La Vouivre

par

Le bucolique

MarcelAymé puise dans sa propre culture pour écrire La Vouivre. En effet, l’auteur, né dans le Jura, est originaired’un milieu rural. La légende de la Vouivre lui fait donc grande impression, etil trouve l’occasion de restituer cette légende d’origine celtique dans sonrécit. Seulement, l’auteur met autant de soin à produire le récit fantastiquequ’à décrire le cadre rural qui lui donne naissance – un monde rural danslequel le surnaturel naît sans effort.

Lelecteur découvre donc la mentalité des paysans d’Aymé – des personnageshabitués à la rude vie et au dur labeur de la terre. Ce sont des personnes quien vivent et dont les préoccupations semblent se limiter au travail de cetteterre qui les fait prospérer. Aymé fait partager au lecteur les soucis de sespersonnages en s’insinuant dans leurs esprits lors de la scène de la messe. Ondécouvre des prières destinées à la simple réalisation de vœux amoureux, ouplus simplement des prières dénuées de toute idéalisation du bonheur, desprières concrètes et méthodiques. L’exemple de la prière « terre àterre » de Belette qui veut une poitrine plus imposante en est le parfaitexemple.

Ondécouvre ainsi certains archétypes appliqués au monde rural : le maire, lecuré, le fossoyeur, l’héritier, l’ouvrier et bien plus ; le prêtre prêchecontinuellement une foi nouvelle et des concepts abstraits à des hommespréoccupés par la terre et la nature ; le maire incarne un rationalisme,tout aussi inadéquat face aux convictions des paysans ; l’héritiers’acharne de bonne heure pour faire prospérer son héritage, et ainsi de suite.

« Le pré manquait depente et le fond argileux y retenait l’eau pendant la plus grande partie del’année. À la belle saison, le terrain, semé de trous, avait le relief et laconsistance d’une éponge sèche et la faucheuse mécanique s’y cassait les dents.Il fallait couper à la faux en prenant bien garde à ne pas piquer dans laterre. Arsène laissait derrière lui de maigres andains d’une herbe rêche commele seigle des Mindeur. Le foin valait à peine le temps qu’on prenait à lerécolter et il eût été d’un meilleur rapport de faire du seigle à la place outoute autre culture. »

MarcelAymé présente donc un monde où les préoccupations humaines se trouvent réduitesà leurs plus simples expressions : le travail, le profit et l’amour. Pourtant,c’est dans ces esprits prosaïques, vivant dans un milieu rustique, que le mythede la Vouivre prend naissance – non pas en dépit du rapprochement de cespopulations avec la nature, mais peut-être en raison de ce rapprochement. MarcelAymé fait ainsi référence à un paganisme rural chez des gens qui outre leurs ressources,aperçoivent dans la nature, divinités, esprits et nymphes. 

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