La controverse de Valladolid

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Jean-Claude Carrière

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1931 : Jean-Claude Carrière naît à Colombières-sur-Orb (Hérault)
dans une famille de viticulteurs. Ses parents deviennent gérants d’un café à Montreuil-sous-Bois
à la fin de la guerre ; l’adolescent qu’il est change alors radicalement
de cadre. Après un baccalauréat obtenu avec deux ans d’avance et ses classes préparatoires au lycée Lakanal de Sceaux, il intègre l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud.
Il obtiendra ensuite une licence de
lettres
et une maîtrise d’histoire.

1957 :
Jean-Claude Carrière publie son premier
roman
, Lézard, à vingt-six ans, chez Robert Laffont. L’ouvrage
rencontre peu d’échos et n’est plus édité. C’est via Jacques Tati qu’il va
rencontrer Pierre Étaix, avec lequel
il collabore pour le cinéma à partir de 1961. Sa longue collaboration avec Buñuel débute en 1964 avec Le Journal d’une femme de chambre, celle
avec
Miloš Forman en 1971 avec Taking off.

1968 : Sa pièce L’Aide-mémoire est
créée au Théâtre de l’Atelier. Elle sera ensuite régulièrement représentée,
encore en 2014 dans le même théâtre, avec Sandrine Bonnaire et Pascal Greggory
dans les rôles principaux. L’aide-mémoire en question est un recueil que tient
un homme de ses conquêtes. Alors qu’un matin il s’apprête à partir pour son
travail, une femme s’introduit par erreur dans son appartement et finit par
s’incruster dans sa vie. La pièce se focalise sur les liens qui se nouent entre
eux.

1983 : Le Retour de Martin Guerre se situe dans la France du XVIe
siècle et rapporte une histoire de mœurs historique, celle de la réapparition de
Martin Guerre dans son village d’Artigat (comté de Foix) huit ans après avoir
abandonné femme et enfant. Il s’avère que l’homme s’appelle en réalité Arnaud
du Tilh et s’ensuit le procès de cet usurpateur
qui a réussi à se faire passer pour Martin Guerre au sein du village, malgré
des doutes, mais aussi auprès de l’épouse de Martin Guerre avec laquelle il a
eu deux filles, et qui se serait peut-être, selon certaines hypothèses, rendue
complice de la duperie. Lors du procès, plusieurs témoins le reconnaissent
comme Martin Guerre, dont certaines de ses sœurs. Le véritable Martin Guerre
sera finalement retrouvé et Arnaud du Tilh condamné à mort. Cet ouvrage est
issu d’un scénario que Carrière avait écrit en 1982 pour le film de Daniel
Vigne.

1992 : La Controverse de Valladolid est l’œuvre la plus lue de
Jean-Claude Carrière. Il s’agit d’une pièce
de théâtre historique
mettant en scène la controverse qui eut lieu au XVIe siècle à la demande de
Charles Quint sur la question du statut
des peuplades du Nouveau Monde
. Elle oppose le frère Bartolomé de Las Casas, un homme de terrain qui a vécu
Outre-Atlantique et connaît concrètement la question, défendant l’égalité entre
Blancs et Indiens, à Juan Ginés de
Sepúlveda
, un philosophe humaniste rompu à l’art de la polémique, qui
considère que ces hommes sont d’une catégorie inférieure et qui légitime donc
les atrocités commises par les colons.

1993 : Jean-Claude Carrière publie avec son épouse, la femme de lettres
iranienne d’expression française Nahal
Tajadod
, Le Livre de Chams de Tabris,
du mystique persan
Djalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī. Ils ont en outre traduit du persan deux
ouvrages du réalisateur iranien Abbas Kiarostami (Avec le vent, 2002 ; Un
loup aux aguets
, 2008).

1994 : Carrière écrit La Force du bouddhisme en
collaboration avec Tenzin Gyatso, le quatorzième dalaï-lama. Celui-ci a reçu
l’écrivain dans son monastère du Nord de l’Inde où tous deux se sont entretenus
des grands problèmes du temps – dégradation de la planète, surpopulation,
éducation, banalisation de la violence –, mais aussi de problèmes métaphysiques
comme la mort et la réincarnation. Le dalaï-lama évoque le rôle que peut
exercer le bouddhisme dans ces circonstances, et la nécessité d’avoir une
pensée flexible, à rebours des dogmes.

1998 : Avec Le Cercle des menteurs Jean-Claude Carrière se présente en
homme ouvert à toutes les cultures du monde. Il s’agit d’un travail de compilation de contes en provenance de nombreux territoires d’Orient et
d’Occident, et issus de toutes les
cultures 
: juive, zen, soufie, etc. Le ton alterne entre gravité et
humour.

2009 : N’espérez pas vous débarrasser des livres est issu d’un
dialogue entre Jean-Paul Carrière et Umberto
Eco
. Ensemble ces deux bibliophiles
laissent aller leur esprit, selon une esthétique vagabonde, sur le sujet des
livres. Ils parcourent ainsi cinq mille ans d’histoire, dissertent sur leurs
divers supports, évoquent l’obsolescence
des outils de lecture actuels, livrent des considérations sur la bêtise, les faux, le classement d’une bibliothèque, enchaînent les anecdotes de collectionneurs, et tout
cela avec érudition mais aussi humour.

La même année paraît Le Ciel au-dessus du Louvre,
issu d’une collaboration avec le scénariste et dessinateur belge de bandes
dessinées Bernar Yslaire. Dans cet
album la période de la Révolution
française
et plus précisément de la Terreur
est abordée par le biais de l’histoire d’un tableau inachevée, celui qu’avait
commandé Robespierre à David, qui
devait peindre l’Être suprême. On y
découvre ainsi Paris et le Louvre,
cadre essentiel de l’histoire, sous la Terreur, et les débats qui agitaient le
temps.

 

Collaborations majeures au
cinéma et adaptations d’œuvres littéraires

 

Jean-Claude Carrière a fait paraître une
quarantaine d’ouvrages, beaucoup de collaborations, mais il a aussi participé à
l’écriture d’une soixantaine de films. Il a d’ailleurs reçu un Oscar d’honneur en 2014. En 1962 il avait déjà remporté un Oscar pour le court-métrage
Heureux Anniversaire, réalisé par
Pierre Étaix. Il a collaboré dix-neuf ans avec Buñuel (Le Journal d’une
femme de chambre
, 1962 ; Belle
de jour
, 1967 ; La Voie lactée,
1969 ; Le Charme discret de la
bourgeoisie
, 1972 ; Cet obscur
objet du désir
, 1977) et plus de trente ans, au théâtre et au cinéma, avec Peter Brook (Le Mahabharata en 1989 au Théâtre des Bouffes du Nord). Parmi ses contributions majeures au
cinéma, notons qu’il a adapté Le Tambour de Günter Grass pour le film de Volker Schlöndorff (Palme d’or
1979, Oscar du meilleur film étranger 1980), Un amour de Swann (1984) de Marcel Proust pour le même réalisateur,
L’Insoutenable
Légèreté de l’être
(nominé en
1989 à l’Oscar de la meilleure adaptation) de Kundera pour Philip Kaufman, Les Possédés de Dostoïevski pour Andrzej
Wajda, Les Liaisons dangereuses pour
le Valmont de Miloš
Forman
, Cyrano de Bergerac (1990)
d’Edmond Rostand pour Jean-Paul
Rappeneau
, Le Hussard sur le toit (1995)
de Giono pour le même réalisateur, Le Roi
des aulnes
de Michel Tournier pour Schlöndorff. Il a aussi été consulté
pour le scénario du Ruban blanc de Michael Haneke, Palme d’or 2009.

 

 

« Colon : Et les Indiens
n’aiment pas travailler pour nous. Ils essaient tout le temps de s’enfuir, ce
qui nous oblige à dresser des chiens. Quelquefois, ils préfèrent mourir, ils se
jettent dans des ravins. Mais la vie d’un homme n’est rien, pour eux. On dirait
qu’ils se tuent pour passer le temps.

Légat : Je
ne suis pas sûr que quand on est mort le temps passe plus vite.

L’homme essaie de rattraper sa gaffe :

Colon : Naturellement,
nous c’est vivants qu’on les préfère. Morts, ils ne servent plus à rien.

Légat : Très
peu de morts ont une utilité. »

 

Jean-Claude
Carrière, La Controverse de Valladolid,
1992

 

« Un
rabbin demande à ses étudiants :

– Comment
sait-on que la nuit s’est achevée et que le jour se lève ?

– Au
fait qu’on peut reconnaître un mouton d’un chien, dit un étudiant.

– Non,
ce n’est pas la bonne réponse, dit le rabbin.

– Au
fait, dit un autre, qu’on peut reconnaître un figuier d’un olivier.

– Non,
dit le rabbin. Ce n’est pas la bonne réponse.

– Alors
comment le sait-on ?

– Quand
nous regardons un visage inconnu, un étranger, et que nous voyons qu’il est
notre frère, à ce moment-là le jour s’est levé. »

 

« Un
maître zen et son disciple marchaient sur un chemin, au cœur de la nuit. Le
maître tenait une lanterne.

– Maître,
demanda le disciple, est-il vrai que tu peux voir dans le noir ?

– Oui,
c’est vrai.

– Alors,
pourquoi cette lanterne ?

– Pour
que les autres ne me heurtent pas. »

 

Jean-Claude
Carrière, Le Cercle des menteurs,
1998

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