La Vie de Marianne

par

Un reflet de la société de l’époque

Marivauxparvient dans La Vie de Marianne àconstruire une fresque des milieux sociaux de l’époque. En particulier, lesdifférentes positions qu’occupe Marianne et les différents cercles sociauxqu’elle est conduite à fréquenter lui donnent une compréhension personnelle ettransversale de toutes les couches de la société. Qu’il s’agisse des petitesgens jusqu’aux personnages plus aisés, l’analyse de La Vie de Marianne est particulièrement profonde.

Ondécouvre par exemple les artisans et les domestiques à travers le personnage deMme Dutour, la petite bourgeoisie incarnée par le personnage de M. de Climal,les dévots, les nonnes, les seigneurs arrogants chez qui le sentiment detoute-puissance motive des abus. Marianne condamne sans discrimination lacupidité, le manque de droiture morale, l’hypocrisie et les préjugés.

« [M. de Climal : ] On a beauêtre jeune, distraite, imprudente, tout ce qu’il vous plaira ; on nesaurait pourtant oublier son état, quand il est aussi triste, aussi déplorableque le vôtre ; et je ne dis rien de trop, vous le savez, Marianne :vous êtes une orpheline, et une orpheline inconnue à tout le monde, qui netient à qui que ce soit sur la terre, dont qui que ce soit ne s’inquiète et nese soucie, ignorée pour jamais de votre famille que vous ignorez de même, sansparents, sans bien, sans ami, moi seul excepté, que vous n’avez connu que parhasard […]»

Lascène chez le ministre est un exemple édifiant de la société d’alors. Marianneest enlevée contre son gré pour être mise en présence d’une famille qui, sousprétexte que la jeune femme n’en a aucune, décide presque pour elle de l’avenirqui doit être le sien. Ces gens-là semblent donc penser que décider de l’avenirde Marianne relève de leur privilège. Ressort bien là l’importance donnée auxconvenances qui est bien plus grande que celle accordée aux droits individuelset au droit de disposer de sa propre personne.  

Il estintéressant de constater que malgré sa situation sociale peu enviable, lepersonnage de Marianne est moins affligé par la perception qu’elle a de sonpropre état que par la perception que les autres personnages du récit ontd’elle. Même les personnages qui la prennent en amitié, ou qui après l’avoirconnue commencent à la respecter, ne peuvent entièrement faire abstraction dufait qu’elle est une fille « qui n’est rien et qui n’a rien ».

« Oui, Marianne avait l’air d’unefille de condition, pourvu qu’elle n’eût point d’autre tort que d’êtreinfortunée, et que ses grâces n’eussent causé aucun désordre ; maisMarianne aimée de Valville, Marianne coupable du chagrin qu’il donnait à samère, pouvait fort bien redevenir grisette, aventurière et petite fille, donton ne se soucierait plus, qui indignerait, et qui était bien hardie d’osertoucher le cœur d’un honnête homme. »

Lasociété de l’époque est donc présentée comme une hiérarchie rigide et archaïqueoù l’idée de progression ou d’ascension sociale n’est pas envisageable. Malgré sadroiture, Marianne fait face à plusieurs reprises au manque de considération depersonnages qui, du fait de leur meilleure situation sociale, se considèrentcomme plus dignes qu’elle. Ainsi, même dans sa vie amoureuse, l’obstacleprincipal auquel Marianne doit faire face est bel est bien le fait qu’elle estau plus bas de l’échelle sociale.

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