La perle

par

L’empreinte réaliste de l’œuvre

A. Une société hiérarchisée

 

Les différences sociales sont décrites et surtout dénoncées dans La Perle. En effet, la description de l’existence misérable de Kino et de sa femme y est faite, mais aussi la dénonciation des classes supérieures qui abusent les plus démunis. On le constate lorsque les acheteurs de perles tentent de racheter à bas prix la « plus grosse perle du monde » à Kino, comptant abuser de son ignorance. On remarque également que Kino dépend des classes supérieures, car seulement de riches personnes pourront lui acheter sa perle, mais également parce que son manque d’éducation fait qu’il ne peut que se fier à eux. Il l’exprime d’ailleurs clairement lorsqu’il se rend chez le médecin : « Il ne savait pas et peut-être ce docteur savait-il. Et il ne pouvait pas se permettre d’opposer son ignorance certaine à la connaissance possible de cet homme ». Kino est cependant conscient de ce que l’élévation sociale de ceux de sa race passe par cette éducation qui lui est inaccessible. Elle ne sera possible donc que le jour où « ils pourraient s’assurer que ce qui est dans les livres y est vraiment ». En attendant, lui et ceux de sa race n’ont pour défense qu’un « léger clignement des yeux, et un mince serrement des lèvres et l’isolement. » Si cela peut paraître bien léger, il faut noter cependant que « Rien ne pouvait briser cette muraille et derrière cette muraille, ils demeuraient entiers ». Cette attitude se comprend d’autant plus aisément que l’on sait que les individus situés au sommet de la pyramide sociale ne permettront pas l’ascension d’un élément de ce qui en constitue la base. On remarque donc que Steinbeck fait dans cette œuvre une vive critique du système capitaliste : « Nous savons bien que nous sommes volés, depuis notre naissance jusqu’au prix exorbitant de nos cercueils. Mais nous survivons » fait-il dire à Juana.

B. Une peinture réaliste de l’homme

Les deux traits caractéristiques des personnages de Steinbeck sont le plus souvent la cupidité et la violence. Il est question une fois encore de dénoncer le système qui forme le cadre de leur existence. Il s’agit bel et bien d’un « système » auquel les individus ne peuvent échapper. Ainsi, Kino finit-il par succomber à la cupidité et à faire usage de la violence, malgré ses bonnes intentions. La complémentarité entre le désir (la cupidité) et la violence est d’ailleurs exprimée à travers lui ainsi : « Si Kino pouvait concevoir l’idée d’un fusil, alors il n’y avait plus de limites à ses désirs ».

L’auteur s’attache à décrire les déterminismes qui conditionnent l’humain. Kino est un individu de basse extraction, et l’humanité située au-dessus de lui semble déterminée à lui conserver sa condition. L’existence ne lui laisse que peu de possibles et la réalisation de ses rêves paraît presque un miracle contre nature, ce que le reste du monde des hommes ne pourrait supporter. Aussi s’attache-t-il à le déposséder et à ne pas lui permettre de hisser sa tête au-dessus de ce que l’on veut être un troupeau, surtout bon à consommer et à travailler contre une faible rémunération.

Cependant, contre ce déterminisme, Kino oppose sa foi. Profondément religieux, il ne cesse de prier les dieux et de chanter la chanson de la perle quand son garçon se fait piquer par un scorpion. Le ciel lui répond en lui envoyant l’énorme perle afin qu’il assume son destin. Ce don du ciel lui permet de comprendre qu’il préfère rester l’homme qu’il est plutôt que de devenir un autre, quand il aura eu exploré les méandres qui mènent des désirs à leurs réalisations. Aussi est-on poussé à comprendre que la découverte de la perle n’est peut-être qu’une épreuve conçue par les dieux afin de permettre à Kino de comprendre le sens profond de son existence.

 

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