La part de l'autre

par

Le refus du déterminisme

Dans cette œuvre, l'auteur nous met face à un double personnage issu du même Hitler. Le réel Hitler, et le fictif Adolf évoluent différemment selon leurs expériences, leurs rencontres, leurs objectifs. Schmitt cherche à démontrer que la vie d'Hitler n'avait rien de prédictif, et que son destin de dictateur n'était point tracé. Autrement dit, on ne naît pas monstre, on le devient.

Ainsi l’œuvre démarre le 8 octobre 1908; le jeune Adolf Hitler a un rêve, un appui, un moyen de s'exiler pour échapper à son mal-être (élevé par un père violent et autoritaire, une mère soumise et malade). Cet homme à l'esprit faible et perturbé aurait trouvé un refuge en intégrant les beaux-arts. La réalité en a décidé autrement car Hitler est recalé, mais Adolf est admis. C'est ici que la même personne se divise en deux: Hitler et Adolf, doivent faire face dans des contextes différents à leur faiblesse mentale: un malaise permanent et une haine intériorisée. Au fil de l’œuvre, l'un se découvre, exploite ses capacités artistiques et s'ouvre au monde, tandis que l'autre, livré à lui-même, s'enferme dans l'humiliation et la crainte des autres. Le lecteur peut donc constater que, le jeune Hitler n'avait pas les caractéristiques du dictateur nazi qu'il est devenu. Les beaux-arts offrent à Adolf une nouvelle vie et lui permettent d'occulter la part de mal dont il était très proche au profit de la part humaine.

Le déterminisme, théorie selon laquelle les événements sont dus à un principe de causalité, est donc dans La part de l'autre totalement réfuté.

Pour ce faire, Schmitt a d'abord pris soin de nommer le réel Hitler par son nom de Führer tandis que son prénom, Adolf, est attribué à son double pour révéler une part humaine et adoucie. Puis, il s'est intéressé aux qualités humaines du personnage. Dès le début de l’œuvre, il évoque sa sensibilité et ses faiblesses bien qu'il soit impensable aujourd'hui de voir en lui la moindre trace d'humanisme. L'auteur corrige les idées reçues selon lesquelles Hitler était dès son plus jeune âge malveillant et manipulateur. C'était un homme ordinaire timide et affaibli par les échecs qui jalonnent sa jeunesse.

La Première guerre mondiale est un point décisif de l’œuvre, elle définit la mentalité des deux personnages, l'opposition radicale qui se crée entre eux:

Adolf considère la guerre comme un obstacle à sa vie d'artiste, un déchirement, une erreur humaine. Il prend conscience de l'absurdité de la guerre, et en sort plus mûr. Il décide de s'éloigner de la politique et du conflit en général. Une prise de conscience s'opère en lui, lui donne soif de progrès et le pousse à occulter ces affreuses années.

Hitler est au contraire «né de la guerre». Les combats quotidiens lui ont donné un cadre, une autorité, une identité. Il se sent allemand. La guerre devient alors un but, un accomplissement, la base même de son existence. Il en revient humilié par la défaite, nostalgique et amer. C'est d'ailleurs le début de son intérêt pour la politique. «Né de la guerre, né du dépit, né de l’humiliation, né de la haine», c'est à ce moment-là que son âme de dictateur prend tout son sens.

La biographie historique qui suit conforme Hitler dans son personnage nazi qui ne vit que pour l'anéantissement des juifs, la gloire de l'Allemagne et son prestige. Adolf lui, devient un homme ordinaire qui connaît l'amour, l'amitié, la famille, la vie d'artiste.

Schmitt démontre par ces deux cheminements différents l'importance des circonstances dans une vie. Un petit rien peut changer le cours d'une existence, c'est pourquoi Hitler n'était pas prédisposé à devenir ce qu'il est devenu. C'est également pourquoi n'importe quel individu sur terre peut emprunter la voie sombre du mal et s'y engouffrer définitivement.

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