La possibilité d'une île

par

Une critique de la société

Dans ce roman de fiction, Michel Houellebecq se permet de dresser une critique assez crue sur plusieurs sujets de société tels que l'argent, l'amour ou les sectes. Ces différents éléments sont tournés en dérision, ce qui apporte à son livre une petite touche d'humour assez noir.

L'importance de l'apparence : On comprend bien ici que l'apparence physique joue un rôle important : il faut être jeune à tout prix, la vieillesse est un tabou. L'auteur aborde notamment ce sujet au sein du couple et dans les relations sexuelles. Prenons l'exemple d'Isabelle, sa seconde compagne. Isabelle est très intelligente, attentionnée, très bonne amante, et pourtant, à partir du moment où elle commence à vieillir, Daniel ne la désire plus. Il ne voit que sa peau, qui commence à tomber, ses rides qui apparaissent, son corps moins ferme. Il va alors très vite la quitter pour se tourner vers des femmes plus jeunes. C'est d'ailleurs auprès d'Esther qu'il continuera sa recherche de l'amour, cette jeune fille de vingt-cinq ans plus jeune que lui, qui fait preuve d'un érotisme fort et qui lui permettra de se sentir encore jeune pour un moment. La jeunesse est une chose que beaucoup cherchent à garder perpétuellement, c’est d'ailleurs l'une des raisons qui pousse les individus à rallier la cause des Elohimites : l'espoir d'une jeunesse éternelle. L'auteur parle de la vieillesse comme d'un tabou, notamment lorsqu'il s'agit de sexualité (« – comme la sexualité, comme le plaisir, comme l'amour-  semblait réservée aux jeune […]). La sexualité entre jeune et vieille génération semble avoir un côté repoussant, presque interdit. Il fait d'ailleurs un parallèle entre inceste et vieillesse, où l'inceste sera moins dérangeant que la sexualité chez les personnes âgées. La jeunesse est synonyme de bonne santé, de joie, de simplicité, de vie. Pour l'auteur, quand on est jeune, on ne se soucie de rien : « La jeunesse était le temps du bonheur […] les jeunes pouvaient se consacrer sans limites à la libre exultation de leur corps. ». Ce culte de la jeunesse est très présent dans notre société : on voit rarement des personnes âgées dans les publicités. Il faut montrer de la bonne santé, de la vigueur pour faire vendre. On voit alors proliférer les crèmes anti-âge, les soins pour la fermeté du corps, les comprimés d'après ménopause, etc. La société refuse d'accepter la population vieillissante et pousse à tenter de paraître toujours plus jeune, comme s'il n'était plus normal de vieillir. La vieillesse est la poursuite logique de la vie ; mais elle rappelle sans cesse que la mort est plus proche.

Le rôle de l'argent : L'argent joue un rôle tout relatif dans cette histoire, et pourtant on ne peut le négliger. Le narrateur est considéré comme un homme riche : avec ses nombreuses ventes, il possède un très joli capital. Mais contrairement aux autres célébrités, ce capital se contente de dormir et ne lui sert personnellement à rien. Il vit dans un appartement modeste, ne possède pas de voiture « tape à l’œil », et autres accessoires que l'on retrouve  régulièrement chez les stars. Cependant, la société va le pousser à exhiber cet argent, en achetant par exemple une voiture quelque peu vulgaire, afin de participer à la couverture d'un magazine de rap. Ce luxe est également l'une des raisons qui lui ont permis de devenir V.I.P dans le groupe des Elohim, lui accordant de nombreux privilège tout en mettant en avant la secte. L'argent est un élément moteur de la société : avoir de l'argent, le montrer, c'est prouver que l'on a réussi dans la vie. Il faut donc être riche pour faire figure de modèle : la famille, l'amour, tout le reste ne fait pas le poids.  La figure de tête de la secte a d'ailleurs bien compris ce principe : c'est ainsi que les endroits où il loge ses disciples sont très luxueux, dotés de tout le confort nécessaire, et lui-même garde les articles les plus luxueux pour son propre bénéfice. Afin de marquer son pouvoir et sa supériorité sur le groupe, il arbore des vêtements de meilleure qualité (de la soie), possède des femmes attitrées, etc. On comprend donc bien que l'argent tient un rôle important dans la hiérarchisation car il est synonyme de puissance, de pouvoir. Or c'est cela que reproche l'auteur à notre société : l'argent fait marcher le monde et autorise beaucoup de vices. Sous prétexte d'argent, des hommes peuvent tenir sous leur coupe des groupes entiers : c'est le cas des stars de la chanson, du cinéma, ou encore des sectes.

Le dangers des sectes : De plus en plus de sectes voient le jour, et celles-ci savent être de plus en plus redoutables, allant parfois jusqu'à ordonner le sacrifice de ses membres. Ici, la secte des Elohimites est directement inspirée d'une secte réelle, celle des Raëliens, née en 1974 sous l'impulsion de Claude Vorhilon. Ils prônent une certaine liberté sexuelle et souhaitent l'avènement du clonage. Leur financement s'effectue par dons « fortement recommandés », pouvant aller jusqu'à un prélèvement de 11% du salaire annuel, ou à la création d'un testament les déclarants bénéficiaires de tous les biens, sauf les résidences, qui devraient naturellement revenir aux descendants. Les sectes sont très fréquemment critiquées et si c'est celle-ci en particulier qu'a choisi d'imiter l'auteur, c'est pour son aspect burlesque, cocasse. En effet, les Elohimites attendent la venue d'extra-terrestres, qui seraient à l'origine de notre monde. Il est aberrant de voir que par des dialogues habiles et la présence d'un grand charisme, un seul Homme arrive parfois à entraîner très loin des milliers de gens. C'est d'ailleurs ce qui se produira ici: en promettant la vie éternelle, les Elohimites s'assurent un grand nombre de partisans, mais c'est vers une destruction certaine qu'ils les emmènent. Le renouveau n'aura plus lieu d'être puisque chacun vit pendant une durée indéterminée : il n'y a donc plus de renouvellement de l'espèce. Leurs corps sont modifiés par la science, et ils finissent finalement par ne plus ressembler à des Hommes. Si ce n'est pas un suicide clairement exprimé, cela y ressemble fort : cette secte mène le monde à sa fin.

L'auteur critique donc avec un humour un peu grinçant les différents composants de la société qui naissent et se transforment avec le temps. Cela permet ainsi au lecteur une réflexion plus approfondie sur les éléments qui peuplent son quotidien. Il est d'ailleurs bien connu que la moquerie est le meilleur moyen de mener une réflexion sur soi et d'avancer vers une évolution significative.

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