Le Feu

par

Résumé

LeFeu n’est pas un récitstructuré mais une suite de tableaux, d’instantanés, de récits pris sur le vifdécrivant la vie quotidienne d’une escouade d’infanterie, toute petite unitémilitaire sous les ordres du caporal Bertrand. Les autres hommes de l’escouadesont de simples soldats, mais titulaires, pour la plupart, de la Croix deGuerre.

Au fil des chapitres, Henri Barbusse décrit aulecteur le quotidien de ces hommes ordinaires, manuels ou intellectuels, àl’esprit fin ou épais, jetés comme fétus de paille dans une tourmenteinhumaine. Ces hommes, ce sont le caporal Bertrand, Volpatte, Paradis, Tirloir,Tulacque, le père Blaire, etc. Le lecteur partage leur quotidien. Ils sontjeunes ou quadragénaires ; quand le conflit éclate, Henri Barbusses’engage comme volontaire à quarante-et-un ans. Ils viennent de partout en France :certains sont du Sud, d’autres originaires de la région où se déroule l’action,dans le Nord, près de Béthune.

La guerre de position a supplanté la guerre demouvement, et les armées françaises et allemandes se sont enterrées dans lestranchées, et se font face sous la pluie et dans le froid. On les découvre auréveil, les uns après les autres, émergeant d’un sommeil de brutes, corpsenglués de la boue des tranchées et trempés de pluie. Chaque phase de leur vieest décrite en détail, sans lyrisme, avec un réalisme qui, au fil des pages,fait cheminer le lecteur de la stupéfaction à l’horreur. Il se fait lespectateur du quotidien des troupes qui attendent de monter en ligne, logéesdans des granges infectes, qui voient passer leurs camarades qui partent pourl’assaut. Parmi eux, les tabors marocains et les tirailleurs sénégalais :« Ils vont, naturellement, en première ligne. C’est leur place, et leurpassage est l’indice d’une attaque très prochaine. Ils sont faits pour l’assaut.– Eux et le canon 75, on peut dire qu’on leur z’y doit une chandelle ! On l’aenvoyée partout en avant dans les grands moments, la Division marocaine ! »disent les hommes de l’escouade en les voyant passer.

Viennent les moments, toutes les six semaines,où il faut remonter en première ligne, où on espère alors la « bonneblessure », celle qui estropie juste assez pour envoyer à l’arrière enconvalescence – on y perd les oreilles, un œil, deux doigts ou un membre, maison échappe, au moins pour un temps, à l’atroce fournaise. Le lecteur est témoindes contacts avec les populations de l’arrière, paysans finauds qui vendent àprix d’or leur café et leur vin : « On voit que vous n’risquez pasvot’argent, vous » leur dit-on. « Non, nous ne risquons quenot’peau » répondent-ils. Quand les hommes de l’escouade parviennent àlouer un misérable réduit où ils mangent tous ensemble, assis à une table, leurmauvais repas devient une fête.

Pire encore, il y a les retours versl’arrière, lors des rares quartiers libres ou des très rares permissions.Pendant ces permissions le malentendu entre ceux qui vivent l’indicible et lespopulations civiles qui n’imaginent pas et ne veulent pas imaginer à quoiressemble l’enfer du front est total. Il y a aussi les fusillés pour l’exemple,que Barbusse évoque en un très court chapitre percutant et terrible. Et puis ily a aussi la fraternité du quotidien, où l’échange d’une boîte d’allumettescontre un œuf devient le summum de ce que l’on peut s’offrir. Il y a lesvillages détruits, dont il ne reste pas pierre sur pierre : « Ici,dans le cadre des arbres massacrés – qui nous entourent, au milieu dubrouillard, d’un spectre de décor – plus rien n’a de forme : il n’y a pas mêmeun pan de mur, de grille, de portail, qui soit dressé, et on est étonné deconstater qu’à travers l’enchevêtrement de poutres, de pierres et de ferraille,sont des pavés : c’était ici, une rue ! ».

Et il y a la boue et la pluie, omniprésentes,permanentes, ne laissant aucun répit aux hommes épuisés. Et puis, surtout, il ya les morts. Pas des morts glorieux tombés dans un assaut lyrique et beau, non,plutôt les cadavres abjects d’hommes torturés, percés d’une balle qui faitéclater le crâne, réduits en bouillie par les bombardements d’artillerie. Barbusseparle de « larves informes, souillées, d’où pointent de vagues objetsd’équipement ou des morceaux d’os. Plus loin, on a transporté un cadavre dansun état tel qu’on a dû, pour ne pas le perdre en chemin, l’entasser dans ungrillage de fil de fer qu’on a fixé ensuite aux deux extrémités d’un pieu. Il aété ainsi porté en boule dans ce hamac métallique, et déposé là. On nedistingue ni le haut, ni le bas de ce corps ; dans le tas qu’il forme, seule sereconnaît la poche béante d’un pantalon. On voit un insecte qui en sort et yrentre. »

Et puis, enfin, il y a l’assaut, quand leshommes perdent toute trace de raison et courent en hurlant, tuent et éventrent,doivent laisser derrière eux leur camarade touché, pour finir, s’ils ne sontque blessés, dans un poste de secours dont la description hallucinante rappelledavantage un des cercles de l’Enfer de Dante qu’un lieu de soin et deréconfort.

La fin du roman raconte comment les survivantsde l’escouade évoquent la guerre, ses causes et ce qu’il faudrait faire pourque jamais cela ne recommence… Le lecteur d’aujourd’hui doit garder enmémoire le fait qu’à la parution du roman, la guerre était loin d’être terminéeet que personne ne pouvait en prédire l’issue. Surtout, personne n’aurait puimaginer qu’en quatre ans, dans toute l’Europe, la fleur d’une générationserait sacrifiée et que les morts se conteraient par millions. Le Feu ne peut avoir une fin heureuse,mais les dernières lignes évoquent au moins un espoir, celui d’une aube qui « apportetout de même la preuve que le Soleil existe. » C’est le seul désir quepouvait avoir Henri Barbusse en décembre 1915, date de la fin de la rédactiondu roman.

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