La boîte à merveilles

par

Présentation

Premier livre marocain rédigé en français, La Boîte à merveilles d’Ahmed Sefrioui est, comme le décrit son auteur, un album où se succèdent des tableaux de la vie quotidienne. À la fois récit autobiographique et véritable témoignage socioculturel de la vie au Maroc au début du XXe siècle, ce roman rythmé par le cours des saisons évoque la solitude d’un enfant différent des autres, la solidarité d’un peuple et le pouvoir de l’imagination.

 

Résumé

La Boîte à merveilles est un roman autobiographique de l’écrivain marocain Ahmed Sefrioui, écrit en 1952 et publié en 1954. C’est un des premiers livres écrits en français par un auteur marocain. Dans son récit l’écrivain raconte son enfance et la vie quotidienne de sa famille, de ses voisins, mais il insiste sur un point particulier : sa relation avec une fameuse boîte qu’il nomme la « boîte à merveilles », qu’il considère comme le meilleur souvenir de son enfance.

L’histoire commence quand l’auteur a six ans. Il habite alors avec ses parents à Fès, la capitale spirituelle du Maroc. La famille du narrateur se loge dans un quartier populaire de la ville dans une maison qu’on appelle Dar Chouafa (Chouafa en arabe signifie la voyante), une voyante étant sa principale locataire. Le père de l’auteur s’appelle Sidi Abdeslam, c’est un homme costaud et barbu, qui travaille comme tisserand et gagne très bien sa vie. Il s’est installé à Fès une dizaine d’années auparavant. En effet, il est d’origine montagnarde, d’une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Fès. La mère s’appelle Lalla Zoubida ; elle est très jeune, elle n’a que vingt-deux ans, mais d’après l’auteur elle se comporte comme les vieilles. Elle n’est pas belle, mais elle est issue d’une famille descendant du prophète, ce dont elle est fière au point d’en parler tout le temps et à tout le monde. Elle est très superstitieuse et passe tout son temps à visiter des voyantes et des voyants.

Le narrateur s’appelle Sidi Mohammed, il est fils unique et a peu d’amis ; il ne s’amuse guère qu’avec sa « boîte à merveilles ». Il aime beaucoup cette fameuse boîte qui contient des choses disparates : des boules de verre, des cadenas sans clés, une chaîne, etc. Elle est décrit avec de nombreux détails, comme si elle revivait dans l’esprit de l’écrivain adulte.

Après une description détaillée de sa famille et de ses voisins, le narrateur entame la narration de sa vie quotidienne au Msid (petite mosquée où l’on apprend aux enfants les versets coraniques et la vie du prophète). Le narrateur se rappelle toujours des regards sévères du Fqih (le professeur) et les coups qu’il donne avec une baguette à ce qui désobéissent. Il déteste le mardi, puisque c’est ce jour-là que les élèves doivent réciter les versets appris tout au long de la semaine. Celui qui ne les a pas appris est sévèrement puni.

Il raconte ensuite la disparition de la fille de leur voisine, Zineb, chose qui a chagriné toute la famille et tous les voisins. Des jours après, elle est finalement retrouvée et l’on fête son retour. Sa mère organise un grand festin et invite plusieurs mendiants, ce sur quoi l’auteur met l’accent pour illustrer la générosité des Fassis et des Marocains en général.

Tout en décrivant sa vie quotidienne, il fait le point sur des périodes qui l’ont marqué, ses visites en compagnie de sa mère chez les différents voisins. En rapportant les discussions entre femmes, il décrit la façon dont sa mère raconte les faits et se vante sans cesse d’être issue d’une famille noble. Il évoque la mort d’un de leur voisins, Sidi Abdelkader, ce qui marque énormément le jeune garçon tout comme le voisinage. Le narrateur insiste par là sur la complicité qui règne dans le quartier, qui semble fonctionner comme une même et grande famille. Il se rappelle par ailleurs de la préparation à la fête d’Achoura, où tout le monde se mobilise dès quinze jours auparavant. Les enfants de son âge apprennent des chants religieux, les femmes préparent les tambours et les taarija (des petits tambours). Le jour tant attendu arrive, le narrateur met de nouveaux vêtements, accompagne son père à la mosquée et passe une très belle journée en compagnie de la famille et des voisins.

Après ces journées de fête, l’enfant reprend sa vie quotidienne, il passe toute la journée au Msid avant de rentrer le soir et de retrouver sa boîte à merveilles qu’il aime tant.

Un jour un malheur arrive à son père, qui perd sa bourse au souk ; elle contenait tout son argent : il est ruiné. Entretemps le jeune garçon tombe malade, il s’évanouit et se retrouve pris d’une fièvre qui inquiète sérieusement ses parents. En effet c’est un enfant très fragile. Sa mère s’en occupe alors nuit et jour.

Pendant ce temps, le père ayant perdu tout ce qu’il possède, il se retrouve dans l’obligation d’aller chercher du travail loin de la ville. Il se dirige vers les montagnes pour travailler dans les champs comme moissonneur ; il ne donne pas de nouvelles un mois durant. Sa femme, très inquiète, prie jour et nuit, elle emmène son enfant avec son amie Lalla Aicha chez un voyant pour essayer d’avoir des nouvelles de son mari dont l’absence est mystérieuse. L’enfant est très impressionné par le voyant qui est très beau d’après ses dires.

Après quelques mois, le père de l’auteur revient avec un peu d’argent, ce qui va lui permettre de relancer son atelier, et leur situation s’améliore. L’auteur à son tour guérit de sa maladie et il reprend sa vie normale, ce qui rend tout le monde heureux.

Présentation des personnages


Sidi Mohammed

À la fois auteur et narrateur, il est le fils de Lalla Zoubida et de Sidi Abdeslem. Âgé de seulement six ans au moment du récit, Mohammed est un enfant différent de la plupart des enfants de son âge. Doté d’une riche imagination, et souvent en proie à la maladie, il souffre de la solitude, de l’isolement et de l’incompréhension des personnes qui l’entourent. Il se sert donc de son imagination pour s’évader des contraintes de son vécu quotidien. Il range dans une boîte sous son lit des objets anodins qu’il transforme en précieux trésors par le prisme de son imagination.

 

Lalla Zoubida

La mère du narrateur est une femme fière de ses origines qui se considère socialement supérieure à la plupart de ses fréquentations. Très portée sur les superstitions, elle cherche les solutions à ses problèmes dans les conseils des voyants et les visites quotidiennes aux sanctuaires. Âgée de vingt-deux ans, elle ne semble avoir que très peu d’affection pour son fils.

Sidi Abdeslem

Père du narrateur, il est âgé d’une quarantaine d’années et vit à l’aise grâce à l’exercice du métier de tisserand. En tant que père, il est très attentionné vis-à-vis de son fils unique : « Mon père parut très préoccupé à mon sujet. Il me toucha les tempes plusieurs fois,  me prit la main, arrangea ma couverture avec des gestes d’officiant ».

La Chouafa

Appelée Tante Kanza, cette voyante est l’une des locataires de la maison Dar Chaouffa. Elle a une grande connaissance des rites et des pratiques censés apaiser les esprits et protéger contre le mauvais sort. Elle organise régulièrement des séances au cours desquelles elle conduit les cérémonies.

Driss le teigneux

Cet homme assiste le père du narrateur, lui rend service et se voit chargé de prendre la direction des affaires lorsqu’il doit s’absenter.

Lalla Aicha

Cette ancienne voisine de Lalla Zoubida, malgré les mauvaises expériences dont elle est victime, parvient à rester digne. La mère du narrateur apprécie particulièrement sa compagnie.

Sidi Arafi

Ce voyant a la particularité d’être aveugle. Après avoir été consulté par Lalla Aicha et la mère du narrateur, il leur recommandera de s’en remettre aux bonnes grâces des saints dont les sanctuaires peuplent la ville.

Les autres locataires

Il y a Dris, un fabricant de charrues, son épouse Rahma et leur fille Zineb. Sur le même palier que la famille du narrateur vit Fatma Bziouya, dont le mari est jardinier.

Axes de lecture

Le roman de la solitude d’un enfant

La Boîte à merveilles met le lecteur en présence d’un enfant de six ans seul au milieu des adultes. L’enfant n’a aucun enfant de son âge dans son entourage immédiat, et son vécu est déterminé par les actions et les choix des adultes qui l’entourent. À de nombreuses occasions dans le récit, le personnage est exclu des discussions qui se tiennent autour de lui et des décisions qui se prennent, même celles qui le concernent.

Le souvenir du narrateur est fortement empreint de cette solitude presque absolue, dont seule sa boîte à merveilles parvient à le tirer : « Seigneur ! Je me souviens. Je me souviens de cette solitude vaste comme les immenses étendues des planètes mortes ». La solitude décrite dans le récit va bien au-delà du simple isolement de l’enfant unique, incompris et malheureux. Sidi Mohammed n’a aucune réelle influence sur son environnement immédiat, il est condamné à rester dans le rôle de l’observateur.

Même si c’est ce recul d’observateur qui lui permet de livrer avec précision ses souvenirs d’enfance, la solitude qu’il éprouve teinte l’intégralité du récit : « Je vois, au fond d’une impasse que le soleil ne visite jamais, un petit garçon de six ans, dresser un piège pour attraper un moineau mais le moineau ne vient jamais. Il désire tant ce petit moineau ! Il ne le mangera pas, il ne le martyrisera pas. Il veut en faire son compagnon. Les pieds nus, sur la terre humide, il court jusqu’au bout de la ruelle pour voir passer les ânes et revient s’asseoir sur le pas de la maison et attendre l’arrivée du moineau qui ne vient pas. Le soir, il rentre le cœur gros et les yeux rougis, balançant au bout de son petit bras, un piège en fil de cuivre. »

La solitude du personnage est d’autant plus douloureuse qu’elle n’est pas volontaire. Lorsqu’il accompagne sa mère au bain maure ou lorsque Driss s’entretient avec Molay Abdeslem, le narrateur déclare se sentir comme en enfer et « écrasé ». Même dans la maison de Dar Chouafa, emplie de personnes et de péripéties, Mohammed reste seul. Presque exclu de son propre récit, Mohammed est rarement mis à l’honneur. Lorsque Zineb disparaît pour ensuite être retrouvée, elle devient le centre de l’attention, et parvient ainsi à influencer les adultes plus que Mohammed ne l’a jamais fait. Pourtant, Zineb a à peu près son âge. Mais à l’image des autres enfants de l’école coranique, il ne l’apprécie aucunement.

L’une des marques de solitude les plus fortes du récit se retrouve dans sa relation avec sa mère. Elle ne manifeste que très peu d’affection à l’égard de son fils unique. Elle l’accable de surnoms insultants : tête de mule, chien galeux, juif sans dignité ou encore âne à face de goudron. Absolument seul, même au sein de ses proches et de sa famille, Sidi Mohammed trouve dans sa boîte à merveilles une échappatoire à la solitude omniprésente.

 

La dimension ethnographique

Sefrioui décrit son roman comme un album et invite le lecteur à en feuilleter les pages. La comparaison est bien trouvée étant donné que les souvenirs du personnage sont présentés sous la forme de « séquences ». À travers ces photographies littéraires, le lecteur découvre une partie des mœurs et coutumes du Maghreb.

La solidarité est l’un des aspects de la vie quotidienne qui transparaît lors de la lecture. Elle dicte les règles de vie de la communauté et les exemples sont nombreux. Lorsque Zineb disparaît, toutes les femmes du quartier se rendent chez la mère de cette dernière pour lui manifester leur soutien. Même Lalla Zoubida, la mère du narrateur, qui s’était violemment disputée avec la mère de Zineb, va sincèrement la soutenir. Aucun effort n’est ménagé pour retrouver la fille et une fois les recherches menées à bien, une fête est organisée pour la circonstance. Une fête à laquelle nul n’est exclu, même les mendiants du quartier y sont conviés.

« Ma mère oublia que Rahma n’était qu’une pouilleuse, une mendiante d’entre les mendiantes. Tout émue, elle se précipita au premier étage en criant : Ma sœur ! Ma pauvre sœur que t’est-il arrivé ? Nous pouvons peut-être te venir en aide. Tu nous déchires le cœur… ma mère pleurait… j’avais le cœur gros… »

À chaque fois que les maris sont absents ou que les femmes se retrouvent seules, elles s’apportent mutuellement du soutien, tout comme si les peines de l’une affectaient personnellement les autres. Mais la solidarité dont il est question ici n’est pas juste de la solidarité féminine. C’est la communauté tout entière qui vit de concert. Lors des préparatifs de la fête de l’Achoura, les ressources sont mises en commun et chaque personne a un rôle qui lui est attribué. Il ne semble y avoir presque aucun sens de l’individualité dans la communauté maghrébine. Les problèmes sont partagés avec tous, même les plus personnels. Et c’est également ensemble qu’on y cherche des solutions.

Une autre dimension du Maghreb dont témoigne l’auteur est la croyance aux superstitions. Les croyances présentées dans le récit ne se limitent pas aux croyances religieuses. Les sanctuaires visités par les femmes, les rituels accomplis pour apaiser tel ou tel esprit et les visites au marabout sont autant de croyances qui marquent l’enfance de Sidi Mohammed. Ces croyances exercent une réelle influence sur le comportement des personnages. Lorsque les événements malheureux s’enchaînent après avoir acheté des bijoux, Lalla Zoubida y voit un mauvais augure. La perte du capital de son époux et la fièvre de son fils sont rattachés dans sa conscience à ces bijoux maléfiques. Pour exorciser le mal, elle rend visite au voyant aveugle et se rend quotidiennement aux sanctuaires.

« Je ne comprenais rien au rituel compliqué qui se déroulait au rez-de-chaussée. De notre fenêtre du deuxième étage, je distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettes gesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments bizarres. J’entendais des you-you. Les robes étaient tantôt bleu ciel, tantôt rouge sang, parfois d’un jaune flamboyant. Les lendemains de ces fêtes étaient des jours mornes, plus tristes et plus gris que les jours ordinaires. Je me levais de bonne heure pour aller au Msid, école coranique située à deux pas de la maison. Les bruits de la nuit roulaient encore dans ma tête, l’odeur du benjoin et de l’encens m’enivrait. Autour de moi, rôdaient les jnouns, les démons noirs évoqués par la sorcière et ses amis avec une frénésie qui touchait au délire. Je sentais les jnouns me frôler de leurs doigts brûlants ; j’entendais leurs rires comme par les nuits d’orage. Mes index dans les oreilles, je criais les versets tracés sur ma planchette avec un accent de désespoir. »

L’imaginaire

L’imaginaire est un pilier de La Boîte à merveilles. Le personnage principal se décrit lui-même comme un enfant rêveur qui manifeste plus d’intérêt pour la rêverie, les choses imaginaires que pour la réalité. En ce sens, il est différent de tous les autres enfants de son âge et des autres personnages qui l’entourent.

Il n’y a pas de doute : la forte propension de Mohammed à la rêverie est une des causes de sa solitude ; mais c’est également à travers les œuvres de son imagination qu’il parvient à se mettre à l’abri de sa solitude, de l’antipathie des autres enfants et du mépris de ses proches. À chaque fois qu’il se sent malheureux ou qu’il est en proie à sa solitude, le narrateur se tourne vers la boîte rangée sous son lit où son imagination fleurit.

À travers la puissance de son imaginaire, le personnage transforme les objets sans grande valeur qui encombrent la boîte en trésors aux histoires fabuleuses. Les boutons et les clous deviennent des joyaux, les anneaux de cuivre deviennent des anneaux d’or pur, et chacun des objets prend l’aspect d’un talisman aux yeux de l’enfant. Des talismans dont il se sert pour se soustraire aux misères de sa vie quotidienne : « Moi, j’avais des trésors cachés dans ma Boîte à Merveilles. J’étais seul à les connaître. Je pouvais m’évader de ce monde de contraintes… »

L’imaginaire apparaît comme la seule arme dont dispose ce personnage impuissant face à la solitude, aux adultes, à l’incompréhension et à la fragilité de son corps pour s’affirmer. À travers l’imaginaire, il opère une partition de son existence, en prenant soin de ranger dans sa boîte une partie de sa vie pleine de secrets dont il est le seul détenteur – « Je me sentis triste et seul. Je ne voulais pas dormir. Je ne voulais pleurer. Moi aussi j'avais des amis, ils sauraient partager ma joie. Je tirai de dessous le lit ma boîte à merveilles, je l'ouvris religieusement. Toutes les figures de mes rêves m'y attendaient. »

La Boîte à Merveilles est à la fois la possession la plus chère du personnage et son ami le plus proche. Mais, malgré l’attachement qu’il éprouve pour tous les objets qu’il y range, il a conscience que ce ne sont que des objets et ce constat le rend encore plus malheureux.

« Installé dans un coin de la pièce, j’osai enfin le regarder. C’était un gros cabochon de verre à facettes taillé en diamant, un bijou fabuleux et barbare, provenant à n’en pas douter de quelque palais souterrain où demeurent les puissances de l’Invisible.

Était-ce un message de ces lointains royaumes ? Était-ce un talisman ? Était-ce une pierre maudite qui m’était remise par notre ennemie pour attirer sur la colère des démons ? Que m’importait la colère de tous les démons de la terre !

Je tenais dans mes mains un objet d’une richesse insoupçonnable. Il prendra place dans ma Boîte à Merveilles et je saurai découvrir toutes ses vertus. »

La portée autobiographique de l’œuvre

À travers le récit de La Boîte à merveilles, c’est le récit de sa propre existence que livre l’auteur. Sidi Mohammed, héros du récit, est donc l’avatar dont se sert Ahmed Sefrioui pour raconter son histoire. Toutefois, l’auteur prend certaines libertés et s’écarte par moments du genre autobiographique. La différence de nom entre le narrateur et l’auteur n’est qu’un de ces nombreux exemples.

Il n’est pas possible d’identifier tous les éléments authentiques du récit – simple volonté de brouiller les pistes ou d’enrichir le récit, difficile de savoir. Toujours est-il que, comme Sid Mohammed, Ahmed Sefrioui a été à l’école coranique, passage obligé pour les enfants marocains au début du XXe siècle. Même si l’authenticité des événements détaillés n’est pas garantie, on se rend bien compte que la solitude permanente, la vie de la communauté et la richesse de l’imagination du narrateur sont des éléments véritablement empruntés à la matière autobiographique – une réalité que l’on parvient à déduire des commentaires du « je » narrant :

« J'avais peut-être six ans. Ma mémoire était une cire fraîche et les moindres événements s'y gravaient en images ineffaçables. Il me reste cet album pour égayer ma solitude, pour me prouver à moi-même que je ne suis pas encore mort. »

Si l’on peut douter de l’authenticité du récit fait par le « je » narré, le « je » narrant quant à lui rapporte la plupart de ses commentaires à son expérience personnelle, à l’expérience et au jugement de l’auteur.

Biographie de Ahmed Sefrioui

Né en 1915 à Fès, Ahmed Sefrioui est considéré comme le premier écrivain marocain d’expression française. Issu d’une famille modeste de Berbères – son père est meunier, la famille habite la médina de Fès –, le souvenir de la pauvreté du lieu qui l’a vu grandir est constamment présente dans ses œuvres.

Comme les autres enfants de son âge, Ahmed va à l’école coranique. Il fréquente ensuite l’école française et le collège de Fès. Homme de culture, romancier et nouvelliste accompli, sa route n’était pourtant pas toute tracée. En effet, l’écrivain n’embrasse pas directement une carrière dans le domaine littéraire ou culturel mais plutôt dans le journalisme, d’abord pour le quotidien nationaliste L’Action du Peuple. Il finit par quitter son poste et il fonde alors le musée Al Batha à Fès. Il en devient le conservateur. Il se consacre également à la gestion et à la protection du patrimoine de sa ville natale.

À partir de 1938, Ahmed Sefrioui vit à Rabat et occupe des postes dans les ministères de la Culture, de l’Éducation nationale et du Tourisme. Sa carrière littéraire débute avec sa première œuvre, Le Chapelet d’ambre, écrite en 1947 et publiée en 1949, grâce à laquelle il remporte le Grand prix littéraire du Maroc, qui constituera le déclic lui permettant de gagner en notoriété. En effet, c’est la première fois qu’un Marocain se voit décerner ce prix. Cette première œuvre est un recueil de quatorze nouvelles dans lesquelles il aborde de nombreux thèmes : l’école coranique qu’il a fréquentée et la méthode d’enseignement des instructeurs ; le pèlerinage, l’artisanat, les vagabonds, le monde mystique, etc.

En 1954 Ahmed Sefrioui publie sa deuxième œuvre, un roman intitulé La Boîte à merveilles. Elle a été un temps considérée comme le premier texte de littérature marocaine d’expression française. Il s’agit d’un récit autobiographique dans lequel Ahmed relate les souvenirs d’un enfant nommé Sidi Mohammed. On a pu parler concernant cette œuvre de « roman ethnographique ». Avec La Boîte à merveilles, Ahmed Sefrioui, né et élevé dans la médina de Fès, innove en unissant le monde littéraire oriental à la culture occidentale : un mouvement est né. Ce brassage entre culture occidentale et culture maghrébine débute au Maghreb avec la création d’écoles françaises. Les enfants marocains, tels que Ahmed Sefrioui, qui fréquente l’école coranique (le Fqih) et l’école française ont tendance à préférer celle-ci à la première, jugée plus traditionnelle, moins novatrice. Dans La Boîte à merveilles, l’auteur réussit à unir les deux sans déprécier l’école coranique. Il introduit le monde oriental dans la culture occidentale sans nécessairement fustiger ou même condamner sa culture d’origine. Cette intégration ne se fera pas de la même manière chez d’autres adeptes du mouvement qu’il a créé, notamment chez son compatriote Tahar Ben Jelloun.

En 1973, c’est en Algérie que paraît son deuxième roman intitulé La Maison de servitude. On peut voir dans ce roman métaphysique, qui porte sur les contraintes de la foi islamique, la poésie, l’amour et la révolution, une suite à La Boîte à merveilles. L’œuvre connaît un franc succès.

En 1989, Ahmed publie sa quatrième et dernière œuvre de fiction, Le Jardin des sortilèges ou le Parfum des légendes. Il s’agit d’un recueil de contes inspiré de la littérature orale populaire.

Ahmed Sefrioui est également l’auteur de plusieurs ouvrages documentaires sur le Maroc. Ses œuvres ont été rééditées et traduites de nombreuses fois. Il s’est éteint en 2004 à Rabat. Peu de travaux existent sur Ahmed Sefrioui. Néanmoins, ses œuvres demeurent à jamais un témoignage toujours vivant de la vie discrète qu’il a menée, de sa passion pour l’écriture, de son attachement à sa ville natale, de sa religion et de ses talents de conteur.  

Inscrivez-vous pour continuer à lire Présentation >

Dissertation à propos de La boîte à merveilles