La controverse de Valladolid

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Résumé

  • Lacontroverse en question a duré trois jours et se passe dans un monastère deValladolid en Espagne en 1550. Elle est présidée par le légat du Pape, lecardinal Salvatore Roncieri, choisi par le souverain pontife pour lereprésenter du fait de sa très bonne réputation. C’est le roi Charles Quint quiest à l’origine de ce débat. La question est de savoir si les Indiensd’Amérique (découverts en 1492 par Christophe Colomb) possèdent ou non une âme.La façon dont ils sont traités devient donc un enjeu.

    C’estle philosophe Ginès de Sépulvéda, auteur d’un livre intitulé Des justes causes de la Guerre, etBartolomé de Las Casas, un moine dominicain fervent défenseur de la justice enfaveur des Indiens, qui vont s’affronter verbalement afin de convaincre lelégat de leurs thèses : d’une part les Indiens, malgré leur manière devivre inconnue des Espagnols, sont des hommes et sont parfaitement semblables àceux-ci (Las Casas) ; d’autre part cette guerre contre les Indiensest justifiée car ce sont des créatures du Diable qui ne possèdent pas d’âme(Sépulvéda). Selon le philosophe ils seraient trop différents des Européens etd’ailleurs Dieu n’a cessé de leur envoyer des fléaux.

    Ainsil’œuvre retrace trois jours qui ont changé la vie d’une population entière.Elle est consacrée à la technique d’argumentation de chacun. Las Casas, qui estle premier à parler, est d’une impulsivité extrême. En effet, ce sujet qu’ildéfend lui tient particulièrement à cœur, c’est pourquoi il perd régulièrementson sang-froid au cours du débat. Cependant, ayant lui-même vécu aux Amériques,son expérience des voyages et son intelligence lui donnent un temps d’avancesur son adversaire. Toutefois, Sépulvéda possède une arme particulièrementpuissante lui aussi. C’est un philosophe, un écrivain d’une grande logique qui,par son sens d’orateur hors du commun, sait argumenter auprès d’une foule etce, bien mieux que Las Casas qui semble parfois, par contraste, mal connaîtreson sujet. Les deux hommes s’affrontent donc, l’un après l’autre, jour aprèsjour.

    LasCasas, qui parle le premier, est le plus violent, en particulier envers lepeuple espagnol qu’il juge inhumain dans son traitement des Indiens. Sa thèseest longuement développée au cours d’un éloge dithyrambique de cette populationqu’il a connue lui-même. C’est son expérience qui parle.

    Lesecond jour, c’est au tour de Sépulvéda de s’exprimer. Il pense que les Indienssont punis par Dieu parce qu’ils ne lui correspondent pas, ils n’ont pas étécréés par Lui. Il justifie cette dernière déclaration par le fait que lesIndiens sont barbares, pratiquent des sacrifices humains, sont incapables de créerquoi que ce soit et ne reconnaissent pas ce qui est beau de ce qui ne l’est pas.Si Dieu les a créés, c’est uniquement pour être esclaves.

    LasCasas réagit, il n’est pas d’accord, il pense que les Indiens ont simplementune forme d’art différente de celle des Européens, c’est pourquoi ils n’ont pasle même jugement sur ce qui est beau ou non. Puisque la question est de savoirsi les Indiens sont assez semblables aux Européens pour être des créatures deDieu, il dresse alors une liste de ressemblances entre ces deux peuples mais Sépulvédaa pris de l’avance sur Las Casas : il fait amener un bas-relief de pierrequi représente un des dieux indiens. L’idole est une sorte de serpent à plumesqui est, aux yeux des Occidentaux, indéniablement laid.

    Lesoir même, deux Espagnols venus clandestinement sont découverts au monastère etamenés au légat. Ils arrivent tout droit des Amériques et veulent savoircomment se déroule la controverse afin de se rassurer sur leur situation. Eneffet, l’économie est dure de l’autre côté de l’Atlantique et la libération desesclaves serait un coup dur pour ces pauvres travailleurs. Le cardinal lesautorise à assister au débat.

    Lelendemain, le légat entre dans la salle d’audience en annonçant une grandenouvelle. Il a fait venir, directement des Amériques, quatre esclaves. Il y alà un homme seul et un couple avec un jeune enfant. Il dit vouloir les examinercar si leur physique est pareil à celui des Européens, ils ne savent rien deleurs pensées. Ils décident de tenter sur eux quelques expériences afin de sedécider sur leur appartenance au genre humain.

    D’abordon les fait assister à la destruction de l’idole de pierre qui a été amenée laveille. La réaction d’un des Indiens est maîtrisée par la femme qui se trouvelà. La conclusion de Las Casas est qu’ils sont capables de penser leurs actionsavant de les commettre.

    Puisl’enfant est enlevé des bras de sa mère et on fait mine de le tuer. La réactionest fulgurante et brusque. Les parents se mettent à crier affolés, dévoilantd’indéniables sentiments. Las Casas se réjouit.

    Onfait ensuite entrer dans la salle deux bouffons afin de tester l’humour des Indiens.Les pitreries des deux clowns ne leur arrachent pas un sourire. Une disputephysique éclate alors entre Sépulvéda et Las Casas et c’est seulement quand lelégat veut intervenir et trébuche sur une marche que les Indiens se mettent àrire. Au début, il est difficile de savoir si cela leur porte préjudice ou nonmais le cardinal en conclut vite qu’ils ne se moquaient pas de sapersonne : ils ont simplement de l’humour.

    Ledébat touche à sa fin et le légat doit donner son verdict. Les deux opposantsont une dernière chance de le convaincre en résumant leurs idées et en donnantencore quelques détails sur la situation. Finalement, la décision estprise : les Indiens sont des hommes, des créatures de Dieu qui méritent devivre libres. Cela signifie notamment que leur travail mérite salaire. Celapose un véritable problème économique : la main-d’œuvre était gratuite etne posait aucun problème jusqu’ici, il faudra trouver une autre solution. C’estfinalement grâce à un des moines présents que l’on peut envisager leremplacement de ces barbares devenus tout à coup précieux : les Africainsressemblent bien plus à des animaux et sont même vendus de leur propre chef ;ils sauront remplacer les Indiens comme esclaves aux Amériques.

    Find’une histoire sans gagnant.

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