L'Ordinatueur

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Christian Grenier

Christian Grenier est un
auteur français de livres pour la jeunesse né en 1945 dans le 17e arrondissement de Paris. Toute sa
famille travaille dans le théâtre, ses parents sont de modestes acteurs ;
son père deviendra cependant régisseur à la Comédie-Française. Toute son
enfance est donc baignée par l’art dramatique ; la famille assiste souvent
à plusieurs représentations par semaine. La vocation d’écrivain de Christian Grenier s’affirme précocement puisqu’à six ans déjà il
écrit un conte utopique. À dix ans il passe aux romans d’aventures de plusieurs
dizaines de pages puis il découvre la poésie, Jacques Prévert, et écrit des
centaines de poèmes. Edgar Poe lui inspirera parmi ses écrits de jeunesse
plusieurs recueils de nouvelles fantastiques. L’auteur dira plus tard qu’après
la guerre, les ouvrages pour la jeunesse étant rares, il écrivait lui-même les
histoires qu’ils aurait aimé lire.

En 1957, le lancement de Spoutnik
par les Soviétiques constitue un événement dans la vie du jeune adolescent de
douze ans. Un mois plus tard, c’est la chienne Laïka qui fait un tour dans
l’espace à bord de Spoutnik 2, puis en 1961 Gagarine. Christian se construit
une lunette astronomique et lit tout ce qui a trait à l’espace, notamment les magazines traduits de l’anglais Atome Kid, Sidéral, Cosmos et Spoutnik. Dans les années 1960, seules
trois collections de science-fonction existent :
« Le Rayon fantastique » chez Hachette/Gallimard,
« Anticipation » chez Fleuve Noir et « Présence du futur »
chez Denoël. Le jeune homme y puise abondamment sans oublier de s’intéresser à
la littérature générale et même aux auteurs du nouveau roman. Il découvre
également le roman policier. C’est donc à travers l’astronomie que Christian Grenier s’est intéressé à la
science-fonction, un genre qui n’était pas circonscrit à l’époque, les romans
de Barjavel n’étaient pas classés SF par exemple, et les héros de
bande-dessinée flirtaient beaucoup avec le genre. La spécialisation de la
science-fiction ne s’affirmera en France que dans les années 1970.

Christian veut devenir
comédien comme ses parents mais ceux-ci le poussent vers un métier aux revenus moins
aléatoires. Après avoir étudié au lycée Chaptal, à l’École Normale d’Auteuil
puis à l’université de Nanterre
il obtient une maîtrise de lettres,
il devient professeur de français.
En 1968 il travaille au collège Charles Péguy à Paris quand sa femme lui offre
une machine à écrire Hermès portative. Il vient alors de lire La Nuit des temps de Barjavel que son
épouse a pour sa part trouvé trop triste. Il décide alors d’écrire un ouvrage
du même type mais avec une fin heureuse. Aïo, terre invisible, ne paraîtra
finalement qu’en 1973 chez Hatier.
Christian Grenier dut très largement amputer son récit en le faisant passer de
700 pages à 150 pages, après avoir appris que son histoire était de la
science-fonction destinée aux adolescents. Ce faisant, il accepte que son
loisir devienne un travail réel. Quand son troisième roman, La
Machination
, mêlant réflexion sur les monopoles financiers,
extraterrestres et réalité virtuelle, reçoit le prix ORTF de littérature pour la jeunesse peu après, Christian
Grenier s’affirme dès lors comme un auteur pour la jeunesse à succès, et dont
la carrière sera prolifique. Il occupe cependant, en parallèle de sa carrière
littéraire, des postes de correcteur et de rewriter
chez plusieurs éditeurs. Il sera également journaliste, scénariste de bande
dessinée, et même de dessin animé ; on lui doit le scénario de plusieurs
épisodes des Mondes engloutis
(1985-87). En 1981, il crée et dirige la collection « Folio Junior SF »
pour Gallimard, poste où il montre les qualités d’un anthologiste et s’attèle
notamment à faire connaître des romans oubliés, tel Niourk (1957) de Stephan Wul.

Dans ses œuvres de
science-fiction, Christian Grenier s’affirme comme un humaniste. Les récits qu’il développe poursuivent toujours une même
interrogation sur les moyens de rendre le monde meilleur. Très conscient des
devoirs d’un auteur pour la jeunesse, il s’applique à rédiger ses histoires en
se faisant le plus précis et concis possible. Il s’agit de faire
accéder les adolescents qui constituent son lectorat à des considérations
complexes mais avec des moyens simples,
en leur faisant partager les espoirs et les angoisses d’un adulte attentif aux évolutions sociales et environnementales.

Très actif en tant
qu’enseignant, animant des clubs d’astronomie, de science-fiction comme de
théâtre, dès 1970 il avait poussé ses élèves à écrire, alors que les ateliers d’écriture ne portaient pas
encore leur nom. Il relatera ses expériences dans Écrire des romans en classe, essai publié en 1978. Il a non seulement bâti beaucoup de ses
récits sur des éléments de science-fonction mais il a également étudié le genre
en lui-même, et ce dès 1972 avec son premier essai, Jeunesse et
science-fiction
, ou dans La science-fiction ?
J’aime !
, paru en 1981. Il a beaucoup défendu ce genre, souvent
méprisé, mais paradoxal souligne-t-il, car l’imagination sans limite qu’il
semble autoriser doit pourtant obéir à une logique
implacable afin de présenter au lecteur un monde cohérent. Il souligne que la
littérature de science-fiction incline par sa nature même vers la réflexion, la critique de la société, des modes de pensée et d’organisation.

 

En 1990, sa femme et lui décident de quitter Paris et se retirent dans
le Périgord, au bord de la Dordogne, et dès lors l’écrivain se consacre
entièrement à son art. Cette même année, il obtient un doctorat d’État consacré à la science-fiction. Il continuera
d’assurer des conférences sur le thème de la science-fiction dans des centres
de formation de bibliothécaires ou à l’université. Il participe en outre à de
nombreux salons du livre.

 

C’est surtout pour ses romans policiers pour la jeunesse que
Christian Grenier est connu. En 1993, sa fille de vingt-trois ans, à laquelle
il fait découvrir les auteurs américains du genre, le met au défi de l’aborder
à son tour. Paraît alors Coups de théâtre en 1994, la première œuvre à mettre en
scène les personnages de l’inspecteur Germain
et celle qui est alors sa jeune stagiaire, Logicielle.
Ici, tout commence lorsque Matilda, une actrice, est assassinée d’un coup de
poignard dans le dos sur scène. Logicielle deviendra lieutenante dans la police
scientifique et l’auteur imaginera une dizaine d’enquêtes la mettant en scène, toutes
liées à l’informatique et à l’Internet, en même temps qu’il fera évoluer la vie
sentimentale et la situation de famille de la jeune femme. En 1995, c’est la musique qui est au cœur de l’intrigue
des romans La Fille de 3e B et Le Pianiste sans visage parus
l’année suivante. Dans le premier le lecteur suit l’histoire du point de vue de
Jeanne, la fille du titre qui découvre la musique à l’occasion d’un concert
donné par un jeune virtuose du piano. Elle va tenter de percer le mystère de
son identité avec un camarade du collège, Pierre, lui-même pianiste et
secrètement épris de l’adolescente, et dont le point de vue est donné dans le
deuxième roman.

En 1997 paraît l’une des œuvres les plus lues de Christian Grenier.
Dans L’Ordinatueur,
le lecteur retrouve Logicielle enquêtant sur un sextuple meurtre, chacune des
victimes, des commerçants de Bergerac, ayant été retrouvé devant un ordinateur
très puissant, l’Omnia 3. Le récit, une enquête policière au départ, flirte
avec la science-fiction. On retrouve la jeune femme dans @ssassins.net en 2001, où elle doit découvrir le
meurtrier de Cyrano de Bergerac, à nouveau par le moyen d’un surprenant jeu
informatique.

Les romans policiers de
Christian Grenier s’affirment comme des romans policiers au sens traditionnel
du terme, c’est-à-dire des romans à
énigme
centrés sur la résolution d’une enquête, au contraire des polars ou
des romans noirs par exemple. En cela il voisine avec les œuvres de Conan
Doyle, Agatha Christie ou Gaston Leroux.

 

Autre grand succès de
Christian Grenier, Virus L.I.V.3 ou la Mort des livres, paru en 1998, repose sur
une dystopie. À rebours de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, le
lecteur est confronté à un monde où l’image est bannie au profit de la lecture.
Les Zappeurs, partisans de l’image, se rebellent contre cette tyrannie en propageant
un virus qui efface l’encre au fur et à mesure qu’un livre est lu et plonge le
lecteur dans un monde virtuel reproduisant l’histoire qu’il racontait. C’est
une jeune sourde-muette qui, infiltrée parmi eux, va se trouver chargée par les
Voyelles, écrivains au service du gouvernement, de trouver qui se cache
derrière le virus L.I.V.3.

 

Auteur véritablement polygraphe, Christian Grenier semble
s’être essayé à tous les genres et a écrit des œuvres ayant à voir avec
l’histoire, la fantasy, le conte, la mythologie comme avec l’autobiographie. Elles
sont traduites dans de très nombreuses langues et sa carrière littéraire est
jonché de nombreux prix. Il est
l’exemple d’un auteur pour la jeunesse
exigeant
, s’adressant à un lectorat jeune – entre 10 et 15 ans surtout – sans
pour autant lui proposer un propos simpliste, mais en faisant sienne la formule
d’Aragon du « mentir vrai ».

 

 

« Aussi, au moment où
tu vas refermer cet ouvrage, lecteur, il faut que tu admettes cette
éventualité : peut-être es-tu le héros d’une autre histoire, la tienne,
qu’un lecteur lit dans un monde plus réel que le tien.

Et moi, Allis, je tiens à te
remercier : grâce à toi, désormais, j’existe. Peut-être pour très longtemps.
Car ce sont les lecteurs qui rendent les personnages éternels. »

 

Christian Grenier, Virus
L.I.V.3 ou la Mort des livres
, 1998

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Christian Grenier >