L’Or

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Résumé

En 1834, Johann August Suter laisse derrière lui sa femme et ses trois enfants, il quitte le paisible canton suisse où il est né pour se lancer dans une aventure qui connaît peu d'équivalent. Sa destination : l'Amérique. C'est là que le jeune homme veut faire fortune. Comme des millions d'autres émigrants, il traverse l'Atlantique et arrive à New York, un port où il ne connaît personne, dans un pays dont il ne parle pas la langue. Qu'importe, son culot, son assurance et sa stupéfiante audace lui servent de passeport.

Il s'établit dans la métropole, apprend à connaître les gens et les usages et comprend vite que la fortune sourit aux audacieux. Bientôt, New York ne suffit plus à ses ambitions et à son énergie démesurée. Il décide de partir vers l'Ouest, mais l'Ouest qu'il souhaite atteindre n'est pas celui des plaines à mi-chemin de l'immense continent nord-américain. Ce qu'il vise, c'est la Californie. Aucune liaison régulière n'existe, bien sûr, pas même une voie transcontinentale. Il s'enfonce donc dans l'immensité, perd ses compagnons de voyage peu à peu, parvient aux confins des terres explorées, échappe aux guerriers amérindiens sur le sentier de la guerre, et parvient à la côte pacifique. Il n'est pas arrivé pour autant au bout de ses peines. Avant de débarquer par un beau matin ensoleillé dans la baie de San Francisco, il lui faut voyager encore pour trouver un navire qui l'y conduira, alors il doit aller à Sitka, en Alaska, puis à Honolulu, à Hawaï, en plein Pacifique. Rien ne le décourage, rien ne l'use. Et tout au long de son incroyable périple, il observe, il apprend, il noue des contacts. Quand il arrive en Californie, c'est en guerrier, en homme prêt au combat. Il est venu pour conquérir. Nous sommes en 1839. Johann August Suter a quitté la Suisse depuis cinq ans.

En ce temps-là, la Californie est une contrée pratiquement vierge, très peu peuplée, quasi inexplorée. Elle appartient à la république du Mexique, après avoir été une province dépendant de la couronne d'Espagne. Autrefois, les populations locales, les quelques immigrants et les membres des ordres religieux installés là étaient parvenus à vivre en harmonie et dans une certaine justice. En revanche, à l'aube de la nouvelle décennie, la province est la proie des spéculateurs dont le seul but est de s'enrichir vite, à n’importe quel prix.

Il n'y a pas de loi en Californie, c'est donc l'endroit rêvé pour un homme décidé, un homme comme Johann August Suter. Il devient propriétaire d'immenses territoires vierges et pour les mettre en valeur fait venir une main d’œuvre canaque qu'il installe dans un petit village du nom d'Yerba Buena, dans la baie de San Francisco, où ne se dresse à l'époque qu'un humble monastère. Il met les terres en valeur, y fait pousser des arbres fruitiers, des céréales, des plantes de toutes sortes, il élève des vaches, des milliers de moutons, il devient le premier fournisseur agro-alimentaire du pays, l'argent rentre à flots dans ses coffres.

Il travaille d'arrache-pied et mène une bataille quotidienne pour protéger son royaume naissant contre les incursions des guerriers amérindiens qui veulent conserver leur terre, et contre les éventuels adversaires qui osent se mesurer à lui. Il est l'ami du gouverneur de la province, il est une force qui s'installe peu à peu. Son domaine, vaste comme le canton de Bâle, en Suisse, prend le nom de Nouvelle-Helvétie. Johann August Suter a acquis la puissance d'un monarque. Il envisage enfin de faire venir sa femme et ses enfants auprès de lui. Tout lui sourit. L'année 1848 commence. Johann August Suter l'ignore mais son royaume est sur le point de s'effondrer.

En janvier 1848, un charpentier qui participe à la construction d'un moulin pour son employeur frappe la terre de Californie d'un coup de pioche qui va changer l'Histoire. Mêlées à la terre, quelques petites pierres agglomérées d'un jaune brillant… C'est de l'or ! Johann August Suter comprend immédiatement que cette découverte est pour lui une catastrophe et que des centaines de va-nu-pieds, d'aventuriers de toutes sortes, vont bientôt déferler sur son domaine, alors il ordonne le silence : que la découverte reste secrète ! Mais c'est chose impossible, et la nouvelle se répand à grande vitesse. Johann August Suter voit ses prévisions les plus pessimistes se réaliser. Ce ne sont pas des centaines, ce sont des milliers d'aventuriers assoiffés de richesse qui se jettent sur la Nouvelle-Helvétie, ses travailleurs le quittent pour aller tamiser la terre qui regorge du précieux métal. Les cultures sont abandonnées, le bétail tué par les chercheurs d'or, tout s'effondre. La nouvelle de cette découverte, celle des plus riches filons aurifères connus, dépasse bientôt les frontières de la Californie et c'est de tout le continent, puis du monde entier qu'affluent les hommes qui veulent faire fortune en ramassant l'or à la pelle. Et ce peuple de fourmis s'installe sur les terres de Johann August Suter, et les fourmis se moquent bien des titres de propriété. La Californie a beau devenir membre des États-Unis d'Amérique, l'ordre y demeure absent. La Nouvelle-Helvétie est morcelée, Yerba Buena devient une ville qui prend le nom de San Francisco. Johann August Suter a tout perdu. L'or l'a ruiné.

Mais le lutteur réagit, et il entame un gigantesque procès contre ceux qui l'ont spolié. Il réclame compensation pour les terres volées, les récoltes détruites, le bétail massacré. Ce gigantesque procès va durer des années. Johann August Suter connaîtra des moments de triomphe, quand les autorités et la population de San Francisco l'honoreront en le nommant général. Mais un an plus tard, quand un juge lui donne raison, cette même population brûle son immense demeure et massacre ses derniers travailleurs fidèles.

Les dernières années de la vie de Johann August Suter sont d'une infinie tristesse. Il va à Washington plaider sa cause auprès de ministres et de secrétaires d'État indifférents ; il est la victimes d'escrocs qui se jouent de la naïveté et de la faiblesse du vieillard que Johann August Suter est devenu. Il meurt misérablement sur les marches du Congrès, alors qu'il attend que l'auguste assemblée veuille bien examiner sa requête de compensation.

Johann August Suter, presque roi, ruiné par l'or découvert sur ses terres, est entré dans la légende.

 

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