelin, la richesse de son père ne lui confère aucune influence, ni dans le domaine politique, ni dans le domaine social. Toutefois, Zénon fait preuve d’un esprit très ouvert sur le monde, il est curieux, désire connaître autre chose que sa Flandres natale, et se lance dans un voyage en plein cœur d’une Europe en phase transitoire, un pied dans un Moyen-Âge encore tenace, l’autre dans un monde renaissant et enclin à de nouvelles manières de penser.

Durant ses voyages, Zénon va rencontrer de nombreux personnages qui vont lui donner chacun une vision différente de son siècle et de son pays et vont servir de vecteurs descriptifs d’une époque.          

Zénon est donc un personnage à l’écoute, qui, malgré son désir d’apprendre, de gagner en sagesse et en connaissances (ce qu’il va d’ailleurs réussir à merveille, devenant alchimiste, puis terminant dans la médecine où il deviendra chirurgien), clame son désir de rester modeste et de ne pas s’estimer au-dessus de sa condition par le bagage intellectuel qu’il se forge. En effet, si son savoir le met en condition pour développer un esprit critique, une envie de s’exprimer qui peut être dangereuse pour l’époque, il se pose davantage en observateur de son temps, en témoin des évènements, sans montrer aucun désir de supériorité sur les autres.

 

La partie « errante » de sa vie s’achève donc sur un retour dans sa Flandre natale et laisse ainsi la place à une « vie immobile ». Cependant, cet adjectif ne peut être utilisé que sur un plan purement physique, car l’activité intellectuelle de Zénon est loin d’être mise de côté : il se heurte aux interdits érigés par son époque, à un manque total de liberté d’expression et à une société cloisonnée dans sa pensée traditionnelle. Continuant en secret ses activités de médecin dont les agissements ne sont pas considérés comme adéquats, obligé de dissimuler sa véritable identité, il continue de mener ses expériences et de faire évoluer sa pensée, l’orientant de plus en plus vers des concepts philosophiques que l’époque préfère condamner. Le fruit de ses voyages est considéré comme un élément gênant, un anti conformisme à bannir. S’exprimer devient alors une prise de risque qui peut s’avérer très dangereuse voire le conduire jusqu’à sa propre perte. Sa couverture fragilisée et son identité finalement mises à nu, Zénon sera jeté en prison et subira un procès, avant d’être condamné ce le conduira à sa perte . C’est en cela qu’il semble inspiré de personnages réels, comme nous le disions en début de partie. En effet, son histoire se calque sur le parcours de grands penseurs tels que Copernic ou Paracelse, qui furent condamnés pour leurs idées novatrices, et également pour leur refus d’abjurer ses convictions, devant la peine qu’on lui soumet. « Votre constance me fait horreur, parce qu'elle équivaut à une insensibilité totale à l'égard de votre âme. Que vous le sachiez ou non, la fausse honte seule vous fait préférer la mort à la remontrance publique qui précède la rétractation… » : Ainsi le tancera le chanoine qui vient lui rendre visite dans sa cellule, peu avant l’exécution, s’apercevant que Zénon préfère la mort à la négation de ses idées.

 

Zénon est donc, en plus d’être le porte-parole d’une époque transitoire et perturbée, le martyr d’une société cloisonnée qui refuse le progrès par peur de voir la structure ecclésiastique s’effondrer au profit d’idées novatrices. Il mène un combat acharné pour la vérité toute sa vie durant, mais sans sombrer dans un autoritarisme de sa propre pensée : ouvert et confiant en l’être humain, en ses capacités, croyant aux avancées d’une médecine plus fiable, il espère donner de sa personne pour améliorer la vie de ses semblables. C’est donc en cela qu’on peut le considérer comme un héros humaniste.

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