Le chien des Baskerville

par

Un lecteur mis à distance de Holmes

Une des particularités des récits de Sherlock Holmes tient à la narration, qui respecte une certaine distance entre le lecteur et le héros capable de tout résoudre. Plutôt que de faire de Sherlock Holmes le narrateur de ses propres aventures, Sir Arthur Conan Doyle se sert du personnage de Watson comme narrateur. Deux raisons fondamentales motivent ce choix de l’auteur. D’abord, Watson n’est pas aussi perspicace que Sherlock Holmes. Ainsi, il fait office de pont entre Holmes et le lecteur. Les faits qui sont expliqués à Watson le sont de façon à ce que le lecteur les reçoive comme lui et se trouve face à un mystère qui reste longtemps complexe. En effet, si Holmes était chargé de la narration, le lecteur n’aurait aucune occasion de résoudre l’énigme par lui-même. De plus, le fait de ne pas partager le point de vue de Holmes permet à Doyle de renforcer le mythe de son enquêteur fétiche et d’en faire un homme au-dessus du commun des mortels. Non seulement Holmes devient un homme supérieur aux autres personnages, mais encore au lecteur, car il présente toujours ses déductions avant que le lecteur n’ait eu l’opportunité de les construire par lui-même.

Le second avantage est que le point de vue de Watson permet de donner au récit le bon rythme. Si Holmes était chargé de la narration, le récit serait encombré de détails vus par Holmes, de ses nombreuses observations et réflexions. Ainsi, Watson porte d’abord le récit sur ses épaules, puis c’est Holmes qui fait office de catalyseur pour faire avancer la réflexion et l’action.

« Un des défauts de Sherlock Holmes – si l’on peut appeler cela un défaut – consistait en sa répugnance à communiquer ses projets à ceux qui devaient l’aider dans leur exécution. Il préférait attendre le dernier moment. J’attribue cette retenue, partie à son caractère impérieux qui le portait à dominer et à surprendre ses amis, et partie aussi à sa méfiance professionnelle, qui le poussait à ne négliger aucune précaution. Le résultat n’en était pas moins fort désagréable pour ceux qui l’assistaient dans ses entreprises. Pour mon compte, j’en ai souvent souffert, mais jamais autant que pendant la longue course en voiture que nous fîmes, ce soir-là, dans l’obscurité. »

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