La perle

par

Le Bien et le Mal

1.Un manichéisme propre à Steinbeck

Le Bien et le Mal sonttraités sans demi-mesure dans l’univers de Steinbeck. En effet, aucune nuancene sépare l’un de l’autre. L’auteur en avertit d’ailleurs le lecteur : « Tels les vieux contes qui demeurentdans le cœur des hommes, on n’y trouve plus que le bon et le mauvais, le noiret le blanc, la grâce et le maléfice – sans aucune nuance intermédiaire ».Ce traitement sans concession est dû principalement au genre de l’œuvre qui setrouve à la croisée du conte philosophique et du roman réaliste. Si du second,on relève des descriptions poussées et le sentiment d’un quotidien raconté (lelecteur peut se dire que beaucoup d’événements du récit pourrait arriver àn’importe qui), on doit au premier des personnages qui sont plus des symboles(mal, bien, cupidité, etc.) qu’autre chose.

Si le mal comme le biensont traités sans nuances, il faut aussi noter qu’ils sont dans une certainemesure inextricablement liés. Ainsi, la découverte de la perle va entraînerKino, un Indien pacifique et un homme de bien, à devenir un meurtrier. Pouratteindre le bien auquel il aspire, il ne voudra pas moins en commettre le mal.Pour Steinbeck, la pérennité du mal est liée aux systèmes sociaux mis en placepar les humains. Cette conception s’inscrit dans la droite ligne de cettecitation : « Sous sa carapacede lâcheté, l’homme aspire à la bonté et veut être aimé. S’il prend le chemindu vice, c’est qu’il a cru prendre un raccourci qui le mènerait à l’amour. »

Aussi, chez Steinbeck,ce manque de nuance entre les peintures du Bien et du Mal exprime unedistinction claire entre l’un et l’autre. L’auteur ne dépeint pas un mondemanichéen mais tend plutôt à révéler au lecteur l’opposition entre ces deuxforces de manière frappante.

2.La cupidité qui fait chuter les hommes, et le courage qui les élève

Le lecteur constate quela cupidité de Kino n’est pas motivée par de mauvaises intentions, puisqu’il ad’abord pour dessein de sauver son enfant de la mort, voire de lui offrir unavenir moins misérable que son existence actuelle : « Sa chaude iridescente [de la perle], c’était la panacée contrela maladie, le mur contre l’insulte. » Toutefois, la découverte de laperle, et l’obsession qu’elle provoque autour de Kino, font qu’elle est davantageune source de malheur que de bonheur. La perle agit donc comme un agentrévélateur de ce qu’il y a de plus négatif chez chacun des personnages durécit. Le génie de Steinbeck aura peut-être été ici d’avoir su décrire avec unréalisme déroutant comment un homme « parfait » (au sens primitif d’« heureux »,comme « l’homme naturel » de Rousseau), peut déchoir. Cette déchéancemême justifie peut-être la conception de l’humain selon Thomas Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme ».Si la cupidité de Kino peut se comprendre au vu des situations qu’iltraversait, celle de ses adversaires par contre ne paraît de prime abord riend’autre qu’une émanation du Mal. Cependant, derrière cette interprétation, onpeut aussi lire dans leurs actions l’influence d’un système inhérent à lasociété. Ainsi, par exemple, le médecin refuse de soigner le fils de Kino parceque dans une certaine mesure, le système l’a habitué à se faire systématiquementpayer pour ses consultations. Et la femme du pêcheur de perles ne s’ytrompe pas lorsqu’elle déclare à son mari : « Ce que tu as défié, ce n’est pas les acheteurs de perles, maisle système entier, toute une manière de vivre, et je tremble pour toi ».L’auteur dénonce donc dans cette œuvre la cupidité des hommes qui les poussevers le Mal (meurtres, vol…). Le fait que la perle est une source de malheurest implicitement révélé lorsque Kino la découvre ; en effet, elle est alorsdécrite comme étant « Parfaite commeune lune », l’astre de la nuit, beaucoup utilisé en littérature pourexprimer une influence maléfique. Il faut toutefois noter que si c’est lacupidité que l’auteur critique, il ne condamne pas le désir de possession :« On dit que l’homme n’est jamaissatisfait. Qu’une chose lui soit offerte et il en souhaite une seconde. Celaest dit dans un sens de dénigrement et c’est cependant là une des plus grandesqualités de la race humaine, celle qui la rend supérieure aux animaux, lesquelsse contentent de ce qu’ils ont. »

Pourparvenir à se réaliser, ce désir de possession prend ses racines dans lecourage des individus. Ainsi, Kino n’hésite-t-il pas à braver un système dontil sait qu’il a tout pour le broyer comme il a broyé ses ancêtres. Son combat,il le mène avec courage, tout en ayant conscience de ce que son adversaire estle plus fort. C’est peut-être en raison de cette conscience aigüe de cetteréalité que Juana n’éprouve pas envers lui de la colère, car « Il lui avait dit : “je suis unhomme” et cela signifiait beaucoup de choses pour Juana. Cela signifiait qu’ilétait à moitié fou et à moitié Dieu. »

MaisKino parvient le mieux à montrer son courage quand il se résigne à jeter auloin la perle qui lui a montré la part de mal que recelait son âme, quand lejoyau s’est révélé incapable de sauver la vie de son fils. Confronté auxperspectives d’un monde meilleur qu’offrait la possession de la perle, il yrenonce quand il voit le prix à payer pour parvenir à accéder à ce mieux-être.Et c’est dans cette renonciation qu’il trouvera la rédemption. 

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