La boîte à merveilles

par

La dimension ethnographique

Sefrioui décrit son roman comme unalbum et invite le lecteur à en feuilleter les pages. La comparaison est bientrouvée étant donné que les souvenirs du personnage sont présentés sous laforme de « séquences ». À travers ces photographies littéraires, le lecteurdécouvre une partie des mœurs et coutumes du Maghreb.

La solidarité est l’un des aspects de lavie quotidienne qui transparaît lors de la lecture. Elle dicte les règles devie de la communauté et les exemples sont nombreux. Lorsque Zineb disparaît,toutes les femmes du quartier se rendent chez la mère de cette dernière pourlui manifester leur soutien. Même Lalla Zoubida, la mère du narrateur, quis’était violemment disputée avec la mère de Zineb, va sincèrement la soutenir.Aucun effort n’est ménagé pour retrouver la fille et une fois les recherchesmenées à bien, une fête est organisée pour la circonstance. Une fête à laquellenul n’est exclu, même les mendiants du quartier y sont conviés.

« Ma mère oublia que Rahma n’était qu’une pouilleuse,une mendiante d’entre les mendiantes. Tout émue, elle se précipita au premierétage en criant : Ma sœur ! Ma pauvre sœur que t’est-il arrivé ? Nous pouvonspeut-être te venir en aide. Tu nous déchires le cœur… ma mère pleurait… j’avaisle cœur gros… »

À chaque fois que les maris sontabsents ou que les femmes se retrouvent seules, elles s’apportent mutuellementdu soutien, tout comme si les peines de l’une affectaient personnellement lesautres. Mais la solidarité dont il est question ici n’est pas juste de lasolidarité féminine. C’est la communauté tout entière qui vit de concert. Lorsdes préparatifs de la fête de l’Achoura, les ressources sont mises en commun etchaque personne a un rôle qui lui est attribué. Il ne semble y avoir presqueaucun sens de l’individualité dans la communauté maghrébine. Les problèmes sontpartagés avec tous, même les plus personnels. Et c’est également ensemble qu’ony cherche des solutions.

Une autre dimension du Maghreb donttémoigne l’auteur est la croyance aux superstitions. Les croyances présentéesdans le récit ne se limitent pas aux croyances religieuses. Les sanctuairesvisités par les femmes, les rituels accomplis pour apaiser tel ou tel esprit etles visites au marabout sont autant de croyances qui marquent l’enfance de SidiMohammed. Ces croyances exercent une réelle influence sur le comportement despersonnages. Lorsque les événements malheureux s’enchaînent après avoir achetédes bijoux, Lalla Zoubida y voit un mauvais augure. La perte du capital de sonépoux et la fièvre de son fils sont rattachés dans sa conscience à ces bijouxmaléfiques. Pour exorciser le mal, elle rend visite au voyant aveugle et serend quotidiennement aux sanctuaires.

« Je ne comprenais rien aurituel compliqué qui se déroulait au rez-de-chaussée. De notre fenêtre dudeuxième étage, je distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettesgesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments bizarres. J’entendais desyou-you. Les robes étaient tantôt bleu ciel, tantôt rouge sang, parfois d’unjaune flamboyant. Les lendemains de ces fêtes étaient des jours mornes, plustristes et plus gris que les jours ordinaires. Je me levais de bonne heure pouraller au Msid, école coranique située à deux pas de la maison. Les bruits de lanuit roulaient encore dans ma tête, l’odeur du benjoin et de l’encensm’enivrait. Autour de moi, rôdaient les jnouns, les démons noirs évoqués par lasorcière et ses amis avec une frénésie qui touchait au délire. Je sentais lesjnouns me frôler de leurs doigts brûlants ; j’entendais leurs rires commepar les nuits d’orage. Mes index dans les oreilles, je criais les versetstracés sur ma planchette avec un accent de désespoir. »

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