La robe de Noël

par

L’illustration de rapports sociaux et la transmission de valeurs

Malgré des choix trèsclassiques, l’auteure fait preuve dans son récit d’une certaine originalité. Ellepartage ses croyances et ses convictions, notamment sur la famille, même si lespersonnages ne sont pas des humains mais des sapins. Le choix d’un décor uniqueen outre peut sembler étrange car le manque de variété peut ennuyer le lecteur.Mais ici l’enfant est poussé à se focaliser sur ce qui est dit et fait ;il n’a pas sans arrêt de nouveaux éléments à prendre en compte, un nouveaudécor dans lequel s’immerger.

Dans la culture japonaise, lafamille revêt une grande importance. Elle est perçue comme une petite sociétéqu’il faut faire fonctionner et dont les liens étroits sont primordiaux. Enmontrant une famille de sapins, dont l’un des membres ne se sent pas à saplace, l’auteure soulève le problème de la place de chacun au sein d’un groupe,notamment familial. C’est un moyen pour elle de pointer du doigt certainstravers sociaux. Le petit sapin n’est pas écouté car il n’a pas de pouvoir, ilest délaissé au profit des plus grands que lui. Il en est de même pour le vieuxsapin qui, lui, est à l’inverse trop âgé pour présenter un intérêt. Tous deuxparaissent hors cadre, et rappellent deux types de « reclus » dans lasociété : les jeunes, non pris au sérieux, considérés comme encore tropinexpérimentés, et les vieux, qui ne sont plus jugés aussi efficaces, et qui sedoivent de laisser leur place aux générations qui viennent. En personnifiantces sapins, l’auteure a réussi à exprimer son point de vue et à le fairepartager. Elle peut ainsi divertir les plus jeunes tout en faisant réfléchirles plus grands aux phénomènes de société. Mais le plus jeune, s’il ne comprendpas tous les tenants et les aboutissants de l’histoire, se voit déjà imprégnéde certaines valeurs, comprend certaines choses, étant capable par exemple deressentir l’injustice d’une situation, surtout quand il peut s’identifier.

La fin du récit montre qu’enl’absence de la population d’âge moyen, les deux générations laissées derrièrese trouvent être très heureuses et très capables d’obtenir ce qu’ellessouhaitent. C’est ainsi que le petit et le vieux sapin se voient revêtis des robesauxquelles ils rêvaient. C’est une sorte d’alliance entre des individusnégligés qui prend ainsi forme ; chacun devient plus capable d’empathiepour l’autre, et peut ainsi mieux le comprendre et partager avec lui.

Enfin, son livre permet àSatomi Ichikawa de se livrer à une critique du diktat des apparences. En effet,les sapins ne rêvent que de la robe qui les mettra le plus en valeur, ilsveulent être le plus chic, quitte à se moquer de ceux qui ont des rêves plusétroits :

« – J’ai toujoursrêvé d’une robe de fleurs […]

 – Mais non ! un arbre de Noël ne ressemblevraiment pas à ça. Noël n’est pas la fête du printemps, voyons ! »

L’histoire est en outre celled’un rejet total de ceux qui ne sont pas beaux, grands et vigoureux seloncertains critères ; ainsi, le vieux et le jeune sapins sont mis à l’écart,leurs avis ne comptent même pas. Mais il n’y a pas que les sapins qui pratiquentla ségrégation dansl’histoire : les humains interviennent comme leurs doubles et la valident.En effet, quand les bûcherons passent, ils prennent tous les beaux sapins, délaissantceux qu’ils ne jugent pas assez bien, et séparant sans scrupules une famille.Bien qu’il ne s’agisse ici que de sapins, c’est un monde bien plus réel que l’auteurenous décrit ici, un monde où la beauté ouvre toutes les portes car, plus que lesqualités de l’âme, ce sont les apparences qui, pour beaucoup, priment. Ceux quisont délaissés peuvent néanmoins être heureux ensemble, avance-t-elle.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’illustration de rapports sociaux et la transmission de valeurs >