La Nature

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John Stuart Mill

John
Stuart Mill est un philosophe, économiste et logicien anglais né à Londres en
1806 et mort à Avignon en 1873. Considérant la société sous des angles divers, il
a la sympathie des libéraux comme des interventionnistes, des tenants de
l’individualisme comme du socialisme. Il imagine un monde parvenu à
l’« état stationnaire » dans lequel, une fois les problématiques
économiques résolues, l’homme par là débarrassé du problème social pourrait
s’adonner aux plaisirs des arts et de l’intellect.

Son père,
James Mill, est un ami et disciple du philosophe utilitariste Jeremy Bentham (1748-1832)
et de l’économiste de l’école classique David Ricardo (1772-1823), qui
orientent tous deux l’éducation du jeune John, l’aîné de la famille qui,
subissant une discipline rigoureuse, devient un enfant prodige. À la suite de
Helvétius, son père pense en effet que l’éducation est cardinale dans le
développement intellectuel d’un individu. Le grec est enseigné à John dès ses
trois ans. À huit ans, il connaît déjà une bonne partie des classiques grecs et
latins – notamment Platon, Hérodote et Xénophon –, il a de solides
connaissances en histoire et se voit chargé d’une part de l’éducation de ses
plus jeunes frères, dont l’apprentissage du latin. Il doit régulièrement donner
des comptes rendus de ses nombreuses lectures à son père. À douze ans, il
entreprend Aristote et la logique hobbesienne. L’année d’après il est initié à
l’économie via la lecture de l’essai de Ricardo Des principes de l’économie politique et de l’impôt, publié deux
années auparavant, qui pose les fondements de la théorie du libre-échange et préfigure
par sa critique de la rente les analyses macroéconomiques.

Le jeune
homme conservera de sa vie ascétique d’enfant, peuplée de livre, sans jeux, une
immaturité à certains égards, et se trouvera vieilli prématurément.

À
quatorze ans il passe un an dans le Midi de la France chez le frère de Bentham,
où il s’occupe de sciences, mais à son retour à Londres il étudie finalement le
droit. Sa lecture du Traité de
législation civile et pénale
d’Étienne Dumont (1759-1829) – juriste et
pasteur suisse, collaborateur de Bentham, qui fit adopter à Genève un code
pénal conforme à ses principes – l’influence grandement.

Son père,
qui occupe un poste élevé à la Compagnie des Indes, le fait entrer au siège
central en 1823 ; John Stuart Mill y fera toute sa carrière jusqu’à sa
dissolution en 1858.

Alors
qu’il avait jusque-là soutenu l’utilitarisme professé par son père et Bentham,
il s’éloigne finalement du modèle utilitaire simple en 1826. Il vit alors une
crise de dépression et remet en question l’éducation qu’il a reçue, moulée
elle-même sur un modèle utilitariste, son père ayant souhaité faire de lui une « machine
à penser » propre à propager ses idées et celles de son ami Bentham après
leur mort. Mill avait d’ailleurs été chargé de préparer pour l’impression le
manuscrit de Bentham qui paraît en 1827 sous le nom de Traité du témoignage en justice (Rationale of Judicial Evidence), auquel il a ajouté notes et
chapitres.

Après les
événements de 1830 en France, qui influencent le courant politique anglais
d’orientation  libérale, Mill collabore
avec des publications au libéralisme très radical. Il dirige d’ailleurs dès
1835 la London and Westminster Review (Revue de Londres et de Westminster),
attachée au parti radical, et ce jusqu’en 1840.

La
rencontre en 1830 de Mme Taylor est cruciale. Il parle de cette femme, qu’il
n’épouse qu’après la mort de son mari, plus de vingt ans plus tard, en termes
toujours dithyrambiques, exaltés et romantiques. Elle lui aurait inspiré,
dit-il, le meilleur de ses pensées, l’initiant à nombre de questions sociales
et humaines. À la mort de celle-ci en 1858 il se retire près d’Avignon, dans
une maison qui lui offre une vue sur le cimetière où elle est enterrée.

Sa
première œuvre philosophique majeure est publiée en 1843. Son Système de logique déductive et inductive prône
l’induction scientifique, propre selon le penseur à combattre les fausses
opinions, les préjugés sociaux et religieux. L’induction doit obéir aux quatre
règles de la concordance, de la différence, des résidus et des variations
concomitantes. Analysant les mécanismes du raisonnement, Mill se propose de fournir
une base pour un accord – comme dans les sciences – qui deviendrait possible
dans le domaine éthico-social.

En 1848
dans ses Principes d’économie politique
(Principles of Political Economy, with
some of their applications to social philosophy
), Mill expose une
conception sociologique de l’économie plus large que ses prédécesseurs (Smith, Malthus,
Ricardo), en y associant l’influence d’écrivains socialistes français
(Saint-Simon, Fourier, Proudhon), qui lui inspirent sa doctrine de la
répartition, contre la propriété privée et le droit d’héritage, en faveur d’une
égalité originelle reposant sur la considération que la terre est un don de la
nature et non un produit du travail. Sa théorie dite de l’« état
stationnaire » s’oppose à la conception d’une croissance illimitée des
richesses, état qu’il faut préparer en limitant la croissance de la population
et en assurant une distribution plus juste des biens. Mill fait ainsi le bilan
de la doctrine de l’école classique anglaise et la renouvelle.

Le
philosophe souligne que c’est la volonté des hommes qui est à l’origine des
gouvernements dans ses Considérations sur
le gouvernement représentatif
qu’il fait paraître en 1861. Il s’oppose
ainsi aux conceptions d’un gouvernement comme quelque chose de préexistant, un
fait de la nature. La nature de ce gouvernement est corrélée au degré de
civilisation du peuple qui l’a engendré, et ce gouvernement doit favoriser son
progrès. Seul le régime représentatif – au contraire du despotisme – permet à
chacun de se sentir investi d’une fonction sociale. Deux dangers cependant à
cette représentativité : la démocratie et la démagogie dues à la tyrannie
du nombre, et le nivellement et la médiocrité auxquels mène cette autre
tyrannie de l’opinion publique. Mill propose comme solutions la limite du
suffrage universel et le développement d’un individualisme qui permettrait à
chacun d’affirmer sa personnalité. Le libéralisme britannique s’est grandement
inspiré de cet ouvrage, cultivant le même paradoxe d’une attirance-répulsion
vis-à-vis de la démocratie.

Dans son traité
De l’utilitarisme paru en 1863, Mill
développe une morale utilitaire qui repose sur deux règles : faire à
autrui ce qu’on voudrait qu’il nous fasse et aimer son prochain comme soi-même.
Contre l’école intuitive, qui pose une faculté morale naturelle, l’école
inductive de Mill considère le bien et le mal, à l’instar du vrai et du faux,
comme issus de l’expérience. Contre une hiérarchie absolue des valeurs, Mill
met en avant un sentiment du devoir fondé sur des sentiments sociaux, un désir
de communauté développé avec la civilisation. Dans la veine d’Adam Smith et
d’Auguste Comte, Mill privilégie des sentiments de sympathie et de fraternité,
inhérents à une religion de l’humanité, laquelle permet la vie morale. La
vertu, malgré son origine utilitaire, est finalement considérée comme un bien
en soi, à l’instar de l’argent. Des considérations associationnistes permettent
à Mill de transformer la science physique et économique de Bentham en une
science psychologique. Le but de Mill, en morale, est d’infléchir
l’utilitarisme de Bentham dans des directions plus propices à s’adapter au
droit et à la politique.

En 1865,
Mill est élu aux Communes à Westminster. Il y débat de la question foncière en
Irlande – Mill est en faveur d’une loi agraire pour les paysans irlandais –, et
défend une réforme électorale pour les noirs de la Jamaïque. Son combat pour
les droits des femmes – particulièrement leur droit de vote – est également
notable ; il apparaît dans La
Sujétion des femmes
(The Subjection
of Women
, 1869). Sa non-réélection de 1868 ne le surprend pas et il
retourne vivre près d’Avignon avec sa belle-fille, cultivant notamment une
passion pour la botanique, complétant avec soin un herbier et envisageant un
ouvrage sur la flore du Vaucluse.

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