Le Magicien d’Oz

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L. Frank Baum

L. Frank Baum – L. pour Lyman, son premier
prénom – est un écrivain américain né en 1856
à Chittenago (État de New York) dans une famille aisée et pieuse de
méthodistes ; son père est un puissant homme d’affaires qui a notamment fait
le commerce de pétrole. La demeure familiale est grande et confortable, et le
jeune Lyman est scolarisé à la maison avec ses frères et sœurs. Il est déjà
décrit à l’époque comme un rêveur
invétéré
. À douze ans, il supporte d’ailleurs très mal ses deux années à
l’académie militaire de Peekskill.

L. Frank commence à écrire très jeune et tient même un journal avec un son jeune frère Henry dont il est très proche, The Rose Lawn Home Journal, du nom de la
demeure familiale. À 17 ans il fonde un journal amateur, The Stamp Collector, et lance un commerce de timbres avec des amis.
À 20 ans il se spécialise – la chose est alors à la mode – dans l’élevage d’une
race de poules rare, les Hambourg, et crée un nouveau journal, mensuel,
intitulé The Poultry Record. Puis il
publie son premier ouvrage – technique – à 30 ans, The Book of the Hamburgs: A Brief Treatise upon the Mating, Rearing,
and Management of the Different Varieties of Hamburgs
(« Le Livre des
Hambourgs : Un bref traité sur la reproduction et l’élevage des
différentes variétés de Hambourgs »)

L. Frank est un jeune homme très actif, le boute-en-train
de la famille, qui participe activement aux commémorations du 4 Juillet ou de
Noël ; il se déguisera d’ailleurs en Père Noël chaque année tout au long
de sa vie, amusement qui rejoint sa passion du théâtre que lui permet d’assouvir
son père en lui faisant construire un théâtre à Richburg (État de New York).
Baum se met alors à écrire des pièces et
réunit une troupe pour les faire jouer. Ainsi en 1882 il crée la pièce
musicale
en cinq actes The Maid of Arran, An Idyllic Irish Drama Written for the
People, Irrespective of Caste or Nationality
, adaptée du roman de William
Black A Princess of Thule. Il
s’agissait d’un mélodrame avec des
effets de scène élaborés, comme un navire pris dans une tempête. Baum en écrit la musique lui-même et la pièce bénéficie
d’une critique positive mais seulement d’un succès modeste. L’auteur joue le rôle principal et la tournée de
la compagnie inclut Broadway.
Pendant celle-ci le théâtre de Richburg est détruit par un incendie alors qu’on
y donne une pièce intitulée Matches
(« Allumettes »).

Après l’expérience calamiteuse d’un magasin
ouvert dans le Dakota du Sud, Baum
se tourne à nouveau vers le journalisme en fondant un journal local, The Aberdeen Saturday Pioneer, où il
tient une rubrique. Il s’y fait remarquer en appelant au génocide des Indiens
d’Amérique restants après la mort de Sitting Bull, ce qui a pu être interprété
depuis, au gré des polémiques, comme une tentative de générer de l’empathie à
leur endroit. Le journal est abandonné en 1891 et la famille déménage pour Chicago où Baum devient reporter pour
un journal, le Evening Post, et édite
un magazine pour des agences de publicité spécialisé dans l’aménagement des
vitrines des magasins, activité qui lui inspire un livre sur le sujet. Il devient
aussi vendeur ambulant.

En 1897 il publie Mother Goose in Prose, un
recueil de vingt-deux histoires pour enfants basées sur les comptines de la
mère l’Oie, entrées dans la langue anglaise et le folklore américain via une
traduction des œuvres de Charles Perrault dès le XVIIIe siècle. Le
succès n’est pas grand mais Baum peut cesser de faire du porte-à-porte. Il
connaît en revanche un grand succès en 1899,
après avoir collaboré avec l’illustrateur
W. W. Denslow
sur Father Goose, His Book, un recueil
de poésie absurde. C’est même le livre pour enfants le plus vendu de l’année.

En 1900,
à nouveau, Baum est l’auteur, toujours en collaboration avec Denslow, du livre
pour enfants le plus vendu de l’année et toujours la suivante, qui allait
devenir mythique et entrer profondément dans le folklore américain, Le
Magicien d’Oz
était né (The Wonderful Wizard of Oz). La
critique est unanime. La trame en est bien connue : un cyclone emporte l’orpheline
Dorothée (Dorothy) et son chien Toto de leur Kansas jusqu’au pays féérique d’Oz, où la fillette fait
la rencontre d’un épouvantail, d’un bûcheron en fer blanc et d’un lion froussard, lesquels veulent
respectivement devenir intelligent, acquérir un cœur et le dernier du courage,
dans sa quête du Grand Magicien qui se trouve dans la lointaine Cité
d’Émeraude, et qui lui permettra de rentrer chez elle lui a-t-on dit. Sur le
chemin de briques jaunes qu’elle suit, se dressent bien entendu, de nombreux obstacles,
dont la sorcière de l’Ouest n’est pas des moindres. L’œuvre n’est traduite en France qu’en 1931. L’adaptation en film
musical en 1939
par Victor Fleming, avec Judy Garland dans le rôle de Dorothy, devient un classique, tout
comme la chanson Over the Rainbow. Baum écrira plusieurs suites de son œuvre à
partir de 1904, formant une série dont
treize tomes de sa main paraissent
entre 1904 et 1920, et qui sera poursuivie par plusieurs autres auteurs après
sa mort.

Suite au succès de l’œuvre, Baum s’associe avec
Denslow, le compositeur Paul Tietjens et un metteur en scène pour produire une comédie musicale basé sur son histoire.
Elle ouvre à Chicago en 1902, puis connaîtra quasiment 300 représentations à Broadway en 1903 et tournera jusqu’en
1911. Cette version, assez différente du roman, vise d’abord un public adulte.
Toto le chien est par exemple remplacé par la vache Imogene. Des modifications,
qui ne sont pas de la main de Baum, renvoient à des figures politiques comme le
président Theodore Roosevelt. Baum essaiera par la suite d’adapter sous la
forme de comédies musicales plusieurs autres tomes de la série, sans grand
succès.

En 1901 Baum et Denslow avaient tenté une
nouvelle collaboration avec Dot and Tot
of Merryland
mais l’échec de l’œuvre les sépare pour toujours. Baum proposera
au public d’autres œuvres comme The Life
and Adventures of Santa Claus
mais la demande populaire avec les lettres
des enfants le persuadent toujours de revenir à sa série du Magicien d’Oz. D’autres
de ses travaux comme The Master Key (1901) restent
cependant populaires même après sa mort. Ce roman raconte l’histoire d’un
garçon nommé Rob Joslyn, un petit génie de l’électricité qui expérimente
jusqu’à ce que son installation électrique fasse apparaître un génie qui lui
propose de réaliser trois de ses vœux chaque semaine pour les trois prochaines
semaines. Devant le manque d’imagination du garçonnet, c’est le génie lui-même
qui choisit la nature des cadeaux, qui s’égrènent au fil du récit.

En 1905 Baum a même le projet de fonder sur une
île un parc d’attraction sur le thème du Magicien d’Oz, avant de l’abandonner.
Sa passion du théâtre le pousse à produire des comédies musicales coûteuses qui
sont souvent des opérations financières
désastreuses
. Il continue aussi d’écrire des pièces.

En 1914
il crée sa propre maison de production cinématographique,
The Oz Film Manufacturing Company,
mais le marché des films pour enfants est loin d’être mûr et l’affaire ne
connaît qu’un maigre succès. L. Frank
Baum meurt en 1919 des suites d’une
crise cardiaque.

 

Baum a clairement exprimé que son intention, à travers Le Magicien d’Oz et ses autres contes de
fées, était de couler les contes des frères Grimm et d’Andersen dans une veine américaine, de les réécrire dans
le goût du jour en évitant les
personnages stéréotypés
et en mettant de
côté l’association de la violence et des enseignements moraux
, ce qui
perçoit de plus en plus au gré des tomes de la série du Magicien d’Oz. Ses récits pour enfants se caractérisent en outre
par une absence d’idylles amoureuses,
inintéressantes et incompréhensibles selon lui pour les jeunes lecteurs.

Baum, marié à la fille de Matilda
Joslyn Gage, la célèbre auteure et activiste féministe, a été un ardent défenseur du droit de vote des femmes.
Certains de ses récits révèlent des épisodes hautement féministes, parfois une inversion des rôles, comme dans The Marvelous Land of Oz  où après la révolte des femmes ce sont les
hommes qui font les travaux ménagers. Plusieurs autres œuvres mettent en scène
des femmes se livrant à des activités
ordinairement jugées masculines
.

De nombreuses interprétations
politiques ont été faites des œuvres de Baum mais l’auteur a toujours affirmé
qu’il les avait écrites en pensant à son jeune lectorat.

 

 

« [Dorothy] lui décrivit donc
le Kansas, comment tout était gris là-bas et comment le cyclone l’avait amenée
jusqu’à cet étrange pays d’Oz. L’Épouvantail lui prêtait une oreille attentive
et dit :

– Je n’arrive
pas à comprendre pourquoi vous désirez quitter ce beau pays, pour retourner
dans cet endroit sec et gris que vous appelez le Kansas.

– C’est parce
que vous n’avez pas de cervelle, répondit la fillette. Peu importe si, chez
nous, c’est gris et lugubre, nous qui sommes faits de chair et de sang
préférons ce séjour à toute autre contrée, fût-elle la plus belle. Il n’y a
rien de tel que son pays.

L’Épouvantail
soupira.

– Bien sûr, je
ne peux pas comprendre cela, dit-il. Si vos têtes étaient bourrées de paille,
comme la mienne, sans doute préféreriez-vous vivre dans de beaux endroits et
alors le Kansas serait complètement dépeuplé. C’est heureux pour le Kansas que
vous ayez de la cervelle. »

 

L. Frank Baum, Le Magicien d’Oz, 1900

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