Le chien des Baskerville

par

De la société britannique et de l’hérédité

La société britannique au sein de laquelle Conan Doyle grandit attache une importance particulière à l’hérédité et aux conventions – importance qui ressort à l’étude du roman. En effet, dans Le Chien des Baskerville, une place bien précise dans la société semble assignée à chaque individu. Ceux qui prêtent le plus de foi aux croyances mystérieuses sont les roturiers. Certes, certains personnages tels que le docteur Mortimer et Sir Henry commencent à envisager des explications occultes au mystère, mais ce sont les roturiers qui perpétuent le mythe, qui se dressent en avocats du surnaturel et perdent le plus espoir de trouver une explication rationnelle aux événements. En conséquence, ce sont les roturiers qui ont l’air le plus stupides lorsque le mystère est élucidé.

« Vous connaissez les sottes histoires que racontent les paysans sur un chien-fantôme… On prétend qu’il hurle parfois la nuit sur la lande… Je me demandais si, par hasard, cet étrange bruit n’aurait pas retenti ce soir. »

Les serviteurs de Sir Henry pour leur part se montrent instinctivement dociles – d’une docilité qui va au-delà de la fonction qu’ils remplissent et qui semble tenir du caractère même des personnages. En effet, Barrymore et son épouse portent assistance au frère de cette dernière bien qu’il soit l’un des plus grands criminels d’Angleterre. Plutôt que de le dénoncer ou de refuser de l’aider, ils abritent le criminel et lui apportent nourriture et soins. Le couple de serviteurs donne l’impression de ne pouvoir faire autre chose que de se mettre au service d’autres personnes.

Un autre préjugé social qui transparaît dans le récit de Conan Doyle est le sort réservé aux assassins. L’ordre social ne saurait être préservé si des assassins continuaient à respirer le même air que les innocents. Ainsi, les tueurs trouvent invariablement la mort dans d’horribles circonstances. Selden, l’assassin qui représente « un danger public », est massacré par le chien de Stapleton. Stapleton quant à lui se noie en tentant d’échapper à une arrestation.

« Impossible de se méprendre sur ce front proéminent ni sur ces yeux caves. Je reconnus le visage aperçu quelques jours auparavant au-dessus de la bougie placée dans une anfractuosité de roche – le visage de Selden l’assassin.

La lumière se fit aussitôt dans mon esprit. Je me souvins que le baronnet avait donné ses vieux effets à Barrymore. Celui-ci les avait remis à son beau-frère pour l’aider à fuir. Bottines, chemise, chapeau, tout avait appartenu à sir Henry.

Certes, cet homme avait trouvé la mort dans des circonstances particulièrement tragiques, mais les juges ne l’avaient-ils pas déjà condamné ? »

L’hérédité est également un élément important du roman. Les descendants semblent remplir les mêmes rôles que leurs ancêtres. Ce n’est pas uniquement remarquable chez les Baskerville, mais aussi chez les Barrymore qui servent la famille Baskerville depuis plusieurs générations. Les descendants des seigneurs sont des seigneurs, ceux des serviteurs restent des serviteurs, et ceux des criminels deviennent des criminels.

Stapleton est le descendant de Roger Baskerville, un homme qui à la suite de plusieurs scandales avait fui en Amérique du Sud. Son ancêtre est décrit comme un homme qui continuait les « errements du vieil Hugo ». Sir Arthur Conan Doyle signale une ressemblance entre Hugo Baskerville et Stapleton, et qui va au-delà de l’apparence physique. En effet, Hugo Baskerville est décrit comme un homme de mauvaise vie : « homme impie et dissolu. Ses voisins lui auraient pardonné ces défauts, car la contrée n’a jamais produit de saints ; mais sa cruauté et ses débauches étaient devenues proverbiales dans la province. »

Tout comme son ancêtre, Stapleton mène une vie de criminel. Il vole le pays où il a grandi et change de nom pour revenir en Angleterre. Pendant un temps il mène une honnête existence mais irrémédiablement, il sombre dans le crime lorsque des difficultés se présentent. Tout semble indiquer que l’hérédité détermine grandement le caractère d’une personne et sa vie.

« – C’est merveilleux. On dirait le portrait de Stapleton.

– Oui. Nous nous trouvons en présence d’un cas intéressant d’atavisme – aussi bien au physique qu’au moral. Il suffit d’étudier des portraits de famille pour se convertir à la théorie de la réincarnation. Ce Stapleton est un Baskerville – la chose me paraît hors de doute.

– Un Baskerville – avec des vues sur la succession, repartis-je. »

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