La boîte à merveilles

par

Le roman de la solitude d’un enfant

La Boîte à merveilles met le lecteur en présence d’un enfantde six ans seul au milieu des adultes. L’enfant n’a aucun enfant de son âgedans son entourage immédiat, et son vécu est déterminé par les actions et leschoix des adultes qui l’entourent. À de nombreuses occasions dans le récit, lepersonnage est exclu des discussions qui se tiennent autour de lui et desdécisions qui se prennent, même celles qui le concernent.

Le souvenir du narrateur est fortementempreint de cette solitude presque absolue, dont seule sa boîte à merveillesparvient à le tirer : « Seigneur !Je me souviens. Je me souviens de cette solitude vaste comme les immensesétendues des planètes mortes ». La solitude décrite dans le récit va bienau-delà du simple isolement de l’enfant unique, incompris et malheureux. SidiMohammed n’a aucune réelle influence sur son environnement immédiat, il estcondamné à rester dans le rôle de l’observateur.

Même si c’est ce recul d’observateurqui lui permet de livrer avec précision ses souvenirs d’enfance, la solitudequ’il éprouve teinte l’intégralité du récit : « Je vois, au fond d’une impasse que le soleil ne visite jamais, unpetit garçon de six ans, dresser un piège pour attraper un moineau mais lemoineau ne vient jamais. Il désire tant ce petit moineau ! Il ne le mangerapas, il ne le martyrisera pas. Il veut en faire son compagnon. Les pieds nus,sur la terre humide, il court jusqu’au bout de la ruelle pour voir passer les âneset revient s’asseoir sur le pas de la maison et attendre l’arrivée du moineauqui ne vient pas. Le soir, il rentre le cœur gros et les yeux rougis, balançantau bout de son petit bras, un piège en fil de cuivre. »

La solitude du personnage est d’autantplus douloureuse qu’elle n’est pas volontaire. Lorsqu’il accompagne sa mère aubain maure ou lorsque Driss s’entretient avec Molay Abdeslem, le narrateurdéclare se sentir comme en enfer et « écrasé ». Même dans la maisonde Dar Chouafa, emplie de personnes et de péripéties, Mohammed reste seul. Presqueexclu de son propre récit, Mohammed est rarement mis à l’honneur. Lorsque Zinebdisparaît pour ensuite être retrouvée, elle devient le centre de l’attention,et parvient ainsi à influencer les adultes plus que Mohammed ne l’a jamaisfait. Pourtant, Zineb a à peu près son âge. Mais à l’image des autres enfantsde l’école coranique, il ne l’apprécie aucunement.

L’une des marques de solitude les plusfortes du récit se retrouve dans sa relation avec sa mère. Elle ne manifesteque très peu d’affection à l’égard de son fils unique. Elle l’accable desurnoms insultants : tête de mule, chien galeux, juif sans dignité ouencore âne à face de goudron. Absolument seul, même au sein de ses proches etde sa famille, Sidi Mohammed trouve dans sa boîte à merveilles une échappatoireà la solitude omniprésente.

 

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