La Chute

par

Jean-Baptiste Clamence

Albert Camus présente son principal personnage de la manière suivante : « L'homme qui parle dans La Chute se livre à une confession calculée. Réfugié à Amsterdam dans une ville de canaux et de lumière froide, où il joue à l'ermite et au prophète, cet ancien avocat attend dans un bar douteux des auditeurs complaisants. »

Le seul point de vue du récit est celui du narrateur, Jean-Baptiste Clamence, qui se présente comme ayant un physique d’athlète, aimant les grandes villes ; l’autoportrait dessine les traits d’un homme parfait. Brillant avocat parisien, il se vante de défendre « la veuve et l’orphelin ». Il appartient à la petite bourgeoisie française et comme tous les hommes de son rang social, il met en avant ses talents d’orateur et de charmeur. « La nature m’a bien servi quant au physique. L’attitude noble me vient sans effort ». Dès le début du récit, il apparaît, en effet, comme un homme nageant pleinement dans le bonheur, savourant la notoriété, les femmes et sa capacité à produire de beaux discours.   

 Il s’agit d’un homme aveuglé par l’amour de soi, mais la démesure de ce sentiment si égoïste ne va pas durer puisqu’un évènement tragique va le faire « chuter », quand il se souvient qu’il n’a pas secouru une jeune femme qui se noyait. La passivité et l’indifférence de Jean-Baptiste Clamence face à cette tragédie va lui faire prendre conscience de l’absurdité du monde dans lequel il vit. Cette prise de conscience lui est si pénible que, rongé par la culpabilité et le remords, il n’a d’autres solutions que de se confesser. D’ailleurs, il donne l’image d’une figure biblique prêchant sa doctrine particulière, nous rappelant Jean-Baptiste, le prophète. De plus, il s’octroie le rôle de « juge-pénitent » : il interroge les fautes qu’il a commises. « Puisqu’on ne pouvait condamner les autres sans aussitôt se juger, il fallait s’accabler soi-même pour avoir le droit de juger les autres », dit-il.

Cependant, à la différence de la figure du prophète, La Chute nous fait le portrait dégradant d’un homme moderne à travers un récit à la forme particulière. Hanté par de sombres souvenirs du passé qui resurgissent sans cesse à la surface de sa mémoire, Clamence décide de quitter Paris pour se réfugier dans les bas quartiers d’Amsterdam. En effet, le narrateur montre qu’il souffre car il est constamment confronté à ses souvenirs dont l’exemple le plus marquant est celui de la condamnation à mort d’un camarade prisonnier dans un camp de concentration en Afrique du Nord. Son exil à Amsterdam ne fait qu’approfondir une plaie déjà ouverte puisque les souvenirs de son passé vont le rattraper jusque-là. Il décrit cette grande et célèbre ville comme une ville de vices, un enfer lorsqu’il compare les canaux aux cercles concentriques de l’enfer de Dante ; il voit la ville tel un lieu plat et bas envahi par les eaux.

La souffrance psychologique que le personnage connaît va s’approfondir. Son trouble est dû au questionnement au plus profond de sa conscience qui le fait réfléchir aux raisons qui font que les hommes vivent sans connaître le sens, l’objectif de leur vie, ou sa vérité.

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