La rivière à l'envers-Tomek

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Jean-Claude Mourlevat

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1952 : Jean-Claude Mourlevat naît
à Ambert dans le Puy-de-Dôme, d’un père meunier qui doit se reconvertir dans
l’élevage de porcs dans les années 1960. Il grandit dans une ferme au milieu
des animaux et de ses cinq frères et sœurs. Ces années-là sont décrites par son
frère Alain dans Meunier tu dors… À dix ans, il rejoint ses frères comme pensionnaire au lycée Blaise Pascal
d’Ambert. S’il avait vécu jusque-là une enfance joyeuse, il supporte mal cette
étape et la racontera dans Je voudrais rentrer à la maison, son
seul récit autobiographique (2002).
Il reste pensionnaire dans cet établissement jusqu’en classe de terminale. Son
premier choc littéraire est Robinson
Crusoé
de Daniel Defoe.

1976 : Mourlevat obtient le CAPES
d’allemand
après avoir étudié à Strasbourg, Toulouse, Stuttgart, Bonn et
Paris. Il devient enseignant dans un
collège climatique (pour personnes souffrantes donc) en Auvergne, puis il enseignera
à Hambourg (Allemagne) et en Normandie.

1986 : Il se met en disponibilité
de l’Éducation nationale, commence à
suivre une formation de théâtre et
se découvre une passion pour le théâtre clownesque. Dès 1987, il crée le personnage d’Anatole
et se produit sur scène en solo. En 1990, il démissionne de
l’Éducation nationale, s’installe définitivement dans la région de
Saint-Étienne et crée le clown Guedoulde. Dans les années 1990, il met en scène des spectacles dans le
cadre d’une compagnie (des pièces de
Shakespeare, Cocteau notamment), et anime des stages de théâtre.

1997 : Mourlevat publie son premier
texte
à l’âge de quarante-cinq ans.
Il s’agit de l’album Histoire de l’enfant et de l’œuf,
illustré par Fabienne Teyssèdre. C’est l’histoire d’un enfant qui, dans une
vallée enneigée, reçoit de sa mère la mission d’aller lui chercher un œuf. Mais
la poule qu’il va voir lui demande du grain en échange, et le chat qui
surveille le moulin où se trouve le grain voudrait pour sa part une pelote… Rapporter
à sa mère un œuf va donc s’avérer plus compliqué que prévu.

Dès lors Mourlevat entame une carrière
littéraire riche de nombreux ouvrages, de rencontres dans des écoles et lors de
salons du livre, ainsi que de lectures à
voix haute
qu’il affectionne particulièrement. Ses ouvrages sont destinés à
un lectorat à partir de 10, 11 ou 12 ans, mais Mourlevat dit vouloir écrire des
contes qui puissent intéresser tout le monde.

1998 : Dans La Balafre, le déménagement de la famille d’Olivier dans un
petit village isolé suite à la mutation du père marque le début pour l’enfant
d’apparitions étranges dans une
maison voisine : un chien d’abord, puis une petite fille. Peu à peu un
lointain passé va se faire jour, remontant à l’arrestation des Juifs et aux atrocités de la Seconde
Guerre mondiale
. Le titre fait référence à une marque au visage que va
conserver Olivier comme un rappel du crime jadis commis dans ce village.

1999 : L’Enfant Océan raconte la fugue
de Yann avec ses six frères (trois paires de jumeaux !) suite à un
propos entendu par lui de la bouche de leur père. Yann est en effet persuadé
que celui-ci veut les tuer. Les enfants, qui ont pour dessein d’atteindre
l’océan, rencontrent sur leur route un routier, un écrivain et une boulangère.
L’auteur prend soin de faire parler chacun selon son milieu. Cette œuvre, qui
apparaît comme une réécriture du Petit
Poucet
, peut nourrir une réflexion sur la misère sociale.

2000 : La première partie de La Rivière à l’envers paraît. Tomek,
un jeune orphelin qui tient une épicerie dans un village, reçoit un jour la visite
d’Hannah, une jeune fille qui demande à celui qui se vante de tout avoir dans
son commerce « de l’eau de la rivière Qjar ». C’est le début d’une
aventure merveilleuse pour les enfants dans un décor enchanté, en quête de cet élixir de vie. Il s’agit d’un
véritable parcours initiatique qui
conduit à une réflexion sur ce qui fait
la valeur de la vie
.

2003 : La Ballade de Cornebique constitue une nouvelle quête
initiatique, très fantaisiste, dont le prétexte est la fuite de Cornebique,
victime d’un chagrin d’amour, hors du pays des boucs, pour parcourir le monde à
toute vitesse et en musique. Sa première rencontre est celle d’un loir qui va
l’aider à se défendre contre de méchantes fouines. Puis il sera question de
nombreux autres dangers et notamment d’un concours de gros mots.

2006 : Le Combat d’hiver raconte celui que mènent quatre adolescents
échappés de leur orphelinat-prison contre une société totalitaire dirigée par la Phalange. Celle-ci sème la
terreur parmi le peuple avec ses hommes-chiens et organise de terribles jeux du cirque. Les adolescents
pourront compter sur l’aide des adultes opprimés dans leur quête de liberté, qui se double d’une lutte contre la barbarie, la torture,
et en faveur de la culture. L’œuvre
apparaît donc comme un hymne au courage
et à la résistance. L’auteur appuie
également sur l’importance de l’art
et son pouvoir de rassembler.

2009 : Le Chagrin du roi mort part du recueillement d’un peuple autour
de son roi mort, dans un pays constamment enneigé. C’est aussi le moment d’une
prophétie adressée par le mort à Aleks au sujet de son frère jumeau
Brisco : un danger pèse sur lui. Et en effet, peu après, les deux jumeaux
se voient séparés. Dans cette histoire, l’histoire d’un peuple et l’histoire
individuelle se trouvent étroitement liées, et pour comprendre ce qui se passe,
des retours en arrière, signalés en italique, sont nécessaires. Au cours de
cette histoire aux accents de fantastique on rencontre notamment une louve et
une sorcière. La question de la loyauté
particulièrement, vis-à-vis de sa
famille
et de ses racines, est
posée.

2011 : Dans Terrienne la séparation au sein d’une fratrie reste le rouage
de l’intrigue. En effet, cette fois, c’est Anne
qui se trouve séparée de sa sœur Gabrielle
qui a été enlevée. Partant à sa recherche, aidée par un écrivain en panne d’inspiration,
elle va découvrir l’existence d’un autre
monde
, complément aseptisé
sans sentiments, sans odeurs, sans relief, sans art, sans plaisir –, où les
humains sont les esclaves, et où des Terriennes sont enlevées pour servir de
compagnes aux dignitaires. Le livre vise, par le contraste entre deux mondes
très différents, à faire apprécier la vie sur Terre telle qu’elle est à son lecteur,
et apparaît comme un hymne à la beauté
du monde
, une défense de la variété
de la vie
.

2013 : Silhouette est un recueil de neuf nouvelles mettant en scène des héros ordinaires et liées par la
dixième, qui fonctionne comme la chute des précédentes. Leur particularité est
d’être cruelles, et l’auteur déclare
avoir enfreint à escient la coutume du « happy-end » coutumière des
livres pour enfants. Il emploie ici volontiers un humour noir et ces histoires qui se terminent mal voire très mal
n’empêchent pas de ressentir une certaine jubilation
à la lecture. Les héros empruntent tous un chemin
déceptif
et subissent invariablement des revers en raison de leur vanité,
comme cette femme qui se fait employer en tant que silhouette sur le tournage
d’un film où joue son acteur préféré.

2015 : Avec Et je danse, aussi, écrit avec Anne-Laure Bondoux, Mourlevat
s’adresse à un lectorat adulte.
L’ouvrage se compose d’une correspondance
entre un écrivain et divers interlocuteurs. Il y est question de problèmes intimes : la solitude
après un abandon, les problèmes rencontrés par une famille recomposée, les dangers
de la routine du couple, les suites d’un décès, etc.

 

 

« Je suis amoureuse de
cette Terre sur laquelle j’ai mes pieds. Je l’aime avec tous ses
défauts, toutes ses tares. Je l’aime à cause de ça. J’aime le trop
froid et le trop chaud, la pluie, la boue, les embouteillages, les examens
ratés, les cartes postales moches, les mensonges, les larmes, les blessures et
la mort. J’aime ce qui manque et ce qui dépasse, j’aime le trop et le pas
assez, je veux me brûler aux orties et aux casseroles, ça ne me dérange pas, je
veux bien égarer mes clés, avoir mal à la tête, être trompée (pas par Bran),
être bousculée. Mais je prends aussi les bonnes choses. Je veux être caressée,
je veux manger des banana split, je veux écouter de la bonne musique, recevoir
des lettres, voir naître des bébés, faire la sieste, aller à Venise… je veux
faire entrer l’air dans mes poumons… je veux respirer. »

 

« On ne devrait se dire
que des choses personnelles. Le reste n’est pas très intéressant. N’est-ce pas
? »

 

Jean-Claude Mourlevat, Terrienne, 2011

 

« On découvre le paradis
quand on le perd, et le nid quand on en tombe. »

 

Jean-Claude Mourlevat, Le Combat d’hiver, 2006

 

« L’histoire que voici
se passe en un temps où l’on n’avait pas encore inventé le confort moderne. Les
jeux télévisés n’existaient pas, ni les voitures avec airbags, ni les magasins
à grande surface. On ne connaissait même pas les téléphones portables ! Mais il
y avait déjà les arcs-en-ciel après la pluie, la confiture d’abricot avec des
amandes dedans, les bains de minuit improvisés, enfin toutes ces choses qu’on
continue à apprécier de nos jours. Il y avait aussi, hélas, les chagrins
d’amour et le rhume des foins, contre lesquels on n’a toujours rien trouvé de
vraiment efficace.

Bref, c’était…
autrefois. »

 

Jean-Claude Mourlevat, La Rivière l’envers, 2000

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