Le Mariage du Ciel et de l’Enfer

par

Résumé

Intitulé initialement The Marriage of Heaven and Hell, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer est unouvrage du poète britannique considéré comme préromantique William Blake. Pourcomprendre ce recueil de poésie en prose, il est fort utile de savoir quellesfurent les aspirations du poète. Il a longtemps été incompris, beaucoup nemesurant pas l’immensité de son talent ni l’étendue de sa vision, leconsidérant fou. Il serait erroné de déclarer que les œuvres de William Blaken’ont eu aucun succès. Ainsi, Songs ofInnocence, un travail qui a mis en valeur les talents de l’auteur en tantque peintre, poète et imprimeur, a eu un certain retentissement à l’époque.Ceci étant, le style mystique et empli de violence du poète n’a pas manquéd’effaroucher une grande partie du lectorat et de la critique de l’époque, cequi a pu être le cas pour Le Mariagedu Ciel et de l’Enfer, considéré comme une satire de l’œuvre d’EmmanuelSwedenborg, Du Ciel et de l’Enfer.

 

Le Mariage du Ciel et de l’Enfer a eu pour premier traducteur enfrançais un auteur illustre, André Gide. Dans son préambule, il souligne legénie de Blake, et l’incompréhension dont il souffre en général – une habilemanière de conjurer le sort, en invitant en négatif le lecteur à s’ouvrir à sonunivers.

Précision formelle : les treizepoèmes du recueil ne semblent s’enfermer dans aucune forme traditionnelle.Parfois, Blake pratique le vers libre, parfois il pratique la prose poétique(qui ressemble beaucoup, pour certains poèmes, à de la poésie en vers libresparticulièrement longs). En parfait précurseur romantique, Blake éclate laforme au profit de l’effet.

 

« Rintrah rugit… »

 

Ce poème inaugural introduit une figureimportante de l’univers de Blake, qui parvient, à travers ses différentesœuvres, à créer sa propre mythologie ; Rintrah incarne en fait la colèrede Jésus, colère que Blake légitime absolument. Ici, par un effet cyclique derépétition qui bien sûr offre une vision pessimiste de l’homme, enfermé dans sacondition, on peut voir Rintrah qui rugit au début et à la fin. Autrement dit,Rintrah est impuissant. Il crie mais ce qu’il ne veut pas qui arrive se produitmalgré tout. L’esthétique de Blake est peuplée de dieux impuissants… etd’hommes qui ne le sont pas moins. Dans ce poème, « L’homme juste »est diminué par « le méchant » (c’est ce qui paraît déclencher lafurie de Rintrah). Ces deux figures humaines n’ont pas l’air animées, soit depar leur fonction dans la phrase de sujets de verbes passifs(« s’impatiente »), soit de verbes actifs, mais à des temps tels quel’imparfait ou l’infinitif. Ce procédé renforce l’idée de fatalité :l’homme est agi, et personne, même pas Dieu, ne peut lutter.

 

« Puisqu’un nouveau ciel estcommencé… »

 

Le premier paragraphe de ce secondpoème nous fait voir le projet de Blake d’une manière différente, puisque lepoète semble décrire une sorte de Bible accélérée, où aussitôt après la Genèseviendrait la mort du Christ. La conclusion de ce paragraphe – « L’ÉternelEnfer se ranime » – est d’un paradoxe très significatif : si cetEnfer est effectivement éternel, il a toujours été vivant, sa réanimation n’estpas une réanimation. Même quand l’Enfer se tait, il est toujours là, insidieux,et ne pas le voir, ce n’est pas être un juste, c’est être un aveugle.

Dans les deux paragraphes suivants,Blake fait référence à deux textes déterminants pour sa vision. D’une part, ilfait mention de la Bible, ce qui ne surprendra personne. D’autre part, il parlede Swedenborg. Swedenborg est un scientifique suédois du XVIIIesiècle en qui Blake doit se reconnaître. En effet, Swedenborg, suite à unerévélation, a rompu brutalement avec ses activités scientifiques pour seconsacrer à l’écriture d’ouvrages mystiques. Tout comme ceux de Blake, lescontemporains de Swedenborg n’ont cessé, dès lors, de se demander si l’hommeétait fou. Ici, Blake en fait une sorte de prophète grotesque, dont on n’a pasvraiment envie de se moquer.

Le propos de la seconde et dernièremoitié du poème est capital à la bonne compréhension de Blake : lescontraires sont nécessaires à l’homme. Il note pour finir la distinction faitepar l’Église entre le Bien et le Mal, qui renvoie d’après lui à une distinctionentre Raison et Énergie, et aussi entre Ciel et Enfer.

 

« La Voix du diable » 

 

Le texte n’a rien du poème mais tout ducourt essai. Blake en profite pour noter les erreurs contenues dans la Bible.D’après lui, l’âme et le corps ne font qu’un, l’Énergie est la source de tout,y compris de la Raison, et enfin l’Énergie est la seule source possible debonheur (ou en tout cas de plaisir). Le choix du titre jette une ambiguïté surle propos : est-ce que Blake désapprouve ces propos et les condamne en lesmettant dans la bouche du diable ? Ou bien approuve-t-il ces propos, maisles ferait-il dire par le diable car ce sont des propos jugés diaboliques àl’époque ?

 

« Vision mémorable »

 

Ce texte introduit le suivant. Blake yexplique qu’il a recueilli les Proverbes qui vont suivre en écoutant les Anges.La seconde moitié de cette « Visionmémorable » sort de cette démarche introductive. Le poète rencontreun Démon qui se moque des limites de nos cinq sens.

 

« Proverbes de l’Enfer »

 

Ces proverbes, quand ils ne sont pashermétiques, invitent à l’excès, à la folie, au plaisir… qui semblent êtreles seuls moyens d’accéder au génie, et donc à la vérité et à l’absolu. La mêmeambiguïté règne sur ces « Proverbes »que sur les affirmations de Blake dans « La Voix du diable ». En tout cas, ces « Proverbes » convergent avec unevision nietzschéenne du monde.

 

« Les poètes antiquespeuplaient le monde sensible des dieux… »

 

Ici le poète regrette que la religionait été volée des mains du poète pour être mise entre les mains du religieux.Pour lui c’est une régression, car l’homme a ainsi oublié que tous les dieuxsont le produit de son cœur.

 

« Vision mémorable »

 

Le poète dialogue avec Isaïe et Ézéchiel,qui se placent à la fin dans la lignée de Diogène. Il leur demande comment ilsosent affirmer qu’ils sont en communication directe avec Dieu, alors que cetteaffirmation ne peut avoir pour seul effet qu’une suspicion de ceux quiécoutent. Isaïe et Ézéchiel expliquent que les cinq sens humains sont limités,et qu’ils veulent éduquer l’humanité entière à toucher l’infini.

 

« L’anciennetradition… »

 

Blake valide ce que dit la Bible sur leJugement dernier, il en a eu confirmation en Enfer. Il explique maintenantcomment atteindre l’infini, et l’on comprend qu’il faut passer par laconsommation de psychotropes.

 

« Vision mémorable »

 

Premier texte du recueil qu’on peutconsidérer comme optimiste, cette troisième « Vision mémorable » permet au poète d’assister à latransmission du savoir à travers les âges. Blake décrit le processus de lamanière suivante : le savoir est un métal précieux qu’en plusieurs étapesdes animaux font fondre, et l’homme au bout du compte le coule sous forme delivres et bibliothèques. Autrement dit, Blake semble nous dire, ce qui va unpeu à l’encontre de ce qui a été dit auparavant, que l’accès au savoir est toutà fait possible, par le simple geste de la lecture !

 

« Les géants qui amenèrentce monde à son existence sensible… »

 

Blake distingue en l’humanité deuxcatégories : d’un côté les Prolifiques, de l’autre les Dévorants. Ilaffirme, à la fin, que la mission de la religion est de permettre à ces deuxcatégories de pouvoir vivre ensemble.

 

« Vision mémorable »

 

Le poète voyage à travers des mondesmystiques, avec le concours d’un Ange avec qui il n’est pas d’accord, ceci dansle but de trouver une réponse qui leur permettrait de se départager. Le voyagen’est pas satisfaisant. Le poète finit par trouver, au fond de la Bible qui estun gouffre sans fond, un exemplaire des Analytiques d’Aristote, textequ’il paraît mépriser.

 

« Il m’a toujours paru queles Anges… »

 

Blake s’attaque à Swedenborg. Il récuseson statut de prophète, de visionnaire, car d’après lui, aucun de ses ouvragesne contient de nouveauté, de vérité inédite : « N’importe quel hommeau talent mécanique peut, s’aidant des écrits de Paracelse ou de Jacob Boehme,produire dix mille volumes de valeur égale à ceux de Swedenborg, et s’aidant deceux de Dante ou de Shakespeare des volumes en nombre infini. » Cettecritique ouverte peut s’expliquer par l’opposition de William Blake àl’approche du Bien et du Mal que son confrère soutenait. Il ne faut pas oublierque ce premier était avant tout sinon un croyant, au moins un grand lecteur dela Bible. À cet effet, le titre de son ouvrage, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, se veut précurseur d’une nouvelleperception selon laquelle le Bien et le Mal, quoique contraires, n’ont pastoujours à se livrer de rudes combats, étant donné qu’il leur faut collaborerpour l’existence de l’Homme, ainsi que celle de l’univers.

 

« Vision mémorable »

 

Un Ange et un Démon discutent et,évidemment, sont en désaccord. L’Ange finit par s’autodétruire en rejoignantles bras ouverts du Démon.

 

Le Mariage du Ciel et de l’Enfer est une porte d’entrée parfaite dansl’univers de Blake. Synthétique, radical, beau, ce texte donne toutes les clefsqui permettent d’apprécier l’œuvre de William Blake, qu’elle soit littéraire oumême picturale.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >