Le Mariage du Ciel et de l’Enfer

par

De l’Homme comme réceptacle du Divin

Dès les premières lignes du recueil, Blake s’inspire du style biblique. Il fait le portrait d’un monde dans lequel la place de l’homme juste et du serpent sont inversées par rapport à l’image biblique traditionnelle.

« À présent le serpent rusé chemine
En douce humilité,
Et l’homme juste s’impatiente dans les déserts
Où les lions rôdent ».

Dès lors, Blake dénonce le rôle des prêtres qui ont perverti la genèse de la religion pour asservir les masses. Il assimile les prêtres au serpent rusé.

« Instituant les rites, d’après les premiers récits des poètes,

Et finalement les prêtres déclarèrent, qu’ainsi l’avaient voulu les Dieux.
Les hommes oublièrent alors que, seul, le cœur de l’homme est le lieu de toutes les déités ».

Blake condamne la doctrine chrétienne qui recommande de ne pas vivre dans l’excès. Tout ce qui agit dans les hommes est, d’après l’auteur, l’essence de Dieu lui-même. Ainsi les prêtres cherchent à enchaîner ce qu’il y a de divin en l’homme. Pour lui la parole liturgique est une corruption de ce qu’il y a de meilleur en l’humain.

« De même que la chenille choisit, pour y poser ses œufs, les feuilles les plus belles ; ainsi le prêtre pose ses malédictions sur nos plus belles joies ».

Pour soutenir son point de vue, l’auteur présente ce qu’il appelle des « Visions Mémorables », au cours desquelles il s’entretient avec divers personnages, dont les prophètes Isaïe, Ézéchiel, et avec des anges venus le convaincre des tourments qu’il se forge dans l’au-delà. Il y démontre comment les prophètes partagent une vision du monde qui se passe de rites et de religion, comment ils faisaient de leurs esprits le canal de la volonté divine.

« Pour qu’une chose soit, demandai-je alors, la ferme conviction qu’elle est, suffit-elle ?
Il répondit : « Les poètes le croient. Cette ferme conviction, dans les siècles d’imagination, remuait les montagnes ; mais peu nombreux sont ceux capables, en quoi que ce soit, d’une conviction véritable »
.

Il va jusqu’à démontrer lors de sa rencontre avec l’ange que les attentes que nous avons de notre sort après la mort sont les graines de la réalité que nous y subiront le moment venu. Ainsi, l’Enfer que l’Ange lui montre n’a aucune emprise sur lui, tandis que lui parvient à convaincre l’Ange du châtiment qui l’attend à la fin des temps.

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