L’Or

par

Johann August Suter

Le personnage aréellement existé. Ce que Cendrars raconte est, dans les grandes lignes,véridique. « C’était un homme pas très grand, maigre, au visage prématurémentflétri. D’étranges cheveux d’un jaune filasse sortaient de dessous un chapeau àboucle d’argent. Ses souliers étaient cloutés. Il avait une grosse épine à lamain. » Voilà Suter au début du roman, quand il s’apprête à fuir la Suissepour gagner New York.

« Banqueroutier,fuyard, rôdeur, vagabond, voleur, escroc. » Tel est le portrait moral queCendrars dresse de son héros.

Il traverse lamoitié du monde, arrive péniblement en Californie où il bâtit rapidement unempire agricole qui fait de lui un des hommes les plus riches du monde. À lafin de 1847, un de ses ouvriers découvre de l’or sur ses terres et c’est ledébut de la chute. Des prospecteurs venus du monde entier se jettent sur sesterres, dont il se trouve de fait dépossédé. Tout un état vit maintenant del’or trouvé dans son domaine de Nouvelle-Helvétie.

D’abord honoré,nommé général, sa demeure est ensuite pillée, ses intérêts foulés aux pieds. Ilcherche à reprendre possession de ce qui lui appartient et entame procédure surprocédure, en vain. Il vieillit, sombre dans la dépression, ne pense plus qu’àses multiples procès : « Il tombe en enfance. C’est un pauvre vieux. »Le robuste conquérant est devenu un vieil homme qui fait lentement avancer« son petit corps mou, ses pieds qui traînent dans des bottes éculées, saredingote tachée et saupoudrée de pellicules, sa grosse tête chauve qui branlesous son grand feutre défoncé. » Ce pitoyable vieillard va s’obstiner jusqu’aubout et mourir à soixante-treize ans (dans la réalité, le vrai Suter est mort àsoixante-dix-sept ans), assis sur les marches du Congrès des États-Unisd’Amérique, au milieu d’enfants qui rient de lui.

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