La Chute

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Résumé

La Chute, courte œuvre d’Albert Camus, est un roman publié chez Gallimard en 1956. Camus y relate une sorte de confession d'un homme qui discute avec un autre dans un bar d’Amsterdam. C’est l'année qui suit cette parution que l'auteur recevra le prix Nobel de littérature.

Ce qui peut surprendre dans cette œuvre est la narration et le dialogue ; en effet, seule une personne parle : l'homme qui se confesse. Ce fait peut être mis en parallèle avec L'Étranger où, comme dans La chute, le lecteur n'aura d’informations que via la focalisation de celui qui s'exprime. On ne sait rien d'autre. Cela renforce le côté malsain et peu confortable de la situation du personnage-narrateur qui raconte son expérience sans être coupé du début à la fin.

Ce roman est découpé en six parties, pour un récit dont les événements ont lieu sur cinq jours successifs.

 

I. Jean-Baptiste Clamence est le personnage principal et narrateur unique du roman. Dans un bar d’Amsterdam, le Mexico City, Clamence aborde un compatriote. C’est alors que débute le monologue, qui ne finit qu’à la fin du roman. Il va tout d'abord lui proposer de lui servir d’interprète auprès du barman afin de traduire et commander ce qu'il veut : « Puis-je, monsieur, vous proposer mes services, sans risquer d'être importun? Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l'estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement. Il ne parle, en effet, que le hollandais. » Il se présente à eux et leur explique qu’il est « juge-pénitent ». On apprend par la suite que cette profession consiste en fait à s’accuser soi-même afin de pouvoir se faire ensuite juge. Durant tout le roman, Clamence s’accusera lui-même de ne pas avoir sauvé quelqu’un : il s’agit de sa propre chute, et cette autocritique lui donne le droit de juger les autres, surtout la bourgeoisie vaniteuse dont il fit partie. On apprend dès lors qu’il fait du recel. Il parle de droit : on peut imaginer qu’il est avocat, ou magistrat, et que ses études et sa vie professionnelle sont brillantes. Clamence va, à la fin de la soirée, raccompagner son compagnon. Alors qu'ils traversent le quartier juif, il évoque ce qu'il sait des horreurs de la Seconde Guerre mondiale et des crimes des nazis. Il lui parle également de la Hollande, qu'il présente comme un « pays de marchands et de rêveurs », pétri d'histoire et de culture, ville qu’il aime pour son cosmopolitisme. Clamence laisse son compagnon un peu plus loin, devant un pont : il lui explique qu'il ne le traversera pas car il s’est juré de ne plus jamais franchir un pont de nuit, et le lecteur comprendra plus tard le pourquoi de cet engagement. Enfin, il donne rendez-vous au lendemain à son compagnon du soir.

 

II. Le jour suivant, les deux hommes se retrouvent au même endroit et la conversation reprend, bien que ce ne soit qu’un monologue de Clamence. Clamence parle de son passé : il fut un temps un brillant avocat, vivant à Paris. Il y appréciait une existence tranquille. Il avait le respect de son entourage et de ses pairs et défendait des causes nobles ; il sortait et côtoyait des gens intéressants. Il avait tout, il était heureux et avait de l'estime pour lui-même, estime qui flirtait cependant avec la prétention : il se pensait en réalité au-dessus des autres, se moquant de leur jugement : « J’allais de fête en fête. Il m’arrivait de danser pendant des nuits, de plus en plus fou des êtres et de la vie. Parfois, tard dans ces nuits où la danse, l’alcool léger, mon déchaînement, le violent abandon de chacun, me jetaient dans un ravissement à la fois las et comblé, il me semblait, à l’extrémité de la fatigue, et l’espace d’une seconde, que je comprenais enfin le secret des êtres et du monde. Mais la fatigue disparaissait le lendemain et, avec elle, le secret ; je m’élançais de nouveau. » Il était alors dans une sorte de normalité qui lui allait ; tout était réglé, tout se passait pour le mieux, tous ses actes étaient calculés. Il explique ensuite qu'un soir d’automne, il entendit un rire sur un pont, il n’a pas cherché d’où cela venait. Après être rentré chez lui, il se regarde dans une glace et se rend compte que son sourire semble double. Il ne se sent plus bien : c’est alors que sa chute commence.

 

III. Clamence, le jour suivant, reprend son monologue auprès de son interlocuteur. Il raconte que ce rire sur le pont, dont il lui a parlé la veille au soir, lui a montré sa vanité, et lui a fait voir ce qu'il ne voulait pas voir. Il a ainsi pris conscience qu'il était orgueilleux et qu'il pouvait faire du mal autour de lui ; il s'en rendit particulièrement compte un jour alors qu’il a une altercation au volant de sa voiture. Il pend conscience que sa vanité est présente partout, même dans ses relations avec la gent féminine. Il explique qu’il s’est découvert double, comme son sourire.

Cette prise de conscience a mené à une remise en question de sa propre personne, et un souvenir lui revient en tête : il se souvint qu'un soir, il avait vu une jeune femme se jeter d'un pont dans la Seine, à Paris, et qu'il n'avait pas été courageux, il n'avait pas cherché à la sauver, il avait simplement continué son chemin, comme indifférent et peureux. C’est la chute physique de cette jeune femme qui a créé sa chute sociale et psychologique, durant laquelle ses convictions et ses certitudes vacillent.

 

IV. Le lendemain, le monologue reprend sur une île. Clamence raconte qu'il avait découvert une certaine duplicité de sa personnalité, une duplicité en réalité très humaine, qui s’apparente à une mascarade pour briller en société, une comédie : les actes calculés, les apparences — ainsi de ses réflexions sur l’amitié et la sincérité : « Surtout, ne croyez pas vos amis, quand ils vous demanderont d'être sincère avec eux. Ils espèrent seulement que vous les entretiendrez dans la bonne idée qu'ils ont d'eux-mêmes, en les fournissant d'une certitude supplémentaire qu'ils puiseront dans votre promesse de sincérité. […] Nous ne désirons donc pas nous corriger, ni être améliorés : il faudrait d'abord que nous fussions jugés défaillants. Nous souhaitons seulement être plaints et encouragés dans notre voie. En somme, nous voudrions, en même temps, ne plus être coupables et ne pas faire l'effort de nous purifier. Pas assez de cynisme et pas assez de vertu. Nous n'avons ni l'énergie du mal, ni celle du bien. » Il se moque à présent de tout cela. Il va par exemple agir de manière odieuse afin d’infirmer l'image d'homme aimable et honnête que l'on avait de lui auparavant. Mais cela ne fait qu'empirer sa souffrance et sa solitude.

Clamence rentre en bateau à Amsterdam avec son interlocuteur. Pris de nostalgie, il fait le récit de ses périples en Grèce ; des souvenirs lui reviennent, de la nature et de la beauté pure de ses paysages. Il enchaîne sur la recherche de l’amour, où il se lança en vain. Déçu et déprimé, il a ensuite sombré dans ce qu'il appelle la débauche, l'alcool, ce qui a amplifié ce qu'il appelle encore son « malconfort », dont il explique la métaphore : « C'est vrai vous ne connaissez pas cette cellule de basse-fosse qu'au Moyen Âge on appelait le « Malconfort ». En général, on vous y oubliait pour la vie. Cette cellule se distinguait des autres par d'ingénieuses dimensions. Elle n'était pas assez haute pour qu'on s'y tînt debout, mais pas assez large pour qu'on pût s'y coucher. Il fallait prendre le genre empêché, vivre en diagonale ; le sommeil était une chute, la veille un accroupissement. ». Il admet sa part de responsabilité, il est coupable, mais tous les hommes le sont au fond : il se repentit de ses péchés. Même le Christ a donné l’exemple de sa culpabilité en mourant sur la croix pour une faute : il se sentait coupable, selon lui, du massacre des enfants de Judée.

 

VI. Le cinquième et dernier jour de récit nous montre Clamence, malade, cloué au lit par la fièvre. Ne pouvant sortir, son interlocuteur est venu chez lui. Clamence expose comment une fois, en prison durant la guerre, il avait volé de l'eau à un autre compagnon de cellule mourant. Il n'en est pas fier, et veut dire la vérité à ce sujet.

Puis il indique qu'il a un tableau célèbre caché dans un placard, recherché par la police : « Les Juges intègres » de Van Eyck ; il fait donc du recel. Le symbole est évident : il s’agit de juges et il se prétend lui-même juge. Il espère étrangement que ce recel lui vaudra une arrestation. Il définit le métier qu'il avait annoncé de juge-pénitent. Cela consiste à se confesser aux autres des fautes que l'on a pu commettre, puis d’échanger les rôles : les interlocuteurs se confessent à leur tour. Chacun acquiert ainsi le droit de juger les autres.

Clamence va se lever pour voir la neige par la fenêtre. Il révèle qu’à chaque fois qu’il aborde quelqu’un, il aimerait que ce soit un policier, qu’il se fasse arrêter et passe aux aveux (une nouvelle fois), mais il n’a jamais cette chance. Son interlocuteur, comme Clamence, est un avocat parisien apprend-on. Le lecteur lui-même se sentira quelque chose d’un avocat parisien.

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