La Vie de Marianne

par

Une thèse sur la psychologie féminine

Dans La Vie de Marianne, Marivaux se lancedans une étude détaillée de la psychologie féminine, mais également des préjugéset des injustices dont sont victimes les femmes, particulièrement dans lasociété d’alors.

Dès lespremières lignes du roman, l’auteur s’attaque aux arguments préconçus selonlesquels les propos des femmes n’ont pas la même valeur que ceux des hommes. Toutefois,il est vite établi que si les femmes et leurs propos sont souvent considéréscomme faibles et manquant d’esprit, c’est uniquement parce que les hommes,leurs interlocuteurs, se trouvent dans l’incapacité de percevoir les femmesautrement que par le faisceau des désirs qu’elles leurs inspirent.

« Nous autres jolies femmes (carj’ai été de ce nombre), personne n’a plus d’esprit que nous quand nous en avonsun peu ; les hommes ne savent plus alors la valeur de ce que nous disonsen nous écoutant parler, ils nous regardent, et ce que nous disons profite dece qu’ils voient. J’ai vu une jolie femme dont la conversation passait pour unenchantement. Personne au monde ne s’exprimait comme elle ; c’était lavivacité, c’était la finesse même qui parlait : les connaisseurs n’y pouvaienttenir de plaisir. La petite vérole lui vint, elle en resta extrêmement marquée ;quand la pauvre femme reparut, ce n’était plus qu’une babillarde incommode.Voyez combien auparavant elle avait emprunté d’esprit de sonvisage ! »

C’estjustement son noble visage qui causera à Marianne d’avoir à vivre dessituations complexes. À sa seule vue, bien du monde lui suppose une situationconfortable, mais leur opinion change lorsqu’ils prennent connaissance de sonstatut véritable. Marivaux parvient donc à travers le personnage de Marianne àdonner naissance à un idéal féminin : l’idéal de la femme innocente, maispleine d’esprit et de bon sens, qui attache plus d’importance à l’idée qu’ellea d’elle-même, qu’à l’opinion que la société se fait d’elle.

Lepersonnage de Marianne se montre donc d’une droiture morale remarquable, mêmedans les situations où l’on s’attendrait à ce que l’influence de son entouragela fasse opter pour la facilité. Ainsi, lorsque Mme Dutour tente de laconvaincre de profiter de l’attention déplacée de M. de Climal, la jeune femmes’y refuse. Lorsqu’on lui propose d’épouser un homme qu’elle trouve indigned’elle, elle s’y refuse encore. Et elle ne s’épargne pas des peines de toutessortes pour rester fidèle à elle-même et ne pas trahir ses résolutions.

« Je n’étais rien, je n’avais rienqui pût me faire considérer, mais à ceux qui n’ont ni rang ni richesses quiimposent, il leur reste une âme, et c’est beaucoup ; c’est quelquefoisplus que le rang et la richesse, elle peut faire face à tout. »

À uneépoque où la valeur du discours d’une femme était mesurable à l’intensité dudésir qu’elle suscitait chez ses interlocuteurs masculins, Marivaux propose lerécit d’une femme qui se montre particulièrement intelligente, habile,perspicace, et qui parvient à gravir les échelons de la société à force demanœuvres et d’instinct, sans pour autant sacrifier son sens des bons usages,sa délicatesse, sa distinction ou sa beauté. Plutôt que de choisir une figureféminine moins attrayante, Marivaux choisit une fille très jolie, de sorte quele personnage de Marianne est une femme complète du point de vue de sonphysique et de son intellect.

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