La Nature

par

Les diverses perceptions de la nature

Afinde développer son point de vue sur la nature, Mill commence par rappeler laconception générale de la nature qu’ont le commun des mortels et la plupart despenseurs. En effet, la nature a de tout temps représenté un système dephénomènes et de forces complexes et puissantes longtemps très hors de portéede l’entendement.

L’histoiremontre qu’une propension naturelle des hommes les a poussés à assimiler auxphénomènes naturels qu’ils ne comprenaient pas des caractères divins et leslois qui vont avec. Quelle que soit la culture à laquelle on fait référence,des animistes aux Grecs antiques, la nature était tenue en grande estime commeétant un ensemble de divinités. L’exemple des Grecs est particulièrement richeen divinités qui représentent pour la plupart des phénomènes de lanature : le soleil, la foudre, la mer, le vent, la terre, le feu, la faunesauvage, etc.

Milldémontre que ces croyances qui font de la nature le siège de puissances ou dedivinités bienveillantes ou hostiles ne sont ancrées que dans une confusion del’esprit humain qui fait correspondre l’émotion ressentie face aux phénomèneset le jugement moral.

« Quand bien même il seraitvrai que, contrairement aux apparences, la nature travaille à de bonnes finslorsqu’elle perpètre ces horreurs, comme personne ne croit que nous servirionsde bonnes fins en suivant cet exemple, la marche de la nature ne peut être pournous un modèle qu’il convient d’imiter. Soit il est bien de tuer parce que lanature tue, de torturer parce qu’elle torture, de semer la ruine et ladévastation parce qu’elle le fait, soit il ne faut tenir aucun compte de ce quefait la nature et considérer seulement ce qu’il est bien de faire ».

Ainsi,les « lois de la nature » qui ne devraient faire référence qu’aux « uniformités de coexistence et desuccession que l’on observe dans les phénomènes de l’univers (loi de lagravitation par exemple) », et auxquelles l’on ne peut se soustrairedu moment où l’on est dans sa sphère d’influence, se voient assimilées aux loiset normes sociales qui gouvernent les interactions humaines – des loisimparfaites auxquelles l’homme peut désobéir et qui sont appuyées de sanctions.Il s’est produit, d’après Mill, un glissement de sens qui a transféré aux loisde la nature des caractéristiques de la norme humaine. Ainsi, les humainss’attendront à ce que l’un de leurs semblables, dont le comportement seraitperçu comme une désobéissance aux lois de la nature, soit puni pour soncomportement par les puissances qui gouvernent les phénomènes de la nature. Dansles cas où la nature accable les hommes de catastrophes sans qu’il y ait eu decomportement contraire à ses préceptes, les humains partent du principe que lanature œuvre à travers elles au bien de l’espèce.

Leshommes ont donc projeté sur la nature – qu’ils admettent pourtant ne pascomprendre – des principes de fonctionnement et des normes morales qui leursont propres, créant de fait des divinités de la nature bienveillantes ouhostiles, dont les actes ne s’expliquent que par la psychologie des hommes quien sont les objets.

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