La Nature

par

L’homme contre la nature

Bienque Mill n’attribue à la nature ni conscience, ni jugement de valeur moral, ilne manque pas de placer la nature et l’homme dans des positions antagonistes. Lanature est une construction physique entière et autonome. Toutefois, en ce quiconcerne les êtres humains, la nature est souvent perçue comme étantimparfaite. Cette perception découle de l’inadéquation entre l’homme et lanature. Pour y remédier, les hommes entreprennent de vaincre l’ordre naturel defaçon à garantir leurs propres chances de survie.

« Tout le monde déclareapprouver et admirer nombre de grandes victoires de l’art sur la nature […]Mais louer ces exploits et d’autres similaires, c’est admettre qu’il fautsoumettre les voies de la nature et non pas leur obéir ; c’est reconnaître queles puissances de la nature sont souvent en position d’ennemi face à l’homme,qui doit user de force et d’ingéniosité afin de lui arracher pour son propreusage le peu dont il est capable, et c’est avouer que l’homme mérite d’êtreapplaudi quand ce peu qu’il obtient dépasse ce qu’on pouvait espérer de safaiblesse physique comparée à ces forces gigantesques. »

Letexte de Mill fait de la relation entre l’homme et la nature une relationantagoniste, sans pour autant en faire un conflit. Certes l’homme doit pouraméliorer ses conditions d’existence apprendre à vaincre et dompter certainesdes forces de la nature, mais la survie de l’espèce n’est pas pour autantmenacée par ces forces dont elle s’inspire, qu’elle tente d’imiter et dedompter. Du moment où l’on admet que la nature n’est pas parfaite pour l’homme,on admet que la faculté de l’espèce humaine à modifier son environnement est uneprérogative qui doit lui être reconnue. Ainsi, Mill s’attaque au raisonnementqui fait de l’artificiel une mauvaise entreprise – une question qui toucheparticulièrement notre société contemporaine où les avancées des sciences ettechniques sont souvent perçues comme des atteintes à l’éthique –« La conscience que tout ce que legenre humain fait pour améliorer sa condition consiste dans une large mesure àdéprécier et à contrarier l’ordre spontané de la nature a de tout temps conduità jeter au premier abord une suspicion d’impiété sur les tentatives nouvelleset inédites d’amélioration du sort humain, comme si elles étaient toujours peuflatteuses et très probablement offensantes envers les êtres puissants (ou,lorsque le polythéisme eut laissé la place au monothéisme, envers l’Êtretout-puissant) supposés gouverner les divers phénomènes de l’univers, et dontla marche du monde était censée exprimer la volonté. » – une éthiquequi n’est pas clairement définie dans l’ouvrage. Mill s’applique à détruire lespréconceptions qui font de la nature une entité bienveillante ou une forcepunitive, sans pour autant proposer au lecteur une conception alternative.Toutefois, étant utilitariste, on peut penser que l’éthique selon Mill serapporterait à toute imitation des lois de la nature, à tout domptage de sesforces ou à toute application des fondements naturels dont le plus grand nombrepourrait bénéficier. 

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