Le chien des Baskerville

par

La raison victorieuse de la superstition

L’undes axes principaux du roman est le conflit entre rationalisme et superstition.De nombreux éléments afférant à l’énigme du chien poussent les personnages àrechercher des explications dans l’occulte. On comprend facilement que les personnagesoptent pour ces explications plutôt que pour d’autres plus logiques : d’unepart une vieille croyance locale fournit une matière explicative toute prêteaux questions qui se posent, et d’autre part il n’y a que très peu, voire aucunélément apparent qui permette d’élaborer facilement une chaîne de causes plusrationnelle.

Lescirconstances entourant la mort de Charles Baskerville évoquent en effet dansl’esprit des locaux un mythe bien connu dans la région. Plus le mystère resteinexpliqué, plus la superstition gagne en force. Moins il y a d’indices dontles enquêteurs peuvent se servir, et plus le mythe gagne en légitimité. Doylemet en évidence une mécanique de la superstition : moins les faits sont facilementexplicables et plus les personnes qui y sont confrontées sont tentées de setourner vers des causes surnaturelles. Même un esprit scientifique comme le docteurMortimer se met à envisager de telles explications.

« Mon sang se glaça dans mes veines.Pendant que sir Henry parlait, un tremblement secouait sa voix et montraittoute la soudaine terreur qui s’était emparée de lui.

– Comment appellent-ils ce bruit ?ajouta-t-il.

– Qui : ils ?

– Les gens du pays.

– Ce sont des paysans ignorants… Que vousimporte le nom par lequel ils le désignent.

– Dites-le-moi toujours, Watson ?

J’hésitai. Cependant, je ne pus éluderla question.

– Ils prétendent que c’est le hurlementdu chien des Baskerville. »

Holmesincarne ici l’esprit rationnel et représente le pouvoir de l’intellect. Doté degrandes capacités de raisonnement, d’observation et de déduction, il tend à secantonner au raisonnement scientifique, qui lui a toujours suffi à résoudre lesénigmes qu’il a rencontrées. Ainsi, il ne prête aucun crédit aux superstitions nià la religion, et évite donc les causes qui ont à voir avec elles. Plutôt quede s’orienter vers des causes improbables, Holmes se concentre sur la recherched’indices qui auraient pu échapper à d’autres.

ConanDoyle oppose ainsi les croyances populaires largement acceptées à laméthodologie scientifique et méthodique d’un seul homme. Le fait que ce soitHolmes qui parvienne à expliquer le mystère du chien des Baskerville sembleindiquer que selon Conan Doyle, il y a derrière tous les événements même lesplus étranges en apparence une explication rationnelle. Les indices permettantd’y arriver peuvent ne pas être évidentes, ou difficilement observables, maisce n’est pas une raison suffisante pour aller chercher dans le surnaturel desexplications aux phénomènes que l’on ne comprend pas.

« Je croisqu’à son arrivée dans le Devonshire, son plan était encore mal défini. Mais,dans le fait de présenter sa femme comme sa sœur, je trouve la preuve que, dèsle début, il nourrissait déjà de mauvais desseins. Il avait l’intentionmanifeste de se servir d’elle comme d’un appât, quoiqu’il ne sût pas encoreexactement de quelle façon il tendrait sa toile. »

L’auteuréloigne aussi narrativement Sherlock Holmes de toute superstition en lesoustrayant au déroulement des faits. Holmes n’intervient que très peu demanière directe dans le roman, et son observation menée depuis l’extérieur se faitprécise et impartiale. Le lecteur n’est donc à aucun moment mis en présenced’un Holmes qui pourrait douter de la capacité de la raison à expliquer lemystère. 

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